LE MOURANT ST LES MOINES
Le muet fait une quantité de signes que Rabelais nous décrit avee soin. Mais que veulent dire ces signes ? Impossible de s'entendre sur l'interprétation.
On se rend auprès du mourant. Rabelais l'appelle Raminagrobis ; Pasquier prétend qu'il s'agit du poète Crétin. En effet, les vers équivoques que nous allons rencontrer tout à l'heure, figurent dans les œuvres de Crétin. Mais c'est la seule preuve que Pasquier allègue, et l'on peut trouver que ce n'est pas assez. Guillaume Crétin fut tenu en son temps pour Je prince des poètes français ; il excellait dans les jeux de mots, acrostiches, équivoques, tours de force, qui passaient pour de la poésie attz yeux de beaucoup de gens au quinzième siècle. Nous avons vu un échantillon de ce genre d'ouvrages dans l'inscription de Thélème. Au siècle suivant, la mode changea et Guillaume Crétin retomba dans l'oubli. C'était du reste, si nous en croyons les renseignements recueillis sur son compte, un honnête ecclésiastique, chanoine de la Sainte Chapelle et bon catholique. Rien donc, historiquement, n'explique le rôle que va lui faire jouer Rabelais.
Quoi qu'il en soit, ce poète, nous dit Pantagruel, avait, en secondes nocee, épousé la grand Gore, ou la.grande Truie. Ce nom qui avait été donné autrefois par le peuple à la reine Isabelle de Bavière, femme du roi Charles VI l'insensé , pourrait bien être une allusion à la doctrine épicurienne, dont Horace compare les disciples à des porcs. — [Je suis, dit-il, Epicuri de grege perçus.) — Quand Panurge et frère Jean . arrivèrent auprès du moribond 7 il
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leur déclara qu'il venait de faire une exécution; il avait chassé loin de son lit un tas de pestilentes bétes noires, guares [en bas normand: vares, couleur noisette], fauves, blanches, cendrées, grivelées [tachetées comme les grives], qui ne voulaient pas le lais* ser mourir à son aise. Les unes le piquaient perfidement, les autres s'accrochaient à lui à la façon des harpies, les autres l'importunaient comme des frelons; toutes insatiables de son sang ou de ses biens, l'empêchaient de penser à Dieu, et l'arrachaient à la contemplation du bien, de la félicité que Dieu a préparée à ses élus dans l'autre vie à l'état d'immortalité.
Ces pestilentes et avides bétes que le poète avait chassées, se sont évidemment que les moines venus pour épier les dernières heures du mourant afin de se faire léguer sa fortune. Mais, pour avoir l'audace d'écarter les moines de son lit mortuaire , il fallait une certaine dose d'incrédulité, et ceci confirme l'explication que nous avons donnée de la grand Gore par la doctrine épicurienne. Raminagrobis, du reste, pour se passer de moines à l'article de la mort, n'est nullement un incrédule, il exprime sa confiance en Dieu et sa croyance à une âme immortelle. Cela n'est pas conforme à la doctrine d'Epicure, mais ce qui y est conforme, c'est l'absence de toute crainte- à l'approche de la mort, et le désir de passer tranquillement et loin des importuns de vie i trépas.
C'est, en effet, la prière que Raminagrobis fait à Panurge et à ses amis. «Ne suivez pas l'exemple de ces bétes importunes, leur dit-il, ne me molestez pas, et laissez-moi en silence, je vous prie. >
LE MOURiNT BT LES MOINES. 15
Montrer un homme estimable, un honnête homme qui, au moment de mourir, refuse tous les intermédiaires entre Dieu et lui-môme, prétendant que ces intermédiaires le distraient des saintes pensées qui doivent l'occuper, c'était là assurément une grande audace à Rabelais; aussi s'empresse-t-il de l'atténuer, de l'étouffer pour ainsi dire, sous les protestations de Panurge, vaurien, filou, débauché, mais excellent catholique; audacieux violateur de la morale, mais respectueux pour toutes les superstitions.
Panurge sort, effrayé, de la chambre de Raminagrobis. «Je crois, pardieu, qu'il est hérétique, s'écriet-iL 11 médit des bons pères .mendiants, cordelière et jacobins, qui sont les deux hémisphères de la" chrétienté. Et les capucins, les minimes, pourquoi en dire du mal ? Ne sontrils pas assez malheureux d'être condamnés au poisson toute Tannée V Médire de ces bons piliers de l'église, comme us s'appellent 1 H sera damné comme un serpent; son asne [âme] ira à mille pannerées de diables. >
— Pourquoi supposez-vous, dit Epistémon, qu'il veut désigner les moines? Pourquoi ne parlerait-il pas des puces, punaises, cirons, mouches, cousins et autres bêtes de ce genre, qui sont noires , fauves, cendrées, tannées, basanées et également importunes aux sains et aux malades ? U faut toujours interpréter toutes choses à bien. >
Panurge insiste, et répète que son asne va s en aller chez les diables au lieu le plus puant de l'enfer. Il songe cependant un moment à retourner auprès de lui pour l'exhorter à demander, à sa dernière heure, pardon auxdits béate pères, présents ou absents. On prendra acte de ses paroles pour em-
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pécher* qu'il ne soit déclaré hérétique après sa mort; on pourra aussi l'engager à faire quelques legs aux moines pour messes, obits et anniversaires, afin qu'au jour de son trépas, ils aient tous quintuple pitance et que le grand flacon plein du meilleur vin, trotte par les tables et passe des lais et briffaulx aux prêtres et aux clercs, des novices aux profès. Il aura alors pardon de Dieu.
Mais un moment après, Panurge se ravise et déclare qu'il ne retournera point chez Baminagrobis. La maison doit être déjà toute pleine de diables. Les diables pourraient s'y tromper ; s'ils l'allaient prendre, lui, Panurge, pour le poète ennemi des moines !
Une discussion s'engage à ce sujet entre Panurge et frère Jean. Panurge est d'autant moins rassuré qu'il n'y a pas dans sa bourse une seule monnaie marquée d'une croix qui pût le faire respecter du démon. Frère Jean, au contraire, a son épée, et les diables en ont peur. C'est avec son épée qu'Enée, dans sa descente aux enfers, écartait les diables. Un coup d'épée ne les tue pas, mais ils crient quand ils en reçoivent un. Si, dans les batailles, on entend un tel tapage, c'est qu'outre les cris des blessés, il y a encore les cris des diables, qui, venus pour recueillir les asnes [lisez: les âmes] des morts, reçoivent des coups qui ne leur sont pas destinés.
Cette équivoque «l'asne pour l'âme > se trouve répétée plusieurs fois dans ce chapitre. On le reprocha à Rabelais ; il prétendit que c'était une faute d'impression , mais nous ne sommes pas obligés de le croire. Au reste, cette équivoque se trouve chez plusieurs auteurs comiques du XVI6 siècle. Béroalde de VerviUe entre autres , un chanoine aussi , mais
l'avis du houbant. 17
franchement libertin, celui-là, manque rarement de faire cette confusion ; il imprime presque partout *J'asne> an lieu de «rame. »
vn.
Pannrge et ses amis examinent enfin la réponse que le poète a pris la peine de leur écrire. C'est un rondel, qui figure en eflet dans les Œuvres de Guillaume Crétin, et se termine par les vers suivants :
Jeimez, prenez double reptt, Défaites ce qu'estoit refait, Refaites oe qu'estoit défait, Souhaitez-lui vie et trépas, Prenez la, ne la prenez pas.
Ces -conseils contradictoires, formulés en mauvais vers, prouvent que le poète en mourant n'a pas eu de révélation anticipée de l'avenir. C'est tout ce que Rabelais veut établir ici. L'auteur s'attarde souvent en chemin, mais la démonstration se poursuit à travers les sinuosités de la route.
Panurge a lu dans un traité de Plutarque (De la face qui apparais* dans le rond de la lune) que Sa* turae, détrôné, a été relégué par son père dans une lie, l'île d'Ogygie, vaste terre qui se trouve dans la mer septentrionale, et où Ton se rend par Saint- Malo, — et que là, le vieux dieu rend des oracles et prédit l'avenir. On est toujours sûr de le trouver, attendu qu'il est attaché par de belles chaînes d'or, dans une roche d'or, et nourri par des oiseaux merveilleux, — peut-être, ajoute Panurge, les mêmes eorbeaux qui apportaient autrefois du pain à Termite Paul dans le désert. Quoique éloigné de l'Olympe, Saturne n'ignore rien de ce qui doit arriver. < Les h 2
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Parces rien ne filent, Jupiter rien ne pourpense et délibère que le bon père en dormant ne cognoisse. » Panurge propose à Epistémon de demander au roi la permission de faire ce voyage pour consulter le Dieu sur la question qui l'occupe. Epistémon l'en détourne. « C'est abus trop évident, lui dit-il, et fable trop fabuleuse. >
Les commentateurs de l'édition variorum ont voulu trouver ici une finesse. Saturne, enchaîné dans un rocher d'or, représente pour eux le pape et l'église romaine. C'est trop raffiner évidemment. Rabelais, dans son énumération des moyens de savoir l'avenir, a tenu à mentionner tous ceux que lui fournissait la littérature classique. Il n'y a rien de plus à chercher ici. Ce qui nous semble plus probable, c'est que Heine avait dans l'esprit ce passage de Rabelais lorsqu'il s'est amusé à nous montrer les dieux de l'antiquité transformés par la tradition populaire: Mercure, devenu un négociant hollandais, et Jupiter vieilli, habitant, en compagnie de son aigle et de la chèvre Àmalthée, sa nourrice, une des lies de la mer Glaciale, l'Ile des Lapins, espérant toujours, comme un autre exilé fameux, qu'on viendra quelque jour le chercher pour lui rendre
Le trône du monde perdu, et, en attendant, vendant aux pécheurs égarés dans ces parages la peau des lapins qu'il a tués dans l'année (Les Dieux en exil).
Epistémon conseille à Panurge, au lieu d'entreprendre ce voyage à l'Ile fabuleuse d'Ogygie, d'aller consulter un astrologue qui demeure dans le voisinage, à 111e Bouchard, près de Chinon, le célèbre Her Trippa.
l'àstbologue. 19
vin.
On est à peu près d'accord pour voir dans ce personnage Corneille Agrippa, né à Cologne et mort à •Lyon, médecin, astrologue, professeur, qui a composé entre autres un traité curieux sur l'Incertitude et la Vanité des sciences {De ineertitudine et vaniicUe 9tienliarum\ traduit dans la plupart des langues. L'auteur cherche à établir, dans ce livre, qu'il n'y a rien de plus pernicieux que les sciences et les arts pour la vie et le salut des hommes. 11 refusa la place de médecin de la reine Louise de Savoie, mère de François Ier, et accepta les mêmes fonctions auprès de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays- Bas; il avait refusé la première place parce que la reine voulait le faire en même temps son astrologue. Il pratiquait l'astrologie cependant, et il a laissé divers traités sur les sciences occultes, maïs il redoutait probablement un poste officiel qui lui eût imposé une trop grande responsabilité. Savant nomade, nous le voyons successivement professer en France, en Hollande, en Allemagne, l'hébreu, la philosophie, la théologie, la médecine. Né en 1486, il mourut en 1533 ou 1534, longtemps par conséquent avant que Rabelais songeât à le faire figurer dans son livre, si tant est qu'il y ait songé.
Panurge suit le conseil qu'on lui donne et va trouver Her Trippa, en compagnie de ses amis Jean et Epistémon. Panurge débute par faire divers présents à l'astrologue. Celui-ci lui examine tour à tour le visage et les mains, et lui prédit que sa femme le trompera. Il lui demande ensuite le thème de sa nativité, c'est-à-dire la situation des planètes et des n 2*
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étoiles dans le ciel au moment de sa naissance. Ce thème, qui rapproche des signes du zodiaque où figurent des animaux à cornes : le Bélier, le Taureau, le Capricorne, est de mauvais présage pour Panurge, s'il se marie. Dya plus loin diverses planètes, en* tre autres Jupiter, Saturne, Mercure, qui forment un quadrilatère : mauvais signe encore.
Panurge n'est pas satisfait. L'astrologue énumère divers moyens par lesquels il peut lui prouver que sa femme le trompera. Il lui propose de chercher l'avenir par la pyromantie [divination par le feu], p*r l'aéromantie [divination par les vapeurs de l'air], par Thydromantie [par la réflexion de l'image dans l'eau], par catoptromantie [en regardant dans un miroir], par carcmomantie [à l'aide d'an crible suspendu, qui tourne à droite ou à gauche], par alphitomàntie [par la farine d'orge], comme l'indique Théocrite dans sa Pharmaceutoie , par aleuromantie [en mêlant du froment avec de la farine], par astragalomnntie [à Paide d'osselets], par tyromantie [à l'aide du fromage], par gyromantie [en faisant tournoyer des cercles], par sternomantie [par l'examen de la poitrine], par libanomantie [au moyen de la fumée d'encens], par gastromantie [à l'aide d'un Ventriloque], par céphaléonomantie [en faisant rôtir la tête d'un âne sur de» charbons ardents], par ciromantie [en faisant fondre de la cire dans de l'eau], par capnomantie [par la fumée des graines de pavot et de sésame, jetées sur des charbons enflammés], par axinomantie [à l'aide d'une cognée qu'on jette loin de soi], par onymantie [avec de l'huile et de la cire], par téphramantie [à l'aide de la cendre qui s'élève], par botanomantie [à l'aide de feuilles de sauge], par sycomantie [par les
Tts-v-*?-'-
LÀ DIV1HÀTI0N. 21
feuilles de figuier], par khthyomantie [par les poissons], par ehoéromantfe [par la vessie de pourceau], par déromantie [par la fève, comme à la fête des rois], par anthropomantie [par l'inspection des entrailles humaines], par stichomantie sibylline [par les vers des sibylles], par onomatomantie [par les lettres du nom],, par alectryomantie [en mettant des graines sur chacune des lettres de l'alphabet, et en regardant celles qu'un eeq, qu'on fait venir, mangera les premières], par aruspicine et extigpicine [examen des entrailles des victimes], par le vol des oiseaux, le chant des oiseaux, des canards en particulier, ou bien par nécranantie, en évoquant tel ou tel mort que l'on veut interroger.
Panurge , pendant cette énumération , donne de fréquents témoignages d'impatience. Il suggère, à Her Trippa cinq ou six modes de divination qu'il a oubliés, sans épuiser la matière toutefois. Ainsi il oublie la rabdomantie ou Fart de découvrir les sources en faisant tourner une baguette de coudrier connue sous le nom de verge d'Aaron, la béténo~ mantie ou l'art de deviner l'issue d'une entreprise en lançant au hasard certaines flèches préparées, divination pratiquée fréquemment chez les Chaidé*m et mentionnée dans la Bible , et quantité d'autres. La liste complète des présages usités chez les différente peaples, a été tentée plus d'une fois sans pouvoir jamais devenir complète. Panurge finit par envier c au diable » le sorcier et regrette (Savoir perdu son temps dans «la tanière de ce diable eiguponné>.
Ainsi l'astrologie et les ptésages n'ont rien appris à Panurge. De désespoir, il adresse à son compagnon
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frère Jean des Entommeures. C'est alors que les deux amis se mettent à écouter les ckrches ; leurréponse — nous le savons — n'est pas plus satisfaisante que celle des autres oracles.
EL
Au retour, nos trois personnages racontent à Pan* tagruel, qui ne les a pas accompagnés, le succès ou: plutôt l'insuccès de leur mission. «Tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, dit Pantagruel, se compose de trois choses : l'âme, le corps et les biens. Le théologiea s -occupe de notre âme, lé médecin (Je notre corps , le jurisconsulte de noef biens. Consultons un théologien, up médecin et un* jurisconsultes — Il fut décidé, malgré les objections de Panurge, qu'où inviterait à dîner, pour te dimanche suivant, le théologien Hippothadée ~~ dans lequel on a cru voir le confesseur de Louis XII, — le médecin Bondibilis — dans lequel on voit Guillaume, Rondelet, savant médecin du temps, — le légiste Bridoye, qui est devenu le Bdd'oison de Beaumarchais, — en y adjoignant le philosophe Trouilkgan, dont Molière s'est souvenu.
Les personnages convoqués arrivent On se«met à* table. Au second service, Panurge pose la ïametieé question : «Dois»je me marier ? » .. •
— «Si vous éprouvez le désir et le besoin de voua marier, mariez-vous, dit le théologien.. -fCee^parler cela, dit Panurge. Je me marierai donc, je vous con* vie à mes noces. Corps de geline [de poule], nouai ferons chère lie; vous aurez de la livrée des nocesy et nous mangerons de Foie, que ma femme àe rôtira point. — Panurge fait allusion à une phrase bien.
l'avis du théologien. 23
connue de la farce de Pathelin. — Encore vous prierai-je de mener la première danse des jeunes filles, s'il vous plaît me faire tant de bien et d'honneur — à charge de revanche.
t Reste un petit scrupule. Ma femme ne me trompera-t-elle point? — Non, mon ami, s'il plaît à Dieu. — Ah, s'il plait à Dieu ! Vous me renvoyez aux conditionnelles, qui, en dialectique, permettent toutes les contradictions. Si mon mulet transalpin volait, mon mulet transalpin aurait des ailes. Vous me remettez au conseil privé de Dieu, en la chambre de ses menus plaisirs. Où prenez-vous le chemin pour y aller, vous autres Français ? Monsieur notre père, je crois que ce sera mieux pour vous de ne pas venir à mes noces. Le brait et le triballement des gens de noces vous rompraient tout le testament, [c'est-à-dire la tête et l'esprit: testa et mens.]— Vous aimez le repos, le silence, la solitude> Et puis vous dansez mal et seriez honteux [intimidé] en menant le premier bal. Je vous enverrai du rillé [porc grillé] dans votre chambre, et de la livrée nuptiale aussi; Vous boirez à nous, s'il vous plaît.»
La plaisanterie de Rabelais diffère notablement de la nOtre : quand il a trouvé une veine plaisante, il la creuse, il l'épuisé. Nous insistons moins aujourd'hui, et notre esprit aime à passer d'un point à un autre, à tout indiquer rapidement sans rien approfondir ; c'était tout le contraire au XVI* siècle, et même au XVIIe. Voyez Molière. Nos paysans ont conservé cette manière de plaisanter. En écoutant Panurge, et Rabelais en général, il me semble entendre un écho des plaisanteries qui ont bercé mon enfance.
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Hippotbadée s'explique : «Dieu n'a pas de caprices, et vous n'avez pas besoin pour connaître sa volonté de consulter son conseil privé et de voyager en la chambre de ses très saints plaisirs. Votre femme ne vous trompera pas, si vous la prenez instruite en vertus et honnêteté, aimant et croyant Dieu, — si de votre côté, vous l'entretenez en bonne amitié conjugale et lui montrez le bon exemple. Le miroir le plus parfait n'est pas celui qui est le plus orné de dorures et de pierreries, mais celui qui réfléchit le plus fidèlement les images ; de moitié, la femme la plus estimable n'est pas celle qui sera riche, élégante, extraicte de noble race, mais celle qui s'efforcera de se former en bonne grâce et de se conformer aux mœurs de son mari. La lune pe prend lumière ni de Mercure, pi de Mars, ni d'aucune autre planète ou étoile qui soit au ciel, elle n'en reçoit que du soleil. Soyez le soleil de votre femme, et voua ferez bon ménage- >
Ce ne sont pas des conseils que Panurge demande, c'est l'avenir qu'il veut savoir, et le théologien ne le lui dit pas. — «Vous voulez donc, lui dit-il, en filant les poils de sa barbe, que j'épouse la femme forte décrite par Salomon ? Elle est morte assurément Je ne la vis jamais, que je sache, Dieu me pardonne. Grand merci, toutefois , mon père. Mangez ce morceau de massepain, cela voua aidera à faire digestion; puis vous boirez une coupe d'hypocras clairet, c'est salubjce et stomachique. >
C'est le tour du médecin Rondibilis. Son allocution occupe plusieurs chapitres.
l'avis du médecin. 25
H commence par indiquer à Panurge les moyens de se distraire de sa préoccupation matrimoniale. Boire du vin modérément , prendre au besoin quelques drogues armantes, mais suxtout donner de l'activité à son esprit, s'occuper sérieusement de travaux et d affaires, étudier ; sïil se passionne, pour Té* tudey il oubliera bientôt toute autre pensé© , tanfl l'étude peut devenir attrayante et absorbante. PaUaa. etlesMuaea sont vierges, — et ici il lui fait le charmant éloge de l'étude que nous avons inséré dans Ici Biographie (I, p. 43).
Panurge a beaucoup étudié et il doit connaître les agréments et les entraînements de l'étude- Ces conseils lui sont inutiles. Il veut se marier.
— Mariez-vous alors,, lui dit.Bondibilia» et ûmtez-moià vos noces avec ma femme et mes amas.
— Cela va sans dire, répond Panurge, mais il reste un petit point à vidée Vous ave* yu sur l'étendard <kr Borne quatre lettres: S- P. Q> B., St Peu. Que Bien. [C'est ainsi qu'il traduit: Smatua populutque romcmMs; Y. Hugo ne lait paa autrement;: Festma lente, festine lentement : Numera Lem imr pare gaudet, le numéro deux se réjouit d'être impair,, etc. — } Et Panurge pose réteruellequestion: Ne sera-rt-il pas trompé par sa iemme ? Bondibtlia répond que tout homme qui se marie s'expose à l'ttra, Abu* il indique le» moyens d'ôviteu oe malheur, et il les donne sous la fonme d'un apologue.
- J«piter fit un, jeur l'étlt de sa, maison et le caleor drjer de tous ace dieux et déesse» ;> il assigna à char eu» ses saisons et aes fêtes, régla» laa oracles^ les voya1ges, les sacrifices.— M Panurge interrompt le médecin pour raconter l'histoire d'un évoque contemporain;