‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 90 sur 157 · L'ART CHEZ RABELAIS · texte numérisé non relu

L'ART CHEZ RABELAIS

80MUAIRB. i. lu ttms. — 1. h— giants. Typhon. — 2. Poljphème chez Homère, Euripide, Théocrite, Ovide et Poussin. — 3. Les „ géants de Hmon de Bord—nw. — 4. Lei géante de Polci. — 5. Le* géante de Babeleie. — 6. Grandgousier, Gargantua, Pantagruel.— 7. Lea bona roi». — 8. Lea mauvais roi». — 9. Frère Jean. — 10. Le père Jean de Po m front. — 11. U» Ai*** de Fi§m, — 12. Lea paysans madrés: Sancho Pansa. — 18. Cervantes et Eabelaia. — 11. Figaro. — 15. Le neveu de Rameau. — 16. J. Jenin et le iV«e*« d§ Jlemsau. — 17. Rabelais, Diderot et Beaumarchais. — 18. Les compactions de Pantagruel. — 19. Portraits dira*

^ar la cosvoaiTiOM. — 20. La composition au XVI» siècle. — Mb. Les scènes comiques chea Rabelaie. — 22. Le récit. Xs BéoKêfûn si jrsrsur*. L'assemblée des dieux. — 23 et 24. Suite. — 26. La fable d'Esope. — 26. Citation de Lucien. — 27. Rabelais oonteor. — 28. Maulevrier. — 29. Babeleia écrivain.

Nous avons parlé des idées et de la science de Rabelais. Voyons maintenant quelle est la part de Fart dans son œuyre.

Il y a tout un monde dans son roman. Commençons pour préciser ses types. D'autres écrivains d'un mérite moindre en ont créé de plus nombreux, mais il en a créé quelques uns qui sont immortels , et dont on se souviendra tant qu'il existera une littérature française.

Parlons d'abord de ses géants. Il y en a trois dans son livre : le père, le fils et le petit fils.

LB8 GÉÀJWg. POLTPHÉMB. 381

Les géants ne sont pas raies dans les cottes populaires , ni surtout dans les mythologie* ftp nous racontent l'histoire primitive de la terra Voyons vàpidement en quoi les géants de Rabelais Afférent de leurs aines. ,

Nous pouvons négliger, ces personnifications des forces de la nature devenues des personnages légendaires,» ces géants

' A qui cent bnw longs comme gaules Sortaient de deux seules épaules»

ces monstres à cent mains qui entassèrent montagnes sur montaghes pour escalader le ciel, et ceux qui, à ce que nous raconte Scarton ,' jetèrent des pierres dans Te jardin de Jupiter, sans malice et en se jouant, lorsque '

Un dimanche, bonjour, bonne. œuvre,. t Typhon aux cheveux de couleuvre Après avoir trèl-Wen dîné ...

Invita tons messistn «es frères ...

A vtmkir, peur chasser l'ennui, Jouer aux quilles avec lui ;

d'où survint la terrible guerre des dieu et des géaàts. 4 Nous pourrons aussi négliger, «dmwe n'ayant pas un caractère suffisamment aeeeatttéftgre aax bottes de sept Ueues dont se débarrassa si heureusement le Petit Poucet. Glanons parmi les géants que les poètes ont rendus célèbres.

Le plus illustre des géants poétiques estPoljfhème, que nous rencontrons successivement ehez

1 Le Tj/pKon. (Eenes de Monsieur Searron. Amsterdam, 175ft m 12. ltome V.

382 L'ABT CHK EABELAI8. IE8 TYPES.

Honèm, Euripide, Théocriteet Ovide, poar nous en tenir m ptètes d'éclatante renommée.

Boonre et Biripide nous présentent Potyphème à peu prè»*tna la même situation. Ulysse et qes fott^ pagnons ont débarqué dans son lie et vienne** hti (kmandef des vmes pour continuer leur navigation. Boly^hèma, qui était allé garder ses troupeaux, révient ramenant ses vaches, ses chèvre*, ses brebis; H accueille bien, les voyageurs, il plaisante avec eux, mais ses plaisanteries sont sinistres. Le lait , le fromage de ses troupeaux lui fournissent une nourriture abondante, mais il n'est pas fâché d'y joindre de temps à autre quelque friandise. Il aimç «la chair fraîche >> comme l'ogre du Petit Poucet, la chair humaine surtout II commence par manger bon nombre des compagnons d'Ulysse, et il le mangerait lui-même, si le prudent roi d'Ithaque ne parvenait à l'enivrer et à se débarrasser de lui par la ruse. Polyphème est donc une sorte d'être intermédiaire entre l'animal et l'enfant, que sa force a rendu féroce, qui est rusé jusqu'à un certain point, mais peu intelligent et faciknent dupé»

Chez Théoerite et ckes Ovide \ Polyphème est deran amoureux ;■ il s'est épris de Galatée, la blanche Néréide, et il cherche à la charmer par son chant Ce chant est fresque touchant chez Thédtrite- Le géant ne se dissimule pas sa laideur, ni répais sourcil qui ombrage son front et va rejoindre ses deux oreilles ; il avoue qu'il n'a qu'un œil au milieu du front et que son nés élargi descend jusqu'à ses lèvres; mais il a des talents : nul ne l'égale à jouer du haut-bois. 0

* Homère; Odyssée, livre IX* - Euripide. LtOyckfae. - » Théocrite. IdyUeW. - Ovide. Mékmorphme* )ib.XIIL

|ÀS GÉÀKT8. HUON DB BOBDEJtfX. 818

est riche en troupeaux qui lui donnent du lait et deg fromages délicieux. U a pris oaae jeunes faons qu'il a ornés de beaux colliers et qu'A veut offrir à cqlle qu'il aine. Il a mémo attrapé quatre charmants oursons, qu'il élève pour elle. Pourquoi se cache-telle au fond de la mer où il ne peut la rqomdra ? il veut apprendre à plonger pour aller lui porter le lis éclatant ou le pavot dont la feuille résonne» sous les doigts.

Ovide prête au Gyclope lea mêmes sentiments, mais il les exagère. On sent trop le poète derrière le géant Oyide nous apprend, du reste, pourquoi Folyphème n'est pas aimé. C'est que Galatée est éprise du befger Acw ; le poète nous point mémo les deux amants cachés dans une grotte-** comme Ta tait Pousshi dans le grand paysage qui est au minée de St-Pétersbourg, — causant et riant enstimM», pendant que le géant, assis sur un rocher et presque rocher lui-même, soupire sur sa flûte des amours qui n\>nt pas d'écho. Le géant dédaigné finit par se flteher, Il jette des rochers sur Acis, comme i* en avait jeté, autrefois sur Ulysse, avec plus* de succès1 eette fois* Acis est écrasé, mais il ne meurt pas, les dieux le changent en fleuve, et il va dans la mer retoeuvbr la Néréide qu'il aime et qui l'attend.

in.

Ainsi aux approches du christianisme , on plaint presque le géant, qui est repoussé pour sa laideur, mais qui intéresse par ses sentiments. Au moyen âge, le géant redevient cruel et ridicule. Dans Hutm de Bordeaux — nous choisissons ce poèpe parce qu'il n'a pas disparu comme tant d'autres pendant de lon-

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