BABELÀXS ET SON SIÈCLE
nerve et s'affaiblit; puis plus rien, le stlence absolu. Velasqaez et Murillo brillent au prenoder rang parmi les peintres, mais après eux, la nuit et la mort. Camoens a aussi des prédécesseurs en Portugal, il n'a pas de successeurs. Îa réaction qui suitia J^orme tue le génie cbez les pëîî^es "ppriment ^çathûliqsfiiL:^ """^e "Ififâe ^ér^se^pr^^^ chca les protestants purs, chez les promoteurs de la Ré&rme. Pendant deux siècles, de 1550 à 1750, la littérature de. FAllemagne s'arrête et son art se tait. Il ne reste de yie que diez les peuples qui ne sont ni complètement latins ni complètement germaaiques : TAngleterre, les Pays-Bas, la France. La poroduction littéraire et artistique coatinue-i briHer dans ces trois pays, mais, en général, elle est moins viTO, moins joyeuse; elle n'a plus cette galté de Tenfant malicieux et naïf, qui s'épanouit chez Erasme, chez Spenser, chez Rabelais, Quand on rit, on a Tair de regarder si l'agent de police n'est pas là derrière yous, prêt à TOUS pr^dre au collet
Babelais^appartient à la première époque par son éducation, nuds il a écrit au commencement de la seconde. JLl a de la Benaissance la galté exubérante, la joie de se sentir yiYre. Le siècle a rompu lès chaînes de l'ascétisme ; il est libre, il est ivre de sa liberté, il gambade, il babille, il s'élance à travers le monde de la morale, de la politique, de la science; il rit, il raille, il fait des coq-à-l'ine, des calembours, il s'en donne à cœur joie, et bat en brèche de son rire moqueur les austérités du moyen âge, la passion militaire, la pairesse, l'ignorance, le (aux-
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savoir^ la mauvaise éducatioii qui fausse les intelligences, la justice qui n'est pas juste et se vend aux paissants; les épigrammes pleuvent, mais elles ont un but unique, un mfime vent les pousse; elles ont l'air de tomber au hasard, aucune ne s*égare en chemin. Seulement la réaction a commencé. On brûle ceux qui sont suspects dliérésie, et il faut mettre une sourdine i Tinstrument. A mesure qu'il avance, Babelais est plus audacieux pour le fond, mais il a quelque ' peu 'përdù de sa galté. H rit toujours, mais il gambade moins. A mesure que le but s'accuse davantage, sa verve est moins folle et moins exubé^ tante. Mais si la folie y perd quelque peu, la philosophie 7 gagne: il y a plus que compensation.
On a rraiarqué depuis longtemps que les diverses régions de la France ont leur spécialité pour jes caractères humains comme pour les produits du sol. La vallée du Rhfine, par exemple, produit des orateurs : ïléchier, Massilion, Maury, lÔrabeau, Guizot, Thiers, etc. La Bretagne a des philosophes, des hommes préoccupés des questions religieuses, Abélard, Descartes, Chateaubriand, Lamennais, Renan, pour ne nommer que les plus éminents ; les provinces de l'Est produisent surtout des militaires ; mais la Normandie, Paris, la Touraine ont la spécialité des railleurs : If olière Bégnard, Voltaire, Béranger sont de Paris ou des environs. Babelais était du pays de Scarron, de Paul-Louis Courier et d'Honoré de Balzac, gais railleurs comme lui ; il se rattachait à cette classe d'esprits qu'on a coutume d'appeler de race gauloise.
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Qu'on nous permette d'ouvrir ici une parenthèse à propos de ce mot «gaulois* que nous venons d'employer; si les digressions sont permises, c'est dans un livre consacré à Babelais. On rattache généralement ce mot à la race des Gaulois qui forme encore le noyau de la population de la France, bien que nombre d'autres peuples soient venus se superposer à elle, — et l'on est porté à voir dans cette disposition d'esprit un signe de race. Il y a ici une confusion évidente. Nous ne savons que très vaguement ce qu'étaient les Gaulois d'autrefois, mais nous savons très bien ce que sont les Gaulois d'aujourd'hui. Il est un coin de la terre française où la race des Gaulois s'est conservée à peu près pure, et où l'on parle encore leur langue, morte depuis dix-huit cents ans dans le reste de la France, c'est la Bretagne bretonnanle. Or les Bretons n'ont rien de cette tendance grivoise si marquée chez leurs voisins les Normands; ils sont généralement graves et mystiques; leurs poésies, leurs légendes, leurs préoccupations ont d'ordinaire quelque chose de triste et de mystérieux; les écrivains qui viennent de là sont presque tous antipathiques aux plaisanteries que Ton qualifie de gauloises, ils ne les comprennent pas. Le mot «gaulois» dans le sens de grivois^ de malicieux, ne saurait venir de là. Gaulois dans ce sens se disait encore gallois au XVP siècle; Panurge donnait <à repaistre à bons compagnons et bonnes et jeunes galloises», dit Babelais lui-même, — et ce mot a évidemment pour racine la syllabe gai que nous retrouvons dans gala^ régal^ galette^ gaiafUj galan-^