GARGANTUA. — II. LA OUEREE
fouaciers, lui dit: Ta fais le fier aajotird'lmi, on t'aura donné trop de mil hier soir. [On prét^d que le mil rend les coqs plus aggressifs]. Viens ici, je t'en donnerai, de ma fouace. Forgier tire un unzain de sa poche et le tend à Marquet, mais celui-ci, au lieu de lui donner des fouaces, lui lance un grand coup de fouet dans les jambes, puis cherche à se sauver. Forgier cria: au meurtre! et jeta à son adversaire un gros bâton qu'il avait sous le bras, le coup porta sur la tête <en telle sorte que Marquet tombit de dessus sa jument, mieux semblant hoinme mort que vif . > *
Cependant les métayers qui étaient tout près de là, challant^ [c'est-à-dire gaulant, abattant] des noix, accoururent avec leurs grandes gaules et frappèrent sur ces fouaciers comme sur du seigle vert [il est plus difficile à battre vert que lorsqu'il est mûr]. Les autres bergers et bergères vinrent aux cris; ils les poursuivirent à coups de pierres, tes atteignirent et leur prirent quatre ou cinq douzaines de fouaces, qu'il payèrent, du reste, au prix accoutumé. Les fouaciers, après avoir reçu l'argent^ aidèrent à leur camarade à remonter sur son cheval, et, au lieu de se rendre à la ville, reprirent le chemin de Lemé, menaçant fort et ferme les bouviers, bergers et métayers qui les avaient attaqués.
Quant à ceux-ci, ils se légalèrent des fouaces qu'ils avaient conquises, puis se mirent à danser au son de I)a cornemuse en se moquant des fouaciers qui ne s'étaient pae signés de la bonne main
^ ChaUer, ce n'est pas écaler des noix» oomne la disent les commentateurs, c'est les abattre à coups de gaule: on ne lès èeale qtie poàr les manger.
PiCBOCHOLE s'en va-t-en gueere. 229
au matin et avaieat eu mauvaise chance par leur faute.
Les fouaciers, retournés à Lerné, se rendirent près de leur roi Picrochole III et portèrent plainte contre les bergers, montrant leurs paniers rompus, Jeurs bonnets froissés, leurs robes déchirées, leurs fouaces enlevées et par dessus tout, Marquet blessé grtèvement, et tout cela, du fait des bergers et métayers de Grandgousier.
Picrochole avait la tête chaude ; sans prendre plus amples informations, il fait crier le ban et Tarrièreban dans tous ses états. Chacun, sous peine de la hart, doit se trouver en armes sur la place du château, heure de midi ; il fait en même temps sonner le tambourin à Tentemr de la ville, et lui-même, pendant qu'on apprête son dîner, va faire affûter son artillerie, déployer son oriflamme et charger force munitions d'armes et de provisions de bouche.
Pour ne pas perdre une minute, il distribue les commissions en dînant. G'e^t Trespelu, le Lebœuf du temps, qui commandera Tavant-garde; il aura sous ses ordres 16,014 arquebusiers et 35,011 aventuriers, habitués à piller amis et ennemis. L'artillerie fut confiée au grand'écuyer Touquedillon ; elle se composait de 914 grosses pièces de^bronze, canons, doubles canons, basilics, serpentines, couleuvrines, bombardes, faucons, passe -volants, spirales et autres pièces. L'arrière-garde fut baillée au duc Raquedenare. On envoya en avant le capitaine Engoulevent avec trois cents chevaux légers pour explorer le pays. lis trouvèrent tous les lieux voisins en paix