‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 142 sur 157 · IMITATEUR? SI RABELAIS · texte numérisé non relu

IMITATEUR? SI RABELAIS

rire cordial qui secoue leur large poitrine sous l'impulsion de la sature. Mais cet homme ne laisse jamais son lecteur en paix , il ne permet pas à son auditoire de prendre un instant de repos. Etes-vous tranquille ? il s'imagine qu'il doit vous exciter, et le voilà, la tète en bas et les pieds en Pair; ou bien il se faufilé derrière vous • et glisse dans votre oreille une sale histoire. Cet homme est un grand bouffon, non un grand humoriste. 11 se met à l'ouvrage systématiquement et de sang froid, peint sa figure, met son bonnet de fou et son costume bariolé, étend par terre sontapteet fait la cabriole.

M. Stapfer, à qui nous empruntons cette traduction, ajoute en comparant Sterne #et Rabelais :

Il n'a pas l'immense bonhomie de son ancêtre, ni son immense savoir, ni son immense éclat de rire. Dans Rabelais il , y a de l'infini ; nous apercevons partout la limite dans 8terne. Cet infini que nous sentons dans Gargantua, dan* Pantagruel, nous inspire pour le créateur de ces géants et de ces mondes, au milieu même de ses folies , une espèce de vénération. Tristram Shandy ne vous inspire pas cette peur sacrée; la seule impression que nous laissent les sottises de l'écrivain, c'est un agacement nerveux indicible et une envie démesurée de lui donner des coups dé bâton, il y a du dieu dans Rabelais *- du diable aussi. Dans Sterne, il y a du singe.

Un des caractères des écrits de Sterne, c'est 8a tendance libertine. Rabelais a de gros mots et pourtant Une noua inspire aucune idée licencieuse. Sterne est très chaste en paroles , mais il ne Test presque jamais par la pensée ; en nous disant une chose, il a toujours l'art de nous en faire entendre une autre. Ses livres sont l'idéal du récit à double entente.

Il a, du reste, pris beaucoup des formes de Rabelais: la dissertation à propos de rien, la précision dans l'absurde ou l'insignifiant II peint les toutes petites choses avec une minutie qui nous fatigue et une précision qui nous assomme*

Il y a chezr lui de quoi impatienter le lecteur

* l'histoibï du box DE BOHÊME. 497

le moins nerveux; cependant si Ton persiste, en est dédommagé. H voit le monde en petit, il étudie les sentiments humains avec un microscope , il a decr commentaires infinis Sur une pensée fugitive, mais il toit juste. Sa plaisanterie est très cherchée, très étudiée, mais elle atteint son but; sa sensibilité est un peu pleureuse, mais elle nous touche, à la condition cependant que note ne serons pas trop impatientés des préparâtife. U a des histoires de mendiants, des histoires d'àries , de pauvres jeunes filles , qui sont vraiment touchantes. 11 a des caractères bien tracée; celui de l'oncle Tobie, avec sa manie de suivre les opérations de la guerre en établissant des fortifications en petit sur son propre terrain , celui du caporal Trim, Fhistoire touchante de Lefèvre, nous ramènent à ses livres, si nous avons eu le bon esprit de suspendre la lecture au moment où l'agacement allait commencer. H y a, dans le Voyage sentimental surtout, quelques pages délicieuses.

, ' XXVI • • Dans un chapitre de Tristram Bhandy, il est ques-' tien de V Histoire du rot de Bohême et de ses sept châteaux, que l'auteur bous montre en perspective, mate qu'il ne nous raconte pas. Charles Nodier a entrepris de nous la raconter ou plutôt de ne pas non? la raconter. Il a fttbtié, en Î8S0, avec illustration^ une prétendue Histoire du roi 'de 3Sohéfne et âe ses sept châteaux, où Pon rie voit apparaître ni le sus-' dit roi,iri aucun de séA'dhftteauz, mais où nous retrouvons les ^laiBâtrtériéB à là Sterne; lés phrases interrompues , les chapitres dé quelques lignes imprimés à Tenvers, lés tourné Ationsf et les listes à7 la n 32

408 UHTATH7BS DE RABKLAIS. «

BabebiSjles citations d'auteur* inçonnps, et les prodiges de style, car Nodier, qui montre peu d'inventions dans ses romans, a fait des merveilles en ce genre- Mérimée nous apprend qu'il avait copié tout Rabelais pour se faire la main. Son livre ne parait pas avoir eu beaucoup de succès. Im critiques d'alors le mentionnent à peine. Il y a pourtant deux charmantes histoires dans un ton tort & fait étranger k Rabelais, mais où Sterne se reconnaîtrait, aux mo* ments où il s'attendrit. L'une est celle d'un pauvre aveugle, élevé avec une jpme fille aveugle qui lui avait juré d» l'aimer, toujours, La jeape fille était riche, elle recourra la vue et oublia son compagnon d'infortune. Cette histoire est racontée en style perlé; l'autre qui est destinée àj lui servir de contraste, est eu style rustique* Charles Nodier avait rêvé fxwte aa vie d'écrire un récit aussi simple arçssi naturel que celui du Petit Poucet ; il s'agissait d'arriver par Ter tude à cet excès do naïveté. flnsieurs, tent^ti?** fiâtes par lui avaient échoué, entre autres son conte de Trésor des fèves et Fleur ieé pois, qui a des parties charmantes, mais quvpèobe^aas l'ensemble. Nodier réalisa sou idéal $msXJBistoirejkk chien à Srisquet, «^ n'ajlit qu'uitf fois au ty)is et que le loup mangit>. Le fonds, du récit est peu de chose, maïs la fonpp est on cbeH'œuvre dans spu genre. George Sand en faisait le plus grand içap», et disait que fopqtfelle voulait sa dqnner empiétement le ton champêtre, elle relisait cette tystoif e.

Dans legewrç plaisant» il f*nt signaler aussi l'histoire de MistigrL ^t du roi de, Temboufltou , qui est d'une spirituelle fantaisfa.

Nodier, dans ce livre a bit des imitations, dtt

L'fiI8T0IB8 DU KOI DX BOHÊME, 499

pastichas de durera styles- Une quarantaine de pages sont en style rabelaisien. Voici, comme échantillon la description qu'il fait des habitants de Tonbopc-v toft. Il est bien entendu que Tojpfromctou n'est pas 1* ville africaine. Mettons*!* eu Dipsodie, si vous voulez.

Tumbuctieng sont gens a prise» entre tons humains , frisqtces, guallants , coquartz , bisn advenans en leur maintien, l)ien advantagez en nez , idoines 4 tous jeux plaisants , bons rencontres et honneétes devis , agutz affineurt et desnicheuro -de cailles ehapperonnées et Yonlentien aimacs mieidx cent messes diètes «fatau vojrre Se vin bu, au destoorant fêaulx soty&ota, béas* payons» d'impôts 9 et fusent aussi bans çkim tian* que le fastes oneques \ mais les beats petits père» enr «uculioimés [encapuchonnés] de l'ultime concile , tous les fulminarent et tous les excommuniaient comme serpes fserpenti] nfujpca qu'ils a'estojftut meecomptez. en baxbottant leurs oraiseea et menus seffwûges, as nombre des^otlp de la cabre icW Tjrsj de monseigneur saint JPecosma. Que JDfeu «a soit tarë jjajrt**} Matitee de bierieûe*. , x

(Test un pastiche, nn centen de phrases et de mots pris ça et là; il y manque l'inspiration, mais le pastiche est fort bien réussi.

Les idées ingénieuses abondent dws ce livre, iat tiguant à lire cependant; tel est le passage oà hauteur prétend qu* Ton a attribué à te) ou , tel individu, tel pu t#l actç, tel on tel ouvrage, à raison du noiq «u'tf portait Ainsi. PidUppe a dû qécessakeiueni aimer les chev^u^, Nicias a dû 4(re victorieux, Démoethène a été la force d'un peuple, {Aristide le modèle des bons, -Til^ulle, dont le non* signifie petite .flûte, a dû, ftwre, des vers, tçndres, Martial a, d& faire des. épipwmes . qui frappant 1Nfmw nn marteau^ fucitç a d$ être concis ,*t

* J3w*o«or<*u«a» «Zr B&êmt* p. 225 de fc 1? édition. n 32«

600 imTATïtfBa de babsuib.

Florne, fleuri dans son Histoire romaine. C'est une critique du symbéh'sme à feutrante appliqué par certains écrivains à l'histoire primitive, à là mythologie, qui a fait de Fhistoire de Napoléon I* une légende solaire et nni explique le coûte du Petit Poucet par Pastrouomie.

xxvn.

Nodier n'a guère cherché à prendre i Rabelais que sa forme, Balzac a voulu davantage. Il a tenté de l'imiter en se servant de sa langue pour dire certaines choses, pour tracer certaines peintures que la langue ordinaire était impuissante à retracer. Voici ce que dit à ce sujet M. Taine :

La libéré fort grande du style contemporain et parisien ne lui suffisait pas. Il prit cela* de Rabelais et de Brant&ne potir peindre avec la mjntrtit du sefeièae siècle les crudités du eeîaième siècle, et il composa le* Contes tfrdtetigwe*, contes adndraUea^mais p^ot fue lestes, où tontea les convoitises pkysiques, déchaînées et. aatisfaites* se démènent comme une bacchanale de Priapeg enluminés. George Sand, ayant In l'ouvrage, le trouva indécent. Il appela George Sand prude, de très benne foi . . La force 4e Balaie approchait quelquefois de iagiweiècejtf*.

Ces contes sont en effet plus dignes de Bérôalde de Verville que de Rabelais. Balzac n'en a intenté qu'un petit nombre, il les a recueillis pour la plupart, soft de tire rofr dans la tradition, soit chez des conteirts do bas étage auxquels il a repris son bien. La forme seule lui appartient. Le stylé, il faut en convenir, est d'u*é souplesse étonnante, et d'une couleur que Taine compare au coloris rutilant de Jordaeus. Mais' c'edt un style dé fahtatâe , un

1 Nouveaux Esta* et ctUique et <?fcfetofré,188$, in 12, p. 74.

LES COXXEB DftAUTIQUEÇ. 501

«tyle inspira deKabelais ai Ton veut, ce n'est pas là Babelais, ce n'est pas; même la langue du XVIe siècle. Si après avoir îu an livre de la Renaissance, on, passe brusquement aux Contes drolatiques , on est tout dépaysé; Balzac a ïair de parler un patoij. George Sand,.dans ses romans champêtres, nous a donné pou* du langage berrichon, des tournure? et des locutiops qu'Amyofc aurait le droit de revendiquer, Balzac semble avoir suivi le procédé inverse, et sa prétendue langue du XVIe siècle pourrait bien être un patois des bords de la Loire.

Dans l'un de ces contes , le Prosne du curé de Meudon \ Balzac nous montre Barétais appelé dans aa vieillesse À ht cour.de Ifeuri IIt et, sous prétexte de sermon, racontant un apologue assez audacieux i Tadresse tW roi et surtout de sa maltresse, la belle et vieille Diane de Poitiers. Seulement le curé de Meudon a, singulièrement perdu dp la prestesse, de la légèreté de «on style* Rabelais a l'art de frapper fort, mais d'une manière légère; il étourdit et renverse son adversaire sans rien perdre de sa sérénité joyeuse, Balzac est lourd et comme engoncé dans l'idée et dans la forme; sa plaisanterie se meut difficilement et *a phrase Rembarrasse. Il y a cependait dans l'imitateur .quelques passages qui ne qout pas indignes du maître. .

Le sujet du qonte peut être répumé en deux mots. Un musaraigne — nous ne savons pas pourquoi Balz*c fait du masculin, ce mot quelçs Dictionnaires et l'usage font constamment féminin, — un musaraigne a. été. préposé à. ïa garde des greniers d'approvisionnement,^ la condition,- bien entendu, de puiser pour

502 ÏMTTATÈtrttS DE B1ËELAIS.

ses besoins à même Al trésor qui loi est confié ; mate une jolie petite souris, accorte et vive, s'empare ed bien de l'esprit du gardien qu'il l'autorise à s'établir autour de lui arec toute sa couvée , sa famille et sa suite, et à piller effrOntétoertt le trésor péniblement amassé par Gargantua. Les choses Vont Si loin que le géaùt intervient et fait place nette:

Ce conte, avouons-le, n'est digne de Rabelafe ni pour le fond, ni pour la forme. Nous ne faisons d'exception que pour le portrait de la souri* séductrice, qui est joliment tourné.

La souris promist de deslivrer les graynierg, car, par cas fbrtuict, oè èstoyt la royne des sortis, souris douillette, btonddette, grassouillette, la pin* mignonne dame qooncqtfes eue* trottiné. ioyfmlsewBs ta» aolwes, aUalgrcnenit connt esfKjms, et getté les plu* gentils cris en trouTant noix, miettes et chaplys de pain en ses pourmenades ; raye fée , jolye fol* lette, à resguard clair comme dyamsnt blanc, teste menoè, poil lisse, eorpe lascif, pattes roses, qnene de* vetaut, ta» souri* bien née, de btau langoaii*, symaat par nattera à tivre cetchiée, à s» rien fayre, a&e souris ironie, plu nuée qoe n'est nng vieulz docteur de Sorbonne oogaoissant à fond les décretalles, vîfVe, blanche de rentre, rayée an doi, petits teltins pometanft comme tmg soupçon, dents de perle, Jatte*» flfesohe, motusau ds> roy . .

Bateac a généreusement prêté à Rabelais sa connaissance des allures de la femme coquette. Le curé de Meudon n'était pas tà bien renseigné que cela sur ce chapitre: son Titre en fait for; mais il était plus fort Sur les autres poiûts.

Les Contes drolatiques sont imprimés avec une orthographe ftttitastique , qtri a la prétention de reproduire celle du XVIe siècle, mais ta- prétention seulement. D en est de même delà langue, que Balzac n'avait étudiée qu'imparfaitement et qtrï! écrivait par

SABSLilS DAtre LE BOXA*. 508

tue sorte* de divination. Nous ne citerons qu'une seule erreur de ce genre. Balzac aura trouvé le futur Urirra, le conditionnel lairrati, qui sont employés encore aujourd'hui en divers patois. Il en a conclu à IV xfetence d un verbe lairrer, qui n'a jamais existé, et 3 dit quelque part: «il à lairré» au passé indéfini ; il emploie il Icrirra, fiitur, dans le sens du passé défini laissa. Les formes lairra, lairrait ne proviennent pas de laisser, mais du verbe loiïer, usité au XII* siècle, et qui a disparu devant laisser. Ch. Nodier n'aurait pas hit cette faute.

XXVHL

Nous venons de voir Balaie réussir très incomplètement dans sa tentative de ressusciter Rabe^ lais. D'autres ont essayé cette résurrection avant et après lui; ils ont été plus malheureux encore. En général, ni Rabelais, ni ses personnages n'ont inspiré heureusement les romanciers ni les auteurs dramatiques.

Sous le Directoire, un romancier médiocre et fécond, Robert Lesuire, publia, en trois votames in 18, les Confessions de Rabelais, de Marot, de Michel de Montaigne. Ces trois ouvrages, écrits d" un style profixe , vulgaire et incorrect , moururent en naissant. L'auteur, dit De FAuhftyè en parlant du premier de ces romans, «n'a pas eu le talent de saisir un seul trait du héros dont il avait entrepris de composer l'histoire. >

Le bibliophile Jaoob ou, bI on l'aime mieux, M* Paul Lacroix était mieux préparé. Lorsqu'il écrivit 80U roman : Une servante de Rabelais, il avait déjà publié deux éditions de l'écrivain qu'il voulait

504 I4UXATETO8 DE ÏU^BLÀIfl.

ressusciter. Rabelais dans ce livre parle un langage plus convenable. Il y a même çà et là, dans les jconvqreations qu'on lui prête, des phraqe& extraites plus, ou moins complètement de ses çanvres. Seulemeut le rôle qu'il y joue n'est pas digne de lui, bien qu'il soit moins inconvenant gue celui que lui prête Lesuire, Au moment choisi par le wnancier , Rabelais, qui a déjà. publié les deux premiers livres 4* son rom^n, se trouve 4 Ikfontpellier, professeur à la Faculté de médecine. On la envoyé . auprès du chancelier Duprat accomplir la mission que inous connaissons. Avant son départ, il avait pris i son service une jeune fille chaînante, belle de sa galté et séduisante de ses m^e ans h il #*it épris d'elle et* l'pmour grandissant dans l'absence» il a,vait formé le projet de l'épouser, décidé si l'église lui retapait son consentement, k se rendre à Bftle et i se faire calviniste. Comme il a cinquante-deux ans, il hésite .quelque peu et consulte, comme Pannrg^ un théologien , un jurisconsulte et un médecin. Il faut dire que pemfcmt son absence la joyeuse Guyopue a lié connaissance , et connaissance intime avec, tous, ceux que Rabejais veut consulter, et quelques autres encore. Les réponses .qu'on lui fait manquant de. précision,, il consulte un fou qu'il a amené ayec.hji. Celui-ci. lui conseille de faire le mort au. moyen d'une drogue, sçporifique et de .voir ce qui en adviendra. Rabelais suit Je conseil , et Quyonne, comme la Belcolor de Musset, prise en,. flagrant délit,. ou peu..p'en faut* près du cercueil, est fustigée d'importance par ceux qu'elle a trompés. Qua^t à Rf bêlais qu'elle avatyti p»r imprudence, compromis devmt 1$ txibpnal inquiB^Qri^l, il s'enfuit #t

RAtSIfAlS DAK8 LE XÙÇAf. 605

va retrpuyer à BflNt )e( cardinal du BelUy , q#i WP«««rft Taffftire-

L'auteur a fait figurer sur le .second, plan. quelques personnages qui figurent aussi dans la vie ou les écrits de Rabelais, mais on souffre de les voir habillé* en caricaturer ; Rondelet, BW exemple qui, aeus le nom de,Rondibilivpaïle si sagement, si-pra*tiquemeut mène, dans l?<*ni*gruel> est transformé t»; çale> et puant collectionneur de poissons. Tiraqueute aigeiTiiraqttwiu, .eat un pédant, qui ptsee tout spft temps: à commenter m demi-ver^ do Virr HâfU rh qt frère Je^a est U^wfprméeu ivrogne eço*? t»mpent; ivre, q^û^e fcit .^rtretewr par Gmonn* et la, vqle i à . Itaeagion. Jfin outre, ifrèw Jean npus qat donné codawo biiâaulty et attaché à un couvent d'hommes. iMato les brtffcjjk, , Rabelais lui-même mw l'apprend, étwnt.Mfrctoés.à des couvents, de tourna pour lesquels il» allaient quêter. AjoutQqp que le langage des personnages est bieq moins heureusement imité du XVI6 a^ècle qu'on n'aurait eu le droit de l'attendre de M. Paul Lacroix. Les caractères d'ailleurs sont mal dessinés. Cette Guyonne, jpiest au .pceanier plaB, aurait dû.être rnieu* étudiée. $fm, nous faire comprendre Ja fantaisie que. Babe- Jaia.* de l'épouser, il auitait fallu .aontrsrar la airène à l'œuro, et expliquer comment Itsage de cinquantedeux ans av*it.été. pris dans les filets de cette Dalila.

, L'abbé Constant, qui a publié plua tard» sous, le nom.fdJElipba^ «Wvy, .divers. ouyr*ges sur: le js§*rir U$me et entre autwe une Histoire, de la twfieyl 860, i* 9% et un Dogme et ritwlde to haute mag.iet 1856, 2 v. in 8°, a fait parait^, en 1343* un petit rom#n intitulé Rabqlais à fo Jfasm*tttol dans lqq^lil rqjro-

606 OIITATBOTIS DE B1BBLAI8.

dttit assez idèlement, non le HMbeïate tel que nous pouvons l'imaginer d'après ses œuvres, mais le Rfcbêlais de la légende.

Date ces deux. ouvrages, l'auteur die PmtagrwX est touché avec on certain respect. Les autours dramatiques ne se sont pas toujours montrés -aussi convenables. Dans le Quart dyke*reSe Rabelais, par exemple, vaudeville en un acte dé Dîeulàfoi et Pré" vost dlray, où Ton nous présente Rabelais obligé de ruser pour payer son dîner, on fait parler et agir lé grand écrivain comme un aventurier quelconque ou pluttt comme un commis voyageur. D joue 4n rôle un peu plus convenable, mais secondaire dans Clément Marot, vaudeville d'Armand Oouft et George Duvai, joué ta même attoée (1799). Dans un des couplets, on dit de l'ouvrage de RabetaiB:

C'est un fort béton Btre sans ilonte, A os que dit 'plus d'un iàvant; Mais tel le Tatifte bien smra** Qui, je croit, n'y toit goutte.

Tel était évidemment le cas de Dumersan quand il composa son Gargantua on BabétoU m *oy*fi, joué en 18L3. Ici encore il s'agit du fameux souper. Mais l'auteur n'a rien imaginé de mieux que dfitfw- 4uire RabelaiB dans un grand mannequin représentant Gargantua et de lui fliire servir, par l'énorme booshe du géant, le dtner qu'il ne nuit comment payer. Au rtote le public, si nous en croyons las journaux du tempe, trouva cette prestation de mauvais goftt et siffla à outrante'

Après la révolution de juillet et sous le coup de

BABELÀIS Jj/ïHÉâTBE. 507

cette rivolntlea anticléricale, ofe reprisent* en 1831 au Palais-Royal tine comédie*anecdote en un acte signée A. Lenten et Charles, intitulée: Rabelais ou te Pretàyfèrt de Meudon. Rabelais, dans cette pièce, est un vrai cul* de Béranger, et nous le voyons jouer du violon pour faite danser ses paysans en parodiant une chatason bien connue du poète :

Je ne sais qufai vieux bonhomMe,

0ai pasteur de ee hameau, ête.

Il a pour vicaire un personnage hypocrite et ambitieux qui veut avoir sa place, et, dans-ee but, lTetccuse auprès du cardinal du Bellay, leur évoque, de nourrir une passion coupable à l'adresse <f une feune fille recueillie an presbytère. Or cette jeune Me, Rabelais ne Pignore pas, est le fruit d'un péché de jeunesse du cardinal, et quand celui-ci arrive mécontent et disposé & faire des reproches, Rabelais n'k qu'à lui raconter la vérité pour que l'affaire s'arratige. On la marie à un neveu du cardinal, dont elle est éprise, et le vicaire est envoyé ctrrâ àSuvèné, où il pourra ae régaler du vin du crû, tiioitts aigre que son caractère*

Cette binette, qui ne manque pas d'esprit, porte te date dans sa contextttft. On ne l'aurait pas jotofe sous la Restauration. Quelques années plus* tard, elle aurait paru vieille.

Passons Aux personnages du roman. Nous aivonu indiqué l'essai assez malheureux de Dulaurens pont ressusciter frère Jean, moins malheureux toutefois que celui du MblfopMlè TâcobL

Les héros de Rabelais ntofflt pas été plus favorisés ra théâtre*

; Les Asv$doU$ dr^ttfi$ttfg< nous apprennent <!*'« . 1654 Jacques Pouaset, sieur, de JtyoïtyuJDian, fit jouer #a comédie eu trois actes intitulée» ^flnfagnceï, imprimée Ja même année, *\, eu* 1674, unp comédie eu cjnq ^ctee,. lea Aventures de Panuryt, nqp imprimée. , ^utretyi, /auquel -on.dçit. qjrelqpee .wp^diee assez jolies, enire «rtrçs la^Jfqpw de V</h*aurt fit jouer en 1720 deux pièces eu un. acte intitulées, Tune Panurge à tnarier,ï+ixtoeJ?amrge mtmt dans les esjfftces imgimires% qui figurppt dftus ]e premier voilée 4*P Qiïvvres de l'aatwv ....

,:. Le jP^tit opéra. Patwr$e dçm$ Vile des Lanternes ^.17.§5) fut beapqopp de succès, dans le temps, gr^ce ^ b.jpu&iqye de Gr£tr;, Le héros a'a guère <^ coiw*ua que le ipm avec ,1e personnage de BatoWs*. Paçurge s'est njarié eu France, puis il a ^pijlqpné. a^ ,fppim^tet p'est n^is à voyager. Il ar- .mve.en Chine .w. moment àp Ja içiq des Lanternes. Sa .femme, qpi a été transpqrtée , 1A , par des . pirates, Je, reconnaît» et, ap^èa quelque scèues de coquetterk^^e. réconcilie avec lui- On attfibqe /cette pièce à Arois. écrivains : les frères Parfaiçt, auteurs d'une savante BisUûre, fa Ttyâirt français] le roiLouis 2LVI1J, .tùqrk cpmt$de Pnovpiicp9|et un certain Jkforel, qui l'a signée et qui l'aurait volée aux frères Parfaict En la lisant on est tenté de dire avec le poète :

Que je plaijte V voleur !

...tO« % représenté eq .19W à l'Qpéra un ballet en fiji aae r intitulé ,i^i^rt^,, li^retta de M, Trianoo, musique £e Labarjre,

Les catalogues de pièces de tk^Atre mentionnent placeurs b^U^ pu figure la sibylle de Panzoust. L'un de ces ballets: V Oracle de la sibylle de Pan-

BABELAIS AU THÉftTBE. 5<M>

zoust, imprimé en 1645, a été reproduit par M. Victor Fournel dans ses Contemporains de Molière, t. it et par M. Paul Lacroix, dans ses Ballets et Mascarades de cour sous Henri IV et Louis XIII, t. vi. M. Paul Lacroix est tenté d attribuer ce ballet à Molière, mais les raisonb qull en donne sont loin d'être convaincantes. Berner, rite atraeiun ballet du Mariage de Panurge.

On trouvera dansée chapitre suivant l'analyse des Dialogues où Etienne Pasquier, Voltaire et Nép*~ mucène Lemercier ont donné la parole & Rabelais.

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