‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 35 sur 110 · ŒUVRES DIVERSES DE RABELAIS · texte numérisé non relu

ŒUVRES DIVERSES DE RABELAIS

que j'ai retrouvées plus tard dans le Gargantua où le Pantagruel, que ces braves gens n'avaient certainement pas lus. Bien d'impossible donc à ce que, dans la légende, le nom du héros de Rabelais fût venu s'appliquer à des monuments attribués à un géant sans nom.

Mais on a retrouvé un texte. Charles Bourdigné, dit M. Gaidoz, en publiant en 1526 (c'est-à-dire huit ans avant la première «Chronique gargantuîne»' connue) sa Légende de Maistre Pierre JFai/eti, s'écriait dans une «Ballade aux lysans» :

De Pathelin n'oyez plus les canticques, De Jehan de Meun la grant jolyveté, Ne de Villon les subtilles traficques, Car pour tont vray ils n'ont que nacqnetté '. Robert le Dyable a la teste abolie, Bacchns s'endort et ronfle sur la lye.

Laissez ester * Caillette le folastre, Les quatre fils Aymon vestuz de bleu, Gargantua qui a chepveulx de piastre :

Oyez les fûts Maistre Pierre Faifeu.

Ce nom de Gargantua associé au roman de la Bose, à ceux de Bobert le Diable et des Quatre fils Aymon, nous prouve évidemment qu'il existait une chronique dont Gargantua était le héros avant la première édition connue des Grandes Chroniques.

Faut-il admettre que ce Gargantua est celui qui nous est parvenu sous le nom de Grandes Chroniques? Cela ne nous semble guère probable. Dans les vers qui précèdent il n'y â pas d'épithète oiseuse. La comédie où Fàthelin figure peut, à toute fbrce, s'appeler un cantique, parce qu'on y parle en

, > En bas-normand, «niqueter», prendre de petites choses» prendre peu, parce qu'on est difficile sur le choix.- 'Beposer.

GÀSaANTUA, PEflSONKAGS XTTHIQTJB. 149

vers; le mot jolyveté, grâce mignarde, conyient très bien à la première partie du roman de la Rose; les subtilités et repues franches de YiUon sont fort connues et nous j revenons plus loin ; Caillette était, un fou, bouffon de Louis XII et de François I", auquel l'épithète de «folâtre* peut justement s'appliquer. Les quatre fils Aymon étaient ^Qi^vent vêtus de bleu dans les manuscrits ornés de vignette^. L'attribHt de «cheveux de plâtre» donné à. Gargantua doit donc se rapporter à quelque aventure . racontée dans le livre, peut-être à la métamorphose du géant en une de ces roches qui portQjit son nom. . ,

Mais fliUCttne aventure de ce genre ne figure dans les Grandes Chroniques et Ton ne saurait où la pjac^r. Le livre mentionné par Bourdigné est donc perdu. QfL peut supposer que les Grandes Chroni- ^q^s,, que nous voyons apparaître quelque temps iy)rès, l'auront fait oublier.

, iMais ces Grandes Chroniques que nous possédons, i^^ G^findes Chroniques différentes de la légende signalée par , Bourdigné, conticjnnent nombre d'avenjt^res qu^ no^s allons retrouver àam le Gargan- ^i^a.cle Rabelais. Si ce pçtit livi:e n'est pas de Rabelais, il faut admettre que Rabelais a auda- .eieuaement, abusjé dc^ la ,pernussiop que se donnait plMS tard Molièrç :46, prendre son biep dans le ll^éda^ jQuè 4e Cyrano de, Bergerac, pour le transporter .dans les F<^urberies de Scapin, Nous aurons bien, en effet, à signaler quelques emprunts faits y^f, ]E^be)«^ à ses devanciers sans qu'il ..en avertis^ jamais^ mais ici ce ne serait pas une simple iiflitfition^ embellie, ce serait.ua plagiat.

150 œuVb'es diverses I^E HÂBEL^âIS.

KKIV.

On est donc amené à toîr* dans det opttsèiilerœtl- Tre de Rabelais lui-même, la pVëmière ébauche dfe son roman. Une traditioîi, une légende courait sirtr un géant , il s'en sera èmpaté à totit lîasarft et sans dessein bien arrêté. Son éditeur est mécontent, il est contrarié d'avoir à supprimer son édition du Testament de Cusptâius, îlabelais lui bâcle en totite hâte tin livre extravagant, niais amusant, dans lequel il entasse 'sans beaucoup dé chôii toutes lés folies qui lui Vieniient à resp^Ht. 'Il sfe garde d'y mettre son nom ; le livre partttt sàùs date, sans nom d'imprinleur'ét on le'Ianèe dans le public sans y àttaéher d'im^iortancé; le'lWfetit un immense suécès. 'Babelais Biàts àè dit qué^'t^ ■qu'il a fait rmt inieux'que ce 4u'ft ^a 'Wu fali'e^ il écrit Uttfe filuite; mais il ' soigne dâfvaMâge '^dn œuvre; à côté des extravagances 'que lès' lefteùr» ont approuvées, il plaèe Bêla idées ^érîétises, des. ^ssertations, des scènes dé coméidles, tine ïHtiqtfè Spirituelle et hardie à te fois des Mée>, déis boinrmes et 'dès (fhôses, et il résulte de 'dèt àimalgamè le premier livire de 'Pantagruel le'Sértitîîi llVre' de l'ouvrage.

n s'aperçôit'alot^ que 'te ''^rêttiër livre n'est '^*è yigfie du 'second, 'que le portail est beaucoup trt^ mesquin pôtir Tédificé, et il ^écrit • 'Ôarg^emif^, ')!b premier livre du ^oinan, et ^)i)fèùt^tt% îè mëfllètfr de rœùvfe, 'èîAon le '^Itts phîloséphfque.

Dans cette < supposition, les impossibilités ' yle fWr Tail disparaissent. Bâbëlais n'aurait 'pas^èfuéii P5Mi le temps d^^ii'e le Oàrgtinim int nSuS ^avMM»

ItMB CHAONiqUlS oiBeANTunnis. iSl

mâiB il avra eu tout le temps de rédiger les Oravr des Chroniques^ qui ont dû être écrites de verye et où Ton sent à chaque page Pimproyisation et une exéeation lifttée.

On insiste sw le pèo de mérite littéraire des Oraf^ des Chreniques. li est impossible, dit*on, que ces extravagances aient obtenu tout te succès que Ra* bêlais leur attribue. Ici Qjs, une réponse péreinptoîre. €êtte Chronique se réimprime depuis trois sièclfs, et un public nombreux ne se lasse pas de Tacheter et de s'en repaître. Ce De sont pas les lettrés, d'accord; mais eroit*on qu'au XYP siècle la masse des lecteurs -** je ne parle, pas des sayants, ni mÊjae de3 gens de oour — fût bien supérieure, intellectuellemeBt, à nos classes popidaî-^ res et agricoles ii;^i se détocteat , aujourd'hui aux exploits exitravagaots et aux plaisanteries hasar^ dées du premier Qcurgimtw^'i }

Nous n'en sommes plus même là*dessu8 aux cw^ jectures. Une nouvélU iditùm des Ctratudes Chroniques publiée en 1 533, petit iot S"* gothique, format allongé, qui offre quelques vnodiâcatibns dans le texte, se termiae par les phrases sui^utes :

Gargantua vesquit cinq cens et ung «a et eut Ae grosses goehaei, de««oell4s je n» ta^ pçur le présent £t «nt «ngfilz 4ti Baâ,ebec son esiM>uae, leMiinel a faict autant de Yaillancfis que Gargantua. Et le porrez veoir par la vraye Chronique.

\ JSo^et* 4w aMHbae $ntm tes Gf aate Chi^mques ^ ita-

belais, fait remarquer que, si le style de rouTrage est généra^ knent aaAyais» ie iàaA% où Tantenr récuse le témoigaage 4es tâstotiens po^ s'en tenir à celui des roioaiuidechevaleite est spiritael jti 4igni de Babelais,

}52 ŒUTBES DI7EB8E» X>E EABBLàld.

ll^iielle eçt ime pfti^tîe. imprimé^- Et t^b^ i9f^r'\QV^ Mesr sieurs de Saint-Victor Toudront, on prendra lacoppie de la reste des fâictz de Gargantua et de son filz Pantagruel.

n est évident que Rabelais seul ^a pu «écrire ces lignes, dans lesquelles il renvoie à son Pantagruel^ sous presse à ce moment ou peut-être récemment gubjié — sans oijiblier. de doimer îOn .pp»ssant .un petit coup de griffe à k bibliothèque dp.^t-yictpi;, à laquelle il gardait j-aneui^eM . Au reste les cpntemporains de . Rabelais lui attribuaient les Grandes Chroniques- Ronsaiyl ^it.dans rjËpitaphe d'un bibero];i, dx)&t uous^ avons ^ parlé:

Il ehantait la grande massue

£t }a jument de Gargantue- , > . . .

Cette inassue de Gargantua tient une grande place dans Ib. Chronique i il n!*en est pas questioti dans le Gargantua défitfîtif; quant à la «jument»; elle figure dans les deux ouvrages,* Biaîs sou rôle est beaucoup plus important dans le premier que dans le second. Dans celui-ci ûH pourrait parfaitement s*en passer.

Voici donc, selon nous, l'otdre des publications;

Après l'insuccès du Testament de Cuspidîus:

1; Les Grandes Chroniques, •

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