PRÉDÉCESSEURS ET SUCCESSEURS DE RABELAIS
80MMAIRB. - 1. Pantagruéllstes et Pannrgistes. - 2. Rabelais et Montaigne. — 8. Aristophane. — 4. Aristophane et Littré. — 5. Pin- Urque. — 6. Lucien. — 7. Écrits dn moyen âfe. Patksli*. — S. Le 'ck—lier de la Tour lendry, le VUliêr des histoires romaines, les prédicateurs. Les Cent tinwtfii Non— lié*. — 9. La reine de Navarre.— 10, Bonaventnre Despériers. — 11. Henri Bstienne.— 12. Les Pannrgistes da XV1« siècle. Etienne Tabonrot. — 13. Baroaide do Verrllle. — 14. Hool dn VaiL — 1». A. d'Anbigné, la Hénippée. — 16. Les Caquet* de l'accouchée. — 17. VHexaméron rustique. Sorel, Searron, Furettère, Le Sage. — 18. Qoevedo. La grand Tacauo. — 19. Les Visions, — 20. Cyrano de Bergerac. — 21. Swift Le Conta dn Tonneau. —22. Les uauaaee de Gulliver. — 88. Les romans de Voltaire. — 24. Dolaurens, Diderot, Beanmar» chais, Bestif de la Bretonne. — 25. Sterne. — 26. Nodier. Histoire dn roi de Bohême. — 27. Balsac. Cents* drolatiques. — 28. Ouvrages on flgnre Rabelais. Le Sain, le bibliophile Jacob, Constant. — 29. Pièces de théâtre où flgnre Rabelais.— 80. Pièces de théâtre où figurent les héros de Rabelais.
Nous avons va les géants de Rabelais passer sans transition des exploits les plus formidables aux occupations les pins infimes. Gargantua, qui vient de mettre une armée en déroute, va lui-même cueillir de la salade et l'épluche. Pantagruel emploie sa langue, cette langue assez vaste pour couvrir toute une troupe de combattants, & faire des calembours, qui ne sont pas toujours du meilleur goût
Rabelais est comme ses géants, il trouve un égal plaisir & développer une grande idée et à combiner un n 29
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jeu de mots. Les polissonneries de Pan orge l'amusent tout autant que les contemplations de Pantagruel, et il ne croit pas plus» déroger en ramassant les menus détails qu'entassent Pline ou Aulu-Gelle que les grands traits historiques de Plutarque.
Mais les hommes chez qni ces deux facultés sont réunies, ceux qui se passionnent pour les grandes et les petites choses, sont tout à fait exceptionnels. Les aptitudes sont généralement partagées , il y a des spécialités. Aussi parmi les ascendants et les descendants littéraires de Rabelais trouverons-nous deux classe? d'esprits tout à fait différents: les penseurs et les viveurs, les philosophes et les joyeux conteurs, les pantagruélistes qui se maintiennent à une certaine hauteur morale et les panurgistes, qui ont une tendance à s'égarer dans les bas fonds de la littérature.
Ce qui caractérise Rabelais comme penseur, c'est sa foi au progrès, sa confiance en l'avenir de l'humanité. Il admire beaucoup la science et la sagesse des anciens, il aime à nous montrer l'esprit de Pantagruel Balançant au milieu de leurs livres avec l'ardeur du feu Qfi s'élance à travers les broussailles. Mais l'étude de l'antiquité n'est pour loi que le moyen, Sachons d'abord ce que l'antiquité nous » enseigné et partons dq là pour aller plus loin. Les déceptions du moment ne doivent pas nous arrêter ; méprisons les choses fertilités, en avant J L'âge d'or est devant nous 1
C'est cette foi, cette foi profonde qui le sépare de Montaigne. Montaigne a beaucoup vu, beaucoup ap-
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pris, beaucoup comparé ; il a pesé le pour et le contre des choses, mais il s'est attardé dans cette opération, et quand il a fallu choisir, il s'est dit : Que saisie ? Que le siècle d'or soit derrière lui ou devant lui, il ne s'en inquiète guère. Pourvu qu'il puisse causer à son aise au coin de son feu en hiver, dans son jardin en été, se délecter dansées lectures , les digérer et se les approprier, pourvu qu'il puisse avoir un interlocuteur ou au besoin un lecteur qui donne la réplique à sa eauserie charmante, pittoresque, animée, nourrie de faits, -c'est tout ce qu'il demande. Convertir le mondé, c'est une lourde tâche; lancer des idées nouvelles et tâcher de les faire prévaloir, à quoi bon ? Est-on bien sûr qu'elles soient meilleures que les autres ? On se bat autour de nous, catholiques et protestant» s'égorgent , c'est de la folie ; tout ce que nous pouvons faire, c'est de leur répéter que toute doctrine, toute science est douteuse, qu'on peut trouver des raisons plausibles contre celles qui semblent les mieux établies. Montaigne répéta cela sur tant de tons , qu'on finit par le croire , la fatigue aidant. Il contribua à amener une transaction. C'est un service rendu par lui à ses contemporains. Mais sa vue est beaucoup plus restreinte que celle de Rabelais'; il parle comme lui de l'éducation et donne à ce sujet d'excellents conseils , mais il rapetisse l'horizon, il ne voit que son siècle. Rabelais voit au delà, bien au delà du'siède suivant, au delà du nôtre peut-être.
* Parmi les auteurs de l'antiquité, RabelaiB a lu surtout les collectionneurs de faits. Mais les écrivains auxquels sa pensée se reporte le plus souvent, nous