‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 26 sur 157 · VEBTUS DE CETTE PLANTE · texte numérisé non relu

VEBTUS DE CETTE PLANTE

Les services rendus par les autres produits textiles ne sont rien auprès de ceux qu'on tire du chanvre.

Il couvre les armées contrexle froid et la pluie, certes plus commodément que ne faisaient jadis les peaux ; il couvre les théâtres et les amphithéâtres contre la chaleur, il eneeint les bois et taillis au plaisir des chasseurs, descend en l'eau douce ou salée au profit des pêcheurs. Par cette plante

sont bottes, bottines, botasses, houzeaulx, brodequins, souliers, escarpins, pantoufles, savates, mises en forme et en usage. Par elle sont les arcs tendus, les arbalestes bandées. Et comme si ce fût une herbe sacrée révérée des Mânes et Lémures, les corps humains morts ne sont pas inhumés sans elle.

Rabelais nous montre encore les meules des moulins mises en mouvement à l'aide du chanvre « à in* signe profit de la vie humaine > ; il nous peint les navires emportés et dirigés à l'aide des cordages et des voiles de chanvre, et les nations les plu3 éloignées, les plus inaccessibles, venant à nous et nous à elles «chose que ne f croient les oiseaux, quelque legiereté de pennaige qu'ils ayent et quelque liberté de nager en l'air qui leur soit baillée par nature. > Grâce au chanvre, Ceylan a vu la Laponie, les Islandais verront l'Euphrate; «Boreas a veu le manoir de Auster : Eurus a visité Zéphyre.»

De mode que les Intelligences célestes, les dieux, tant marins que terrestres, en ont esté tout effrayés, voyant par l'usage de cestay benedict pantagruelion, les peuples arctiques en plein aspect des antarctiques franchir la mer Atlantique, passer les deux tropiques, volter sous la zone tonride, mesurer tout le zodiacque, s'esbattre sous Fequinoctial, avoir l'un et l'autre pôle en veue h fleur de leur horizon.

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