COMMENT MÛRISSENT LES PROCÈ
Qu'il savoit élever, nourrir de procédures, Il les empàtoit bien ; et de ces nourritures Il en tiroit de bons et gros procès du Mans.
(La Réconciliation normande, acte IV. se, S.)
On trouve dans la même pièce un tableau eu* rieux de Tait de spéculer en procès :
Quand jfei le moindre échantillon Tenant le bout du fil du moindre proefflon, Un quartier de terrain dans toute une province, Je m'accrois, je m'étends, j'anticipe, j'évince, J'envahis, et le tout avec formalité ; Procédure est chez nous la règle d'équité ; Sur le terrain de sots j'arrondis l'héritage Par droit de bienséance, et droit de voisinage. En gagnant par justice, on a rarement tort ; Vais supposé qu'on l'eût, tout est sujet au sort, Il est juste qu'on gagne une mauvaise cause, Puisqu'à perdre la bonne en plaidant on s'expose ; Car enfin après tout, qui sait, en certain cas, Si la terre d'autrui ne m'appartiendra pas, Par quelque nullité, vice de procédure?
Peut-être à mon profit, dans une affaire obscure, Un juge bien payé verra plus clair que moi
(Acte III, se. a)
Ce dernier vers surtout est une excellente épigramme. Elles abondent chez Dufresny. Il a le malheur d'être, comme dit Horace,
Infelix summa operis.
(Malheureux dans l'ensemble de son œuvre.]
Revenons à Bridoye. Trinquamelle lui demande comment il procède en matière criminelle, dans le cas où le coupable est surpris en flagrant délit. — «Comme tous autres, messieurs, dit Bridoye, je corn* mande au plaignant de dormir bien fort pour l'entrée du procès, puis, en Tenant vers moi, de m'apporter une bonne et juridique attestation qu'il a dormi