LES CONQUÊTES ET LA COLONISATION
triomphants avec Thrasybule furent indulgents et généreux ; toute réaction fut défendue, et Toubli, ordonné par une loi. Celui qui agit autrement s'expose non-seulement à perdre ce qu'il a acquis, mais à faire croire à tous qu'il a acquis ce qu'il possède sans droit et injustement. Celui qui est fort de son <[roit est indulgent. Quant aux biens injustement obtenus, vous savez ce que dit le proverbe : De bien mal acquis, -le tiers hoir ne jouira.
L'auteur oppose ensuite la conduite d& Pantagruel à celle de Charlemagne. Le grand empereur eut aussi l'idée de transporter des peuples d'un pays dans un autre; mais il s'y prit mal, il transporta des Saxons dans les Pays-Bas et des habitants des Pays-Bas dans la Saxe. Qu'arriva-t-il? Les Saxons ne l'aimèrent pas davantage pour être plus rapproehéa de lui , mais les Flamands le haïrent parce qu'il les avait éloignés de leur pays, de sorte qu'on a pu dire qu'il avait fait d'un diable, deux. Pourquoi en fut-il ainsi ? parce qu'il employa la violence et l'oppression. Pantagruel au contraire s'adressa à la persuasion ; il ne transporta que ceux qui le voulurent bien, ils les établit dans un pays 4MI ils étaient demandés, et, contrairement à ce qu'avait fait Charlemagne, d'un ange il en fit deux.
Ces conseils sur la guerre et les conquêtes peuvent nous sembler des lieux communs. Tout le monde admet aujourd'hui ces principes en théorie, quoiqu'on s'en tienne très loin dans la pratique. Au seizième siècle^ tout cela était non seulement neuf, mais hardi. Au siècle suivant, le Télémaque fut blâmé par Louis XIV pour avoir développé ces mêmes idées.