LES SONGES
nous montrant nombre de faits qui se sont accomplis conformément anx songes. On prétend , ajoute Pantagruel, que les Atlantiques , les habitants de l'île de Thasos , un savant français [qu'il cite] , sont privés de cet avantage parce qu'ils ne rêvent jamais.
Demain donc, conclut Pantagruel, au moment où l'Aurore aux doigts de rose chassera les ténèbres nocturnes, tâchez de rêver profondément, et, pendant ce temps, dépouillez-vous de toute affection humaine, amour, haine, espoir et crainte.
Pannrge ne demande pas mieux, mais il veut savoir s'il faudra souper et comment. «Quand je ne soupe pas largement, dit-il, mes songes sont creux comme mon estomac. > — . Pantagruel lui dit qu'il est inutile de jeûner.
Ceux qui ne donnent pas de pâture à leur corps sous prétexte d'avoir l'entendement plus clair, ressemblent à ce philosophe qui s'en va au bois pour mieux réfléchir. Pendant qu'il travaille, les chiens aboient, les loups hurlent, les lions rugissent, les chevaux hennissent, les éléphants barrient, les serpents sifflent, les ânes braient, les cigales sonnent, les tourterelles lamentent, il est plus dérangé que s'il était à la foire de Fontenay ou de Niort , de même quand la faim est au corps, l'estomac aboie, la vue s'éblouit, les veines sucent la propre substance des menn bres carniformes, etc.— Pannrge peut donc manger, mais des choses légères, des fruits, et boire de l'eau.
Les jeunes filles russes qui veulent voir d'avance leur fiancé, mettent sous leur oreiller les sept ou neuf herbes de la St Jean. Ces herbes sont la fougère, la saxifrage (?) à laquelle on attribue la vertu d'ouvrir, les partes fermées à clef; la stipa pennata, suivant les uns, la gypsophile, suivant les autres, qui a, diton, la propriété de s'armer tout à coup et de se mettre à courir par les champs, — et quelques autres plantes sur la nature desquelles on varie, mais qui