‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 67 sur 157 · LA TILLE DES LANTERNES · texte numérisé non relu

LA TILLE DES LANTERNES

contrer auront cette forme. La reine était une lanterne revêtue de cristal de roche, damasquiné et passement é de gros diamants ; les Lanternes du sang royal étaient vêtues , quelques-unes de strass , d'autres de stuc doré ; les autres étaient vêtues de corne, • de toile cirée transparente ou de papier. Il y avait une lanterne en terre qui s'étalait au premier rang ; l'auteur s'en étonna, on lui dit que c'était la lanterne d'Epictète, vendue autrefois, suivant Lucien, à un amateur qui en donna 3,000 deniers. On trouva là aussi la lanterne de Martial, illustrée par les vers du poète, une lanterne suspendue enlevée autrefois par Alexandre au temple de Thèbes , puis une lanterne qui avait un beau floc de soie cramoisie sur la tête. On dit à l'auteur que c'était Bartole, la lumière du droit. •

L'heure du souper venue, toutes les lanternes s'assirent suivant le cérémonial habituel, puisvon apporta à chacune de quoi se repaître , c'est-à-dire des bougies et des chandelles de différente forme et de différente valeur.

Les éditions anciennement imprimées ne nous apprennent pas ce qu'on servit aux voyageurs, mais un manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque Nationale à Paris, donne le menu très étendu du souper ; nous y • trouvons entre autres les quatre quartiers du mouton qui porta Hellé etPhryxus à travers l'Hellespont, les deux chevreaux de la chèvre Amalthée, six oisons du Capitole, les six bœufs dérobés par Cacus et recouvrés par Hercule , le cerf dont Actéon fut contraint de prendre la figure, etc., etc. Parmi les lanternes, Rabelais reconnut celle de eon ancien compagnon de cloître Pierre Lamy, et ce fut elle qu'il emmena h 17

pour l'éclairer dans sa chambre lorsque l'heure fut venue de se reposer.

L'oracle de la Dive Bouteille n'était pas dans nie même où les voyageurs étaient abordés , mais dans une lie voisine, qui ne contenait que le temple et ses dépendances. Une lanterne fut chargée de les y conduire ; elle leur recommanda de ne s'effrayer de rien de ce qu'ils pourraient voir.

Les voyageurs forment deux groupes, de préoccupations différentes, les uns, Panurge, frère Jean, représentent surtout le côté sensuel inférieur de l'homme, Pantagruel, l'auteur, qui apparaît quelquefois, et d'autres encore, en représentent le côté intellectuel et supérieur. Ces deux greupes s'avancent parallèlement dans tout l'ouvrage, en portant un jugement différent sur les divers incidents qui se rencontrent.

Ce parallélisme va se poursuivre jusqu'à la fin, mais en s'accentuant davantage. Panurge et son groupe vont rester sur le premier plan, Bacchus et le vin vont demeurer en avant. L'auteur a besoin qu'on s'y trompe et qu'on voie là ses préoccupations principales. Il y va de son repos et il y tient. Ajoutons qu'en agissant ainsi, il ne trompe pas, il réagit contre l'ascétisme du moyen âge et veut que le corps ait satisfaction — mais, derrière ce rideau peint en couleurs voyantes, la pensée intime de l'auteur se révèle à qui veut la chercher. A côté de l'enseignement exotérique pour la foule des Panurgistes, il y a l'enseignement ésotérique et supérieur pour les Pantagruélistes. Nous allons assister à une véritable initiation et, pour qu'on ne s y trompe pas, l'auteur va nous faire

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