JOIE APRÈS LA BEKAISSANCE
reporter les yeux au-delà ; m s'était repris d'un bel amour pour les romans cheTateresques, que Ton traduisait en prose. Mah la société que peignaient ces poèmes n'en était pas moins morte, aussi complètement que la Grèce reproduite dans les poèmes homériques était morte au temps de Périclès. La France s'amusait du tableau dç son passé, comme s'il se fût agi d'une twre et d'me ciTilisation lointaines. .
Le mo]r^iftge religieux avait aussi dit son der* nier mot. La philosophie scolastique régnait encore, mais elle agonisait, vigoureusement attaquée au sein niême de l'Université. Une science nouvelle allait apparaître, fondée non ]^ sur des raisonne^ ments subtils, mais sur des faits eft^sor l'expérience. Les cloîtres avaient cessé aussi d'être un lieu d'ap sile pour lés ftmea. coatemplatiTes et. aides de la science. Quand la guerre renaissait sans cesse ratre petits seigneurs^ qutod il n'y avait de sécnrité nulle part, ceux ^ ne se ee^taient pas de goût pour hi bataille ou l'activité ^ysique, les hommes affamés d'études intellectuelles avaient été heureux de trou^^ Ter un refuge dans les monastèrÎBB; Le dégoût des agitations stériles de la vie s'était ftnrmulé dans un hYie, testament de l'ftge expirast, c?était V Imitation de Jésus-Christ. «Le monde u^aneni nous domer, disùt le petit Uvre^ ignotens le monda^ plongeoBS* sous dans la conleuiplation, entretonoMS-nous avec le Sauvent; il bous rendra la force et l'espéranca que nous avons vainement cherchées ailleurs.^
C'était, dû désespoir, l'appel à une mort Tcriontaire et anticipée ; mais œ en n'était f^s entendu qtie da quilq^es'Wis, la^ masse de lai nation avait Btàt àm
28 BABEIiAIS ET SON SliitCLB.
vÎTre; ima réaetMAi, sourcfe enoove, mak Tiolente, mais irrésîBtihli^i se prodoîiait eontare Paaeétisme et la ¥ie, désormak improductive^ du cMtre«
Comment m elàrik été ajutrement? Deux, irm rnoof des DouyeaiuL venaieiil dd svrgir aux regards, et ^^ekdeftt toua les esprits i Paotiiité^
Le nijÉBde physique d'abord; k tour de T Afrique iait paor Yaeea de Guoêbl, avait montré bi iMt» des ludes, l'Amérique découverte par Christophe Cotombs te voyage de MagelUm auteur da moadie avakat dou- Ué| triplé l'étendue physique du domaîmo où llMmiae pmt eusrcchr sa puissance^
A c&té-^dULBiPBde ph jaqiuflL seraildi^ avait apparu mi monde tout intettectoal : la mondif antique f te monde gré^é^mfitîn, qoe le christiaatsme avait vMé an- mépris et £ût oublier. Le» Kvrea grecs et latias que J'en tirait de teotèis parte de la pomMBièra où ils étaimt demeucés enfèuisy faisaient revivra deux gran-* des citiUsBlteDai. embeHiei par l'art, par la poéaiei par l'éleignemeiit C'était nue véritable uévéMioii ; il aambtaitren lisant isea livreaantiqaea, ^ qu'on ttm vait phis besoin d'aUer dMroÉiar, qoi, gt ftœ à l'iav^nn tksi da Vimprimwie, venatent voua trouver et eauser ianMièiisaDant »ree. vous, ^ il semUait aux jeiiz ra^ lis qu'an épais rideau/ de bronllàrd se diasi^pait tomd i coap. et lajasait surgir d^faat les» ywx d^ l'intelliV' geaca- Mn^ vê^ monde narvettleux: à peine entrevu» josque-là.) asi mesd» qui n^élait plus «ne fratalsia eonune la fterie^ imls «ne vivante* et encbautereiss» réalités
Ce n!éÉait pa» seuietnent une cmHiattoii fin appÉraîssoil, estait aa actt noupeuau L'ardntastuM dli aisjen&g» avait sa beauté; tea catiiédMes gistint*
JOIS APBÈ8 LÀ BENlIBSAirCE. 29
^66 arec leurs tours âancées, leurs dentelles de pierre, leurs statues amaigries où tout était sacrifié à Texpression ascétique, tout cela avait sa majesté myst&îeuse; les chftteaux, avec leur luxe de tours et de tourelles, s'barmouiaient bien avec l^preté des rochers sur lesquels <m les avait construits, et des»* naient 'fieraient leur profil dans le ciel ; mais c'était Part dHine société éteinte , m(Mrte après la guerre de cent ans ; Tart ogival, c'était VlmitcMon traduite en pierres, le renonceaent à la vie terrestre .et l'élan vers le ciel; Fart antique montrait un idéal opposé; Fart gothique sacrifiait le corps visible à Tâme invisible; dans Tart ^rec, c'est le corps qui est la préoc* cupation prin^ale, mais le corps idéalisé ; aux formes longues et aiguës de Tart gothique, il opposait les formes arrondies et vigoureuses, et remplaçait la pyramide par la sphère. Les artistes italiens furent les premiers initiés; ils s'inspirèrent de Tart antique sans le copier, et, du premier bond, ils arrivèrent à marier à Texpression que cherchait le moyen âge, la beauté des formes que la Grèce avait presque uniquement adorée.
Les guerres dltalie, si folles» si malheureuses, si stériles, au point de vue politique, eurent pour la France une compensation; elles lui révélèrent i la fois Tart antique et Part italien. IVançois P' rapporta de Tltalie des tableaux et emmena des artistes en même temps qu'il emmenait des hellénistes. Aux uns, on donna le Collège de France pour y enseigner le grec et Fhébreu; aux au^es les châteaux de Chambord et de Fontainebleatt à construire et à décorer.
Les esprits émerveillés voyaient donc le monde
30 KàgfffiAfft ET SOH SACLE.
g^élargir à la fois dans tous les sens, dans TesiMuft par les découyertes de la géographie, — dans le temps par la découverte de Tantiqoité — dans le domaine de la science par les découvertes astronomi<lues de Galilée et de Copernic^ par les découvertes physiologiques que permettait la dissecticm humaine désormais autorisée; — dans le domaine de Testhétique par un art nouveau réalisé sous la mBÔR des artistes de lltalie; — dans le domaine de la pensée, par la philosophie nouvelle qui peignait à l'horizon.
n y eut à ce premier moment dans les intelligences une joie exubérante, une sorte d'éblouissement et d'ivresse, qui resplendit dans les œuvres de la première heure et leur donne cette puissance, cette plénitude de vie qui nous étonne et nous ravit.
xm.
Si cette joie fut passagère, si cette ivresse ne dura qu'un moment, la faute en est aux querelles religieuses, la faute en est surtout à Téglise et à la pa- [ pauté. Si à ce moment, Téglise avait eu la force de I faire sa réforme elle^-même; si, tout en conservant ses dogmes, elle eût élagué de la discipline ce qui était devenu caduc, ce qui avait d^énéré de Tinsti- 1 tution primitive, — que de larmes, que de sang, que de ' luttes stériles eussent été épargnés au monde i Mais les chefs de Téglise fermèrent les yeux pour ne pas voir; éblouis par les splendeurs de la Renaissance, à demi-païens ou incrédules eux-mêmes, ils prirent les demandes de réforme pour Teffet d'une efiervescence qui se calmerait bientôt , ils ne voulurent pas comprendre la justesse de réclamations, modérées dans le
TBISTES3E APBÈ8 LA B^JOKHE. 31
principe ; la résistance obstinée augmenta les exigences; TËurope occidentale se partagea alors en deux sectes rivales ; TEurope germanique se posa en face de l'Europe celto*latine ; on se battit d'abord, pois il y eut rupture violente. Le sentiment d'épanouissement et de joie qui caractérisait la Renaissance fit place à quelque chose de sombre, d'inquiet, de farouche, à une intolérance fanatique, égale dea^ deux parts. A Paris on dressait un bûcher pour Dolet, on en dressait un pour Servet à Genève — et cette latte qui ensanglanta la fin du XVI'' siècle, dure encore dans les esprits, si elle se traduit moins violemment dans les actes.
Sous cette influence, l'art, la littérature vont se taire au nord et au sud.
En Italie, l'architecture qui a élevé 8t-Pierre de Bome, les églises et les palais de la Renaissance, va. tomber en décadence; la peinture, si noble avec Raplûiël, si gracieuse avec Corrége, si puissante par son coloris avec Titien, va s'affadir et se perdre dans Timitation. Les grands peintres de Rome, de Florence, de Venise, seront remplacés par les doctes artistes de récole de Bologne, et ceux-ci n'auront pas de successeurs. De l'Arioste, la grâce incamée et ravissante, nous passons au Tasse, l'imitation noble encore, mais craintive, pour descendre à la préciosité de Marini.
En Espagne» même décadence, un peu plus lente», mais aussi plus complète. L'Espagne est un moment à la tôte des nations, non seulement par ses possessions immenses, mais par ses peintres et par se& poètes. Cervantes a des prédécesseurs, mais aprè& Lope de Yéga et Caldéron, une littérature qui s'é-