‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 152 sur 157 · LÀ RÉPUTATION DB RABÏÎ-À1S · texte numérisé non relu

LÀ RÉPUTATION DB RABÏÎ-À1S

On ne saurait mieux dire , et cette appréciation, est assurément la plus liante et la plus sensée qu'on ait faite de Rabelais.

L'Académie française avait misauccacourspour 1 876 VÊltge de Rabelais* Le prix a été remporté par IL Gebhart, professeur à la Fatuité des lettres de Nancy*

M. Gebhart,. danâ cet ouvrage, abuse un peu de l'érudition, les rapprochements qu'il entasse sont souvent contestables, et sen style, vif et rapide dm reste, manque un* peti d'ordre et de netteté. Votei quelques passages de cet Eloge :

[Rabelais* était par le goût * le langage, par la forme spmbeslqcie de la fi<ttt«i et le ton. de £iranier HtaBnue du moyen âge : il fut encore par la cuèibre tawafcte et multiple de l'intelligente, par l'art de style, par l'indépenianoe de k pensée et 1» hardiesse de quelques idées , le représentas* du XVI* siècle et des temps modernes. Moine et satirique, il appartenait au passé gaulois 5 lettré , naturaliste et réformateur, il annonça la venue de l'esprit français .... En réalité , Rabelais fut le premier des écrivains modernes.

M. Gebhart croit que Rabelais a eu sur la philosophie du XVII* siècle la même influence que Descartes sur la philosophie du XVIII* :

Son esprit de libre et universel examen fat comme Fessai du doute philosophique dont Descartes .fit la condition préliminaire du renouvellement de ses connaissances.

Notttf avouent que cette influence de Rabelais sur Descartes nous parait douteuse. L'influence littéraire de l'auteur de Pantagruel sur quelques-uns des types émunérés ci-dessous nous semble égale* ment contestable.

Les deux qualités dominantes de l'auteur du Pantagruel, le sens critique et l'ironie, persistèrent parmi les traits disrinctifs du génie français.... Lis ProvmciaUt , les comédies

XIH* SlfcCLB. SON «ÉLOGE.» 667

de Molière, les FdMe$ de La Fontaine, les Sutiree de Beflean, toi Caractères de la Brayère, les lettres persanes, les Conte; de Voltaire, £•! JHo*, le théâtre de Beaumarchais, reprirent le combat qu'il avait livré an début du XVIe siècle centre l'erreur et la violence... Les armes des combattants sont plus fines, mieux aiguisées, mais oe sont bien tes mêmes, la raison et la mofferie,....

Gela est mi pomr les comédies de Molière, mais les Provinciales sont en dehors de l'influence de Rabelais, et les satires de Boileau encore plus.

. . RondibiMs a engeefoé Purgon....

La généalogie nous semble peu justifiée.

. . L'entretien d» maréchal d'Hocqumconrt avec le père Cenaye pourrait figurer dans FanèagrvèL,

Ce piquant opuscule *c SMEvremond rappelle en effet Rabelais, mais il se rapproche encore pins de la manière de Voltaire.

..liais c'est encore Panurge qui reparaîtra le plus souvent dans la littérature française. On le résonnait sous la peau des renards de La Fontaine et la casaque italienne de Sganarelle (dans le Mariage forcé), de Sbrigani, de Mascarille, de Scapin, sous le petit manteau noir de Crispin, les travestissements de Gil Blas et la résille de Figaro.

A merveille. Mais M. Gebhart ajoute :

Le maître de Candide, Pangloss, c'est encore lui, toujours savant, plus raisonneur que jamais, mais vieilli, désenchanté, horriblement cynique et «ni n'a plus la force de s'étonner des misères ou des infamies de la vie.

Nous avouons qu'il nous est impossible de saisir le rapport qui se trouve entre le grave et naïf Pangloss , entêté d'un système , et Panurge , qui n'est rien moins que naïf, et qui n'a d'autre système que 4e vivre aux dépens d autrui.

En revanche nous approuvons complètement M. Gebhart quand il nous dit que par

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sa raison «vide de certitude, bob goût pour la raillerie et son humeur joyeuse, Rabelais fut, au commencement de notre âge classique, l'exprejsion même de l'esprit français.

En somme, l'ouvrage est conçu dans un bon sentiment, et l'Académie française s'est fait honneur en le couronnant, malgré l'opposition chagrine des descendants de Garasse et de Puits-Herbault.

Un mot maintenant des éditions de Rabelais publiées depuis 18S0 :

Celle de 1842 forme un gros volume in- 12 en petits caractères. Elle est accompagnée, de notes et d'un chapitre tiré d'un manuscrit, mais qui n'était pas entièrement inédit, puisque la plus grande partie se trouve dans le Disciple de Pantagruel

L'orthographe est plus simple dans cette édition que dans celles qui ont été données par De l'Àulnaye.

M. Barré, qui a dirigé l'édition populaire de 1854, a enchéri sur ces simplifications, mais il a été un peu trop loin, il écrit, par exemple: j'ai lu, j'ai vu» au lieu de : j'ai leu, j'ai veu, etc.

Les éditions de Rabelais se sont singulièrement multipliées depuis quelques années.

Il y a d'abord les deux éditions Gamier, l'une commune et à bas prix, l'autre in-folio avec les dessins de Gustave Doré. Nous avons déjà parlé de ces dessins.

Puis l'édition Didot, 1857-58, publiée par M. Burgaud des Marets et Rathery, réimprimée en 1870, 2 v. in- 12. Cette publication est très soignée et accompagnée de notes judicieuses. C'est la plus commode pour les lecteurs ordinaires.

BABBLAI8 EN ANGLÏTBEHE. 509

L'édition elzévirienne, dont il n'a encore paru que deux volâmes ; le troisième contiendra les commentaires et la notice.

L'édition Picart (Janet et Louis M oland), 7 y. in- 16. Le dernier volume renferme une bonne notice et un glossaire bien fait Le texte et les variantes occupent les six autres volumes.

L'édition Lacour et Montaiglon, 3 vol; in-8°, avec glossaire.

L'édition Marty-La veaux, également en 3 vol. in-8% avec glossaire.

Ces deux dernières éditions , comme l'édition elzévirienne, sont d'un prix élevé et destinées spécialement aux bibliophiles.

On a publié aussi en 1875 à Turin une édition en trois volumes, petit in-8°, avec des notes de M. Sardou, et une dissertation Rur la prononciation française au XVIe siècle.

Enfin, en 1876, on a fait paraître un volume de luxein-4°, tiré à petit nombre sous ce titre : Babélais à la Faculté de médecine de Montpellier , par le docteur R. Gordon , bibliothécaire adjoint à ladite Faculté de médecine. Ce volume contient diverses signatures de Rabelais, le programme des leçons faites par lui, le dessin de ses robes, les reçus donnés par lui, et une copie d'un portrait de lui conservé à la Faculté de médecine, mais qui pourrait bien être de fantaisie et dont on n'ose pas garantir l'authenticité.

XXVIH.

BABILAJS A L'ÉTRANGER.

Les œuvres de Rabelais ont un caractère telle-

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