‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 46 sur 157 · LE LUTIN ET LE PAYSAN · texte numérisé non relu

LE LUTIN ET LE PAYSAN

eux dont les exactions tombent si rudement sur les* pauvres paysans.

Les paysans parviennent quelquefois à les attraper cependant, si nous en croyons Rabelais. Il nous raconte i ce sujet une historiette qui n'est pas de son crû, car, à notre connaissance, les paysans de la Normandie et ceux de la Russie, qui n'ont lu Rabelais ni les uns ni les autres, la racontent également à leurs enfants. Il faut évidemment voir dans ce récit un de ces contes qui sont l'héritage commun de la race aryenne. Rabelais s'est borné à en faire l'application aux pays qui, au seizième siècle, se séparèrent de l'église romaine.

Un paysan de Papefiguière était en train de semer son champ, lorsque

Survient on diable, à titre de seigneur. Ce diable était

Simple, ignorant, à tromper très facile, Bon gentilhomme et qui dans son courrons, N'atoit encor tonné qne sur les choux.

- Vilain, dfcîl, raquer à nul ouvrage N'est mon talent, je suis un diable issu De noble race et qui n'a jamais su Se tourmenter.

Il ne savait ni lire ni écrire, ajoute Rabelais. II demande au paysan ce qu'il fait là.

Le pauvre homme dit qu'il semoit celui champ de tonzelle [blé sans barbe] pour soy aider à vivre l'an suivant.— Voire mais, dit le diable, ce champ n'est pas à toi, il est à moi et m'appartient, car depuis l'heure et le temps qu'au pape vous fîtes la figue, tout ce pays nous fut adjugé et abandonné. Toutefois semer blé n'est pas mon estât, et je

170 LIVRE IV.— VOYAGE A i/OEÀCLE DE L1DIVE BOUTEILLE.

*e laisse le oharap ,■ mais c'est à condition que nous par* tagerons le profit. — Je veux bien , dit le laboureur. — J'entends, dit. le diable, que du profit advenant nous ferons deux lots. L'un sera ce qui croîtra sur terre, l'autre ce que en terré sera couvert. Le choix m'appartient, car je suie diable entrait* dé ncMe chaotique rate, tu n'es qu'un vittain» Je choisis ce que sera en twe> tu aura*» le dessus. En quel temps sera la cueillette? — Ami-joilldfe, répondit le laboureur. — Bien , dit le diable , je ne faudra! m'y trouver. Pais au reste comme c'est ton devoir. Tmaflle, vfllain, travaille.

Travailler est le fldt de la canaille, Se t'attends par que je t'aide un seul tarin,' Je t'ai jà dit que jétois gentilhomme, 1 Né pour chômer et pour ne, rien savoir. x

[Au revoir]. Je vais tenter du gaillard péché les nobles nonnains de Pettesec, les cagrta aussi. De leurs vouloirs je suis plus que asseuré.

La mi-juillet venue, le diable se représenta audit lieu accompagné d'un escadron de petits diabletoaux de choeur. Là rencontrant le laboureur, il lui dit: Et puis villain, comment t'es-tu porté depuis ma départie? Il convient de faire ici nos partages. — C'est (réspondit le laboureur) raison.

Lors commença le laboureur Avec* ses gens seyer le bled. Les petits diables de mesmes tiraient Te chsulme de terre. Le labqureur battit sou bled eu Paire, le ventit, le mit en poches, le porta au marché pcpr vendre* Les diableteaux firent de mesmes , et au marché près du laboureur, pour leur chaulme vendre, s'assirent. Le laboureur vendit très bien son bled, et de l'argent emplit un vieux demi-brodequin, lequel ilpértoitàs* eeintarë. Les dtelbk* ne vendirent rien: ains au contraire b». prisant an pMu marché se mocquoient d'eux. Le marché clous, dist le diable au laboureur: Villain r tu m'as ceste fois trompé, à l'autre ne me tromperas. — Monsieur le diable, respondit le laboureur, comment vous aurols-je trompé, qui premier avez choisi? Vray est qu'en cestuy choix me pensiez

* La Fontaine. Ço*te$, livre IV, *

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