LE DISCIPLE DE PANTAQEUSL
sages de cette inepte production se sont glissés dans le V* livre de Rabelais, c'est que ceux qui ont achevé Touvrage après la mort de Fauteur ont pris tout ce qui leur tombait sous la main pour donner à ce livre une étendue en rapport avec les premiers.
Ajoutons que Rabelais aurait composé cette monotone et lugubre plaisanterie au moment où il avait déjà donné au public Gargantua et le premier livre de Pantagruel^ deux chefs-d'œuvre. Jamais Rabelais, même pour faire un écrit populaire, n'aurait pu se déguiser à ce point.
M. Lacroix invoque, comme preuve du succès de cet opuscule, les divers titres sous lesquels il a été publié au XYP siècle. Voici quelques-uns des noms sous lesquels on Ta successivement déguisé : La Navigation du compagnon de la Bouteille; Voyage et navigation de JSringuenarïlles, coimn-germain de Fesse'pirUe; Voyage des ^ îles et terres heureuses^ fortunées et ineoghues ; le Voyage et navigation que fit Tanurg^^ disciple de Pantagruel^ aux îles inco* gnues et estranges, de plusieurs choses merveilleuses difficiles à croire^ quHl dict . avoir veues^ etc. — Il est évident que, si le livre s'était bien vendu, on ne lui aurait pas cherché tant de nom^.
Dans la notice, H. Paul Lacroix persiste à identi- .fier Rabelais et Panurge, et il rappelle un protestant libertin. Panurge est libertin sans doute, mais il est très bon catholique : voir platSt la scène de la tempête — et de plus c'est . insulter grossièrement Rabelais que de le comparer i ce bouffon -—spirituel, il est vrai,— mais sans cœur et sans vergogne, L'anap^ lyse du livre prouvera Assez que cette assitnilation n'a aucune raison d'être.
166 ŒUVBES DIVERSES DB BABELÀI8.
De TAulnaye, Pun des plus ingénieux éditeurs de Habelais, appelle le Disciple «la plus misérable, la plus bête, la plus plate preduction» que puisse enfan*ter Tesprit humain. Jacques -Gharfes Brunet est aussi d*avis que Rabelais n*a pu se rendre, en 1&37 a» 1538, coupable de cette «plate facétie.»
Voici le chapitre le plus piquant et te plus spirituel du volume :
Comme (le géant Bringnesarilles) estaH titig jour au bort de la mer, près â'an moulio à> veat, âaqveHly avidt nn gros maa* tin de chien« lequel ne cessait d'abbayer après le dict 6riz\go6« narilles ; parquoy il ne pouvoit, reposer nuict ni jour, dont il fut si fort despité que, par fureur et ire, il ouvrit la bouche si grande qu'H dégloutit et avalla le dict moulin tout entier, sans rompre ny casser anlcune chose, avecq le muànier et son chien tout en vie, tant avoit \9, bouche grande et fei^dne, parquoy TOUS pouvez tous croire qu'il eust bien avallé ung noyau de cerise tout entier.
Et pource qu'il avoit les narines prôportioimeez à la bouche, et que le vent donnoit dedans, le(£et moulin monloit et toumoit &k son estomach,. comme s^il enst esté en plems champs. Toutefois il print bien audict meusnier de ce qu'il avoit encore force sacz pleins de blé, parquoi il laissa tousjours muldre et tourner le dict moulin. Ce nonobstant, quand il n^eut plus que mouldre, le feu se print es meuleë, et brusla le* dict moulifi dedans le ventre dudict Briagnenarille^ ; parquoy il tumba en fiebvre continue, tant à cause du feu q^e du cla*^ quet d'icelluy moulin. Il mourut, le jiour foesme, qu'il trespa^sa; toutefois ledict musnier et , son chien se saulverent par le^ narrines, qui demeurèrent ouvertes, et* pource que l'asne du musnier rompit somlicdUil s?eb conrutà tons les cGàblesainéft son maistr« à travers champs, et Viom après.
Cette plaisanterie «et yoUs aprôa», qti a pôur but d'associer le lecteur aux mésaventures d'un per* sonnage) reparafît à chaque instant dans le Disci*^ jfie de Pantagruel. On ne la treurre jamais dans lea^ 4)uvrages authentiques de Rabekds.