LIVRE III. — I. LE MARIAGE DE PANURGE
sus d'un autel. Mais les sibylles vivantes avaient bien dégénéré. Ce n'était plus que de vulgaires sorcières, des diseuses de bonne aventure, — les somnambules lucides ou les médiums de ce temps-là. Pantagruel est cependant d'avis de consulter la susdite vieille. — «Epuisons tous les moyens , dit-il. Voyons d'abord, nous jugerons après. >
On se met en voyage. Le troisième jour, on trouve la maison de la sibylle au bas de la croupe d'une montagne, sous un grand et ample châtaignier. La vieille était mal en point, mal vêtue, mal nourrie, édentée, chassieuse, courbassée, roupieuse, langoureuse et faisait un potage de choux verts avec une couenne de lard jaune et un vieil os, destiné à donner du goût au bouillon.
On lui fait force présents ; le rameau d'or de la sibylle de VEnéide est remplacé par un anneau du même métal. Elle commence les conjurations qui sont connues depuis la Magicienne de Théocrite; puis elle écrit son oracle, comme la sibylle de Virgile, sur des feuilles — ici des feuilles de sycomore ; elle les jette aux vents et disparaît. Panurge ramasse leB feuilles, et les porte à Pantagruel. On n'est pas d'accord sur le sens qu'il faut donner à l'oracle. Pantagruel y Ht que Panurge sera trompé par sa femme, s'il se marie; Panurge l'interprète en sens contraire.
«Ce qu'il y a de plus clair, c'est que l'oracle n'est pas clair, dit Pantagruel. Adressons nous à d'autres; les muets, les fous, les mourants, nous dit-on, voient plus loin que les hommes ordinaires, consultons tour à tour ces trois sortes de personnes. >