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LA RÉFUTATION DE BABILAI

Quant à Panurge et à Pantagruel, M. Réville y voit l'incarnation des deux principes de notre nature, les sentiments élevés et les instincts vulgaires. L'assimilation que M. Paul Lacroix et quelques . antres font de Panurge et Rabelais Jui lait l'effet d'une insulte pour le grand écrivain. Toutefois il admet que Panurge représente le côté inférieur de l'esprit de Rabelais, tandis que Pantagruel représente le côté supérieur. Il juge que Pantagruel a trop de complaisance pour Panurge , et appliquant cet exemple à la nation française, il retrouve aussi dans notre caractère Pantagruel qui a inspiré à la France tant de nobles entreprises, tant d'actes de générosité désintéressée ; mais il juge que nous avons aussi un trop grand faible pour Panurge, pour les railleurs vulgaires qui nous flattent et nous amusent.

M. Edmond Scherer a consacré aussi un travail remarquable à ces publications. Il commence par établir qu'il y a deux classes d'admirateurs de Rabelais, ceux qui admirent tout et ceux qui choisissent, et il montre ces deux courants persistant depuis le XVI* siècle jusqu'à nos jours. Les uns acceptent tout, les autres «souffrent de l'odeur de cabaret, et de cloaque qui en le lisant prend souvent à la gorge.» Il croit, du reste, que Rabelais a écrit sans plan :

La premiers partis est complète en elle-même ; la seconde nom ouvre un nouveau sujet ; la cinquième ne termine rien. Ce n'est pas nn Une, mais une galerie de tableaux , un chapelet d'aventures aatqueUes on ne songe pas à

M. Scherer prétend aussi que Rabelais se moque de ses lecteurs quand il leur conseille de briser l'os et de chercher la moelle qui se trouve renfermée dans

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son livre. Nous n'avons pas à revenir ici sur les raisons qui nous empêchent d'être de son opinion. Il n'en admire pas moins Rabelais, mais pour lui c'est un être difforme, comme ce Socraté dont il trace le portrait dans son prologue. (Voir p. 395 de ce volume.) '

On ne se fait de lui une idée exacte, ajouté-t-il, que lorsqu'on a appris à découvrir tout ce qu'il y a d'élévation dans sa bouffonnerie , de déHcatease sons sa grossièreté , de pureté morale sous les immondices dont il se macule.

#On se trompe quand on veut faire de Rabelais soit nn prêtre croyant, soit un renégat secret, soit un catholique, soit un protestant, soit un déiste, soit un athée. Ce libre et incomparable esprit se meut complètement en dehors de ces distinctions et de ces dilemmes. IX est trop «confit en dédain des choses fortuites». Il est trop ouvert à tout ce qui est humain et divin. Et c'est ponr cela aussi qu'il a le cœur religieux et que les nobles idées chrétiennes trouvent place sans effort dans sa croyance.

M. E. Scherer résume ainsi son appréciation :

Rabelais parcourt toute la gamme des sentiments humains, aussi à l'aise dans le sublime que dans le trivial, assez vaste et assez souple pour réunir en lui tous les contrastes. De là cette variété qui prépare chez lui tant de surprises an lecteur. Mais ce n'est qu'un de ses attraits. Il en a de toutes sortes et des plus vifs : le libre regard sur toute chose, l'ingénieuse satire, je ne sais quelle grâce et quelle charmante naïveté, l'invention inépuisable, la verve indomptable, le flot intarissable , les réformes du vocabulaire. Il a été moins un artiste qu'un génie, et cependant il a eu lui le premier ce qui avait manqué au moyen âge, la façon de dire, comme aussi ce qui allait se perdre après lui, la faculté de Be créer une langue. Avec Montaigne, M" de Sévigné, . Molière et Pascal, il sert à nous faire échapper au reproche de n'avoir qu'une littérature élégante et d'imitation. Rabelais est véritablement l'un de nos écrivains de franche race. '

1 Etudes critiques sur la littérature, in 12, 1875.

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