‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 21 sur 157 · III. PANTAGRUEL. — LE JUGE BBIDOYE · texte numérisé non relu

III. PANTAGRUEL. — LE JUGE BBIDOYE

• «Ainsi, continue Bridoye, je fais comme tous, messieurs, je temporise, attendant la maturité et perfection des procès. Ce sont les écritures et les sacs. Un procès à sa naissance ma semble comme à vous, messieurs, informe et incomplet. De même qu'un ours naissant n'a pieds, ni mains, ni peau, ni poil, ni tète, ce n'est qu'une pièce de chair çude et informe ; ainsi vois-je naître les procès à leurs commencements, informes et sans membres. Ils n'ont qu'une pièce ou deux,, c'est pour lors une laide béte. Mais lorsqu'il sont bien entassés, ensachés, on les peut dire vraiment membrus et formés. Comme vous autres, messieurs, les sergents, huissiers, appariteurs, chicaneurs, procureurs, commis* saires, avocats, enquêteurs, tabellions, notaires, greffiers et juges à pied, sucent bien fort et continuel* lement les bourses des parties, si bien qu'ils font venir à leurs procès têtes, pieds, griffes, bec, dents, mains, veines, artères, nerfs, muscles* humeurs. Ce sont les sacs, ce sont eux qui rendent le procès parfait, galant, bien formé, comme dit G-loss. canonica: Accipe, 8ume, cape, sunt verba placentia papœ.

[Accepte, prends, attrape :

Ces mots sont chers au pape.1

La vraie étymologie de procès , c'est qu'il doit y avoir prou sacs, c'est-à-dire beaucoup de sacs.»

Dufresny, qui avait lu Rabelais , s'est certainement souvenu de ce passage dans les vers suivants, où il nous montre un pauvre clerc qui parvient à la fortune par la chicane :

Il achetoit sons main de petits procillons

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