‹ Rabelais et ses œuvresChapitre 98 sur 157 · LES COMPAGNONS DE PÀNTÀGBTJEL · texte numérisé non relu

LES COMPAGNONS DE PÀNTÀGBTJEL

il faut se garder, comme nous l'avons déjà dit, d'aller trop loin dans cette voie. Figaro parle très légèrement de ses parents, et Beaumarchais était un «xoellent père de famille; Diderot, tout enthousiaste, tout prodigue de son talent qu'il était, fut toujours étranger 4 la vie débraillée de Rameau neveu.

Il y a peu de chdse à dire des personnages secondaires qui gravitent autour des trois rois, Grandgousier, Gargantua et Pantagruel. S'ils ne sont pas tout-à-fait aussi insignifiants que les compagnons dTEnée: le fidèle Achates, le fort Gyas, le fort Cloanthe, Tardent Oronte, Sergeste, et autres, — leur rôle cependant est passablement effacé. Ponocrates est un sage instituteur, Carpalim un adroit gymnaste, Epistémon n'éveillerait aucun souvenir sans sa descente aux enfers, et ainsi des autres. Chacun d'eux a pourtant son caractère, et, dans le dialogue, on ne pourrait guère prêter à l'un ce que l'auteur met dans la bouche de l'autre; mais la différence est peu sensible. Au IVe livre, Rabelais profite d'un moment de navigation calme pour les différencier par leurs occupations. Comme nous avons négligé ce passage, nous le plaçons ici :

Pantagruel tenant on Héliodore grec en main sus un transpontin [strapontin] au bout des escoutilles, sommeïlloit. Epistémon Teguardoit par son astrolabe en quelle élévation nous estait le pôle. Frère Jean s'estoît en la cuisine transporté : et en l'ascendant des broches et horoscopes des fricassées, consideroit quelle heure lora pouvoit estre. Panurge avec k langue parmy un tuyau de pantagruélion [chanvre] faisoit des bulles et gargoulles. Gymnaste appointait [appointissait] des

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curedens de lentiace [lentisque]. Ponocrates resvant resvoit, le chatouilloit pour se faire rire, et avec un doigt la teste se grattoit, Carpalim d'une coquille de noix grosliere faisoit un beau, petit, joyeux» et harmonieux moulinet à aille de quatre belles petites aîsses {planchettes] d'un tranchouer de vergue. Rhizotome de la coque d'une tortue compoaoit une escarcelle veloutée. Xenomanes avec des jects [attaches] d'esmerillon rapetassoit une vieille lanterne. Notre pilot tiroit les vers du nez a des matelots

Nous pourrions aussi mentionner les conseillers de Picrochole et d'Aaarche, les agents de Grandgousier, etc. Tiravant, l'écervelé Hastiveau, toujours prêts à se lancer en avant, Touquedillon, qui écoute les bons conseils et qui s'en trouve mal ; le sage Gallet, messager de Grandgousier , et nombre d'autres qui, bien que n'apparaissant qu'un moment, ne laissent pas d'avoir leur physionomie.

Mais c'est dans le portrait des personnages épisodiques qui apparaissent çà et là, que Rabelais triomphe.

Qui ne se rappelle maître Janotus de Bragmardo, le pédant crasseux, radoteur, rabâcheur imbécile, se grisant de latin qu'il écorche, caricature outrée, mais sous laquelle on sent la nature vivante?

Puis voici un autre vieillard, presque aussi naïf, presque aussi dépourvu de jugement, le juge Bridoye. Mais Janotus est prétentieusement stupide, Bridoye n'a aucune prétention ; il a fait seulement deux remarques, Tune que, lorsque le procès a duré longtemps, les plaideurs sont toujours satisfaite, quelle que soit la sentence qui intervienne, — l'autre que les jugements des procès ont souvent l'air d'être remis

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au hasard, et il s'est fait là-dessus une double théorie : faire durer les procès autant que possible, et s'en remettre ensuite aux dés pour les jugçr. Le brave homme s'en revient pas quand il apprend que ses confrères affirment qu'ils agissent autrement.

Pantagruel a quelque pitié de lui. Il y a, en effet, des juges plus dignes de colère, les représentants de la justice criminelle , par exemple, Grippeminaud et ses Chats fourrés, avides et cruels, que la vue de l'innocence ne désarme, pas , au contraire, mais dont la colère ne tient pas contre un sac d'écus adroitement jeté sur la table.

Rabelais n'est pas tendre à regard des gens de loi.— Qu'on se rappelle ce procès des deux seigneurs, auquel personne n'entend rien et qui se termine par un jugement que l'on n'entend pas davantage —puis cette lie des Chicanons, habitée par les employés inférieurs de la justice.

Rabelais n'est guère plus favorable aux pédants, soit qu'ils cachent leur ignorance sous les apparences du savoir pour tromper les ignorants, comme Thubal Holoferne le précepteur, Janotus le professeur, — soit qu'ils fassent parade d'une science de plus ou moins bon aloi, comme l'écolier limousin qui écorche le langage français, ou comme la Quinte-Essence, reine et prototype des Précieuses.

Il n'a pas plus de tendresse pour les amateurs de la guerre à quelque ordre qu'ils appartiennent, porteurs de couronnes, comme Anarche et Picrochole — commandants d'armée comme Tripet et Touquedillon, — mauvais conseillers des rois comme Menvail, Spadassin et Merdaille-

Les moines , les gens d'église ne sont pas plus

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heureusement traités — depuis ceux de Séuilié qui chantent des antiennes au lieu de défendre leur vigne, ceux qui prêchent des pèlerinages ridicules, ceux qui viennent importuner les malades au moment de la mort afin d'obtenir pour leur courent une part de la succession ; jusqu'aux oisifs de V Ile Sonnante et aux frères Eadotz qui passent leur vie à inventer lesmoyens lès plus compliqués de ne pas faire comme les autres et d'être inutiles à la société.

Rabelais dans ses critiques n'épargne ni les protestants de Papefi&uière et de Ftle des Andouilîes — ni les catholiques de Papimanie et de 111e Sonnante. Entre les personnages de ce genre, il faut distinguer Homénaz, Tévêque de Papimanie, naïf et rusé, à cheval sur les règlements, les cérémonies secondaires, tout confit en dévotion, dont les yeux ne pleurent qu'eau bénite comme certain personnage de Régnier, larmoyant d'attendrissement au seul nom des décrétâtes, surtout lorsqu'il a bu quelques verres de bon vin versés par les charmantes jeunes filles dont il aime à s'entourer — en tout bien tout honneur — et ne dédaignant pas le petit mot pour rire et le calembour, pourvu que l'adoration du pape ne soit pas compromise.

La satire domine chez Rabelais , mais elle ne tombe pas au hasard sur tous les personnages secondaires. Un homme d'église, par exemple, le théologien Hipothadée, parie avec beaucoup de sagesse ; le mfédecin Rondibilis figute de la manière la plus honorable dans la fameuse délibération de Pamxrge au sujet de son mariage.

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