‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 12 sur 110 · RABELAIS ET SON SIÈCLE · texte numérisé non relu

RABELAIS ET SON SIÈCLE

et ne lea estime pas. Une seule femme <fait dans son livxe wie appcurition d'un moment, et Tauteur a si bien aeuti lui-même sa maladresse à la faire vagir qu'il s'est gardé d'y isevenir. Dans sa pensoe, c'est entre hommes que son romane doit être, la et entre hommes du X,VI' siècle.

Disons encore un mot à sa décharge, car c'est sofi procès que nous instruisons.. lîes licences. de Rabelais ne .tiennent pas au fond même du :itécit; on dirait qu^elles ont été jetées dessus après coup» Le te^te en est saupoudré,; mais non pénétré.

Sa gravelare est à li^ surface et non au" fond. Ce sont plaisanteries '4e^ m^ioe si l'on veut, plaisanteries de médecin surtout, jamais, de libertin; son rireestcynique, ses tableaux sont indécents; mais rien n'y, sent la.YolniHté ni l'immoi^lité.

M. Albert Réville ajoute:

Jamais on ne peut surprendre Babelaîs en flagrant délit de mauvaise intention. On ne trouve chez lui ni la sensualité insinuante et perfide àii Bécaméron ni la gravelure malsaine des

Sainte-Beuve est du même avis :

La débauche deEal^elais se passait si^rtoutdans son. imagination et dans son humeur; c'était une débauche de cabinet, débauche d'im grand sayant, plein de sens, et qui [s'en donnait plume en maiirà gorge déployée '.

En efiet si Rabelais fait rire, , il ne chatouille pas rimaginaj^on. Il y a entre ses licences et. celles, de quelques-uns de ses imi^tateurs, la mémo différence qu'entre les bacchanales de Bttbens,et,les peintures de Boucher. Les personnages, de Rubens. sont, beau-

^ Bévue de» Deux-Mondes; 15 octobre 1872. — ' Causeries du AmuH, lU^J^ootpttre.'l^^.. ....

SES jmTK'SEJfSS IST OOKUBNTATEUBS. 15

coup looifis irétus que ceux d« Boaehcr^ wtàs . Bmcher Q8t Imn aatremeiit indécBBt que Biabois.

Ajoutons que ces licences de Ral^elais n'apporjôssent.pas au hasard ; elLes s'entassent de préférence Mix abords de, quelque audace qu!il Teut &ire passer ; il la dérobe, il Tensevelit sous un débordement de ¥er¥e Uoeip^ieyyiek

Ceci. soit dit, da reste, simplement comme cîrconB* tanoeattéwwte* Il est regrettable, il est déplorable pour uQus, lecteurs du XIX* siècle, que Rabelais ait gâté de cette façon un livre où il y a tant de choses profondes et taat d'isxceUent comique^ Oe livre ne saurait ittre lu tout haut. Sainto-Beuvo, qui pourtant avait un faible pour certaines œuvres clandestiaes, iUt kii^môme qu'aucune (femme ne peut le lire, pas même Ninon.

Les mœurs ont changé. Oes licences qui protégeaient Jlabek^s auprès de ses oontaoïporains sont précisément ce qui lui nuit auprès de la postérité. Mais, comme. nous Savons dit, rien, de plus facile que de le »débaroaas^ de ces ioxoroissancesi et nous espérons bien dOlan^r une idée complète de son livre sans offenser aucune susceptibilité.

, vni.

L'obscurité diuia laquelte Rabelais a. cru devoir enveloppa ses idées et le mqyeiiieivployé par lui pour donner ledtfinge, lui ont suscité deux sortes d'ennejuis, qui lui ont fait beauwsp ^b ma|i dans les meilleures intesiitions dU( monde : les imitateurs ^et les çom- •mentateuTS.

lies imitateurs^ incapables de cowprendre ce qu'il jr afvait d'élevé chez lui, se sont autoi^ de sçn

> 16 RABELAIS ST SOIT SifcCIifi.

.exemple pour se jeter dans toutes sortes de folies» et le scandale a rejailli sur Rabelais. Noos en dirons quelqites mots plus loin.

Quant aux commentateurs, la plupart se sont occupés, non à éclaircir la pensée de Tauteur — elle en avait souvent besoin, — mais à la déguiser ;eliacun Ta tiré de son côté, et ils ont si bien fait pour embrouil* 1er les choses, qu'un des derniers éditeurs, M. Marty- Laveaux, a pu dire sans trop d'exagération, qee «souvent pour éclaircir le texte, on n'a qu'à supprimer les

notes. >

n est des commentateurs qui ne voient que les polissonneries; ils les cherchent partout, ils s'attachent à les faire ressortir et en découvrent souvent auxqucl- • les. l'auteur n'a. évidemment pas songé. Pour ceuxlà Rabelais est exclusivement un gouailleur, et ils feiment les yeux sur les parties sérieuses de Tœuvre.

Puis viennent les commentateurs protestauts. Rabelais, comme nous le verrons, tourne le dos au cIbiIvinisme. S'il attaque les vices du clergé, il ne s'en prend nulle part à la doctrine de l'église catholique. On n'a pas moins trouvé moyen d'en faire un des apôtres de la réforme.

Rabelais a pris soin lui-même de nous prémunir contre les interprétations historiques. On s'est obstiné néanmoins à chercher dans cette voie. On s'est appuyé surtout sur quelques paroles d'un historien Contemporain. Jacques de Thou, ia,ns^s^ Mémoires latins, nous dit que Rabelais «composa un écrit très «ingénieux, dans lequel il mit sur la scène, sous «des noms supposés, tous les ordres de la vie et les «présenta au people en moquerie». Ces paroles indi- ^ueht assez nettement cependant qu'il s'agîV d'une

A-T-IL FAIT Uy UVRS ALLÉGOBIQUE? 17

critique générale etwm d'une satire individuelle; mais on n'a pas voulu les entendre dans ce sena^ pédant pliisieucs siècles, oa a répété que Rabelais avait ren£Niné toute Thiatoire de son temps dans son «roman allégorique» et Ton s'est pris à étudier Oaar^ guMtua et Patiiagruel pour y trouver la chronique du siècle, comme on cherche la chronique scandaleuse de la cour de Louis XIV dans VHistoire amattreuse des Gêulea, de Bns&y-Babutin, ou les intrigues de la cour de Louis XY, dans les Mémoires pour servir à Vhistùire de Perse.

Les pr^nières tentatives de ce genre r^«H>ntent au temps même de Babekûs. Son roman était à peine imprimé qu'il en courait déjà une clé. A en croire ces premiers annotateurs, il faudrait voir dans le père de Gargantua, 6randgou£âer, le roi Louis Xn ; Gargamelle, sa femme, serait Marie d'Angleterre, dont l'alliance tardive fut fatale au vieux roi ; Gargantua serait François V% à qui l'on fait beaucoup d'honneur; le sage et mystique Pastagroel ne serait autre que Henri II, à qui l'on fait plus d'honneur encore; enfin Panurge serait, suivant les uns, le cardinal d'Am* boise, ou, suivant d'autres, le cardinal de Lorraine, et cette fois l'aUribation eet peu flatteuse pour ces princes de l'Eglise; quant au moine batailleur et joreur, Jean des Entommeures^ il faudrait voir en lai, selon qu'on est protestant ou catholique, le car* dinal de Lorraine ou Luther.

D'après une autre clé, d'origme anglaise, celle-ci» les personnages de Rabelais devraient être d2a*chéa dans la petite cour é^ Navarre. Grandgousier serait

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