LA REINE DE NAVARKE
La fin du moyen âge nous fournit aussi des re- . cueils de contes qui n'affichent aucune prétention prêcheuse. Tel est celai qui a pour titre les Cent nouvelles nouvelles. Ces historiettes furent racontées, nous dit-on, au château de Genape— dans la Belgique actuelle— où le dauphin de France, depuis Lpuia XI, brouillé avec son père, était allé rejoindre Charles le Téméraire. Quoiqu'on dise le titre, ces nouvelles sont loin d'être toutes nouvelles; la plupart avaient déjà été rédigées en vers sous forme de fabliaux, mais quel que soit le rédacteur, Antoine de là Sale, auteur du Petit Jehan de &aintréf ou un autre, le fait est qu'elles sont merveilleusement contées,- en style d'une simplicité, d'une netteté, d'une précision que Voltaire ne surpassera pas. Mais elles sont généralement très gaillarde*, et avec la meilleure volonté du monde , il eût été très difficile d'y adapter une moralité.
La moralité réparait, une moralité verbeuse, dans YHeptaméron des Nouvelles de la reine de Navarre. Les 72 nouvelles qui le composent sont précédées d'un prologue, où Ton noue «ppcend qu'un assez grand nombre de personnes des deux sexes qui étaient allées prendre les eaux dans les Pyrénées , se sont trouvées retenues par une inondation et empochées de continuer leur voyage. Pour passer le temps, on décide qu'on se réunira chaque soir et que dix person-
$ue et rehgieum m Frmoe aux XIV*, XVe H XVIe siècles, in 8°, 2 vol. - Gabriel Peignot, Predicatoriana, par Philomneste.-Antony Meray, Les libres Prêcheurs devanciers de Luther et de Babdais, petit in 8*.
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nés raconteront chacune une histoire. Ce prologue est moins imposant que la célèbre description de la peste qui ouvre le Décaméron de Boccace, mais il est plus gai. Les histoires racontées sont données pour véritables et un certain nombre le sont en effet Elles sont, comme celles du Décaméron, disposées en catégories déterminées. Le premier jour on raconte les mauvais tours que les femmes %ont faits aux hommes et les hommes aux femmes ; le troisième jour — «on devise des dames qui, en leur amitié, n'ont cherché nulle fin que Phonestèté, et de l'hypocrisie et méchanceté des religieux» ; on parle, le quatrième, des femmes ou des maris qui sont parvenus par adresse à rappeler un sentiment qui allait leur échapper ; le sixième, des tromperies en amour «qui sont faites par «varice vengeance ou malice» ; le septième de ceux qui ont fait tout le contraire de ce qu'ils voulaient ou devaient faire. Parfois aussi on laisse aux conteurs le choix du sujet. La présidente, madame Oisille, fait, entre chaque récit, de sages réflexions et tâche de donner une tournure édifiante aux histoires, parfois un peu risquées, que Ton* vient de raconter. Le livre est intéressant, mais le récit n'a pas la désinvolture de celui des Cent nouvelles Nouvelles.
Laprincesse dictait ordinairement ces nouvelles pendant ses voyages. Charles Nodier croit qu'une grande part de collaboration dans YHeptaméron doit être faite à Bonaventure Despérters, valet de chambre de Marguerite et qui, pour sa part, a composé aussi un recueil de Nouvelles Récréations et joyeùv devis, publié après sa mort. Ce sont des contes, des anec-
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dotes et des conversations détachées , écrites d'un style vif et un peu sec, assez différent de celui des nouvelles de Marguerite. Le CyntfaAuin nmndi ou Clochette du monde, du même écrivain, a conservé longtemps une grande réputation à cause de sa rareté et de la fin tragique de Fauteur , qui se don* na la mort (1544) en apprenant que son livre avait été déféré au parlement- C'est un recueil de quatre dialogues, dont on devine difficilement le but quand on n'en a pas la clé et qui semblent médiocrement spirituels quand on Ta. Cette clé. est contenue dans la suscription placée en tête: «Thomas du Clévier à son ami Pierre Triocan, salut», dans laquelle on trouve, en changeant lès lettres de place, «Thomas l'Incrédule à Pierre Croyant.» L'ouvrage est en effet dirigé contre le christianisme. Dans l'un des dialogues, il s'agit de certains livres (l'ancien et le nouveau Testament?) qui auraient besoin d'une non* velle reliure, tant ils sont en mauvais état; dans un autre, nous voyons les personnages occupés à chercher la vérité, qui a été déchirée par petits morceaux, et dispersée sur l'Agora à Athènes; on en connaît bien des fragments , mais personne n'arrive à la retrouver toute entière, etc., etc.
Les attaques de B. Despériers portent, comme on voit, beaucoup plus haut que celles de Rabelais, mais sa critique est toute à la surface. Rabelais moins agressif, est bien plus profond; il est surtout plus clairt plus franc de style et plus spirituel.
C'est aussi un recueil de Contes et d'anecdotes plus ou moins scabreuses que Henri Estienne a pun 30
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blié sous le nom $ Apologie pour Hérodote *• Il se préparait à 'donner une édition de l'historien grec, on voulut l'en détourner en lui disant que l'ouvrage n'était qu'un amas d'histoires invraisemblables, auxquelles on ne pouvait accorder aucune créance. Henri Estlenne voulut répondre , et il en résulta un livre assez gros et indigeste, mais curieux. L'auteur soutient que l'invraisemblance d'un fait ne prouve pas qu'il n'ait pas existé, et le voilà qui se meti glaner, par toutes les histoires, une série de faits plus ou moins bien attestés à l'appui de son dire. Il n'est pas très sévère sur le choix de ses preuves et tient plus au nombre qu'à la qualité. A défaut de faits historiques, il prend dans les contes, les Chansons, les libelles ; il puise surtout dans les sermonnaires, dans les ouvrages écrits par des gens d'église. «À travers cette cohue de citations et de réminiscences, tel chapitre s'étend et se gonfle outre mesure, tel autre se répète et se contredit Qu'importe? tout cela fait masse. Le lecteur d'alors s'orientait et se débrouillait de son mieux dans les détours de ce labyrinthe . . Le style a toutes les négligences de l'improvisation avec des saillies heureuses, des jets d'expressions parfois neuves et originales, des proverbes et des locutions familières d'un effet pittoresque et imprévu. Ce sont de robustes ébauches que l'auteur n'a pas eu le temps de dégrossir ... Sa plaisanterie jaillit de source, mais elle a quelque chose d'âpre et de lourd. Eenri Estienne ignore ce demi-sourire si cher à Marot et à Montaigne , la malice câline et futée de Panurge et de Pathelin*.»
1 L'édition Le Dachat, au XVIII* siècle à S vol., pet in 8°. • Lenient. La Satire en France au XVI* siècle.
Gooçle
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L'ouvrage n'a jamais été achevé. Tout le second livre est dirigé contre le clergé catholique.
Ces Outrages ne procèdent pas de Rabelais. Mais le succès de son livre fit naître toute une série dé compositions panurgisteB dans lesquelles ou ne sut imiter que sa licence, non son esprit, et encore moine l'élévation de sa pensée; La plupart de ces éwM» sont tombés dans un complet oubli. Il en est quel* ques~uns pourtant que les bibliophiles tktonent à se procurer, moins pour le mérite de l'œuvre que peur sa rareté; ces ouvrages ayant été tirés à petit nombre sont devenus des curiosités bibliographiques. Ste-Beuve dit en parlant de ces petits litres: «Cela me fait l'effet d'une collection de tabatières rares et bizarres, mais la drogue première de maître François n'y est plus.»
Les Suites, les imitations directes qui ont été fûtes du roman de Rabelais ne méritent pas d'être nommées. Nous avons déjà apprécié le DièdpU Je PantagruA et les Songe* drolatiques, cette étrange composition que Théophile Gauthier compte aux conversations de Balzac'. Les autres sont le Neutwm Panurge avec sa navigation en Piele imaginaire; Rabelais ressuscité, récitant les faits admirables du très valeureux Grandgousier, roi de Place Vuyée ; le très éloquent Pandamassus, fils de Galhm&ssue: — La Mitistoire baragouine de Fanfreluche et Ghmdichon, par Guillaume des Autelz, est du même calibre. Le titre est tout ce qu'il y a de plaisant , l'histoire est ennuyeuse.
1 PortoaiH contemporain, in 13, 1874, p. 96. n 90*
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Etienne Tabouret t seigneur des Accords», a rassemblé dans ses Bigarrures, dans ses Apophtegmes du sieur Goulard et ses Eserûignes dijonaises, les miettes de la table de Panurge. Les Bigarrures, où PM|uier trouve de la gentillesse, auraient fait les délices des Enasés. On y enseigne l'art de faire des rébus, des calembours, des anagrammes, des acrosttetafl, dos vers rétrogrades, etc. C'est là qu on trouve pour la première fois certaines plaisanteries qui se sont tvatspises de génération en génération: cette épitephe, par exemple : A B, D C D ; cette phrase qui petit s'écrire en six monosyllabes: «Un soupir HfrH souvent d'un souvenir» ; cette question: «Quelle est 1a ville du monde où l'on est le mieux et le plus mal couché?» Senlis (cent lits, sans lits); — ■ ces contrepetteries, imitées de Panurge, un «sot pMB>, un «pot sale» ; «trompez, sonnettes», «sonnez, trompettes» ; — l'anagramme du P. d'Orléans : «asne d'orvet celui du P. Proust, «pur sot» ; l'étymologie du Parlement, une assemblée où Ton «parle» et <& Vvp «ment», —ce vers rétrograde qu'on peut lire égatottent en commençant par le commencement ou fax la4n9 sans que le sens, sans qu'un seul mot soit changé, -* comme ces frères Eclots qui pouvaient marcher égatemetnt en avant et en arriére :
' Aila, terenum me gère regem minière, sacra. (Arche sacrée, par foreur fais de moi on roi heureux.]
Les Apophtegmes de Goulard ont passé dans la bbuchè de Jocrisse et de M. Prudhomme.
XIIL *.
Les plaisanteries de Tabourot ne sent pas toujours de bon goût, mais elle* sont généralement dé-