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DÉaOUTE DE PIC&OCHOLE. 277
Grandgousîer, il trahissait son mattre et avait passé à rennemi. TouquedilloB, indigné, tire son épée, se précipite s«t le flatteur et le tae. Pîerochole, fitrieux, lai demande qui Ta payé pour le priver d'un fidèle général; et il ordonne qu'on tni fasse son proeès. L'ordre est aecorapU sur Thenre. Tonquedillon est condamné à movt et exécirté, et le roi ordonne de jeter son corps par-dessus les murailles, ta&dis qu'il fait faire d'honorables funérailles à Hastiveau.
Cette conduite soulève des murmures dans Tarmée. Picrochole n en tient compte. Cependant Gargantua arrivait avec ses troupes ; la ville à assiéger était sur une hauteur et bien protégée par des fortifications. Gargantua hésitait à Fassaillir immédiatement et songeait à l'attaquer en règle ; mais Gymnaste lui dit :
Seigaear, telle est la nature et complexion des Français qu'ils ne valent qu'à la première pointe. Lors ils sont pires que diables ; laais s'ils séjonment, ils sont moins que femmes. Je suis d'avis qu'aosâtôt qne vos gens anront quelque peu respiré et mangé, vous fassiez donner l'assaut sans plus attendre.
L'assaut fut donnéj le moine sç^jîiçtingjyia. et entra la prûmier ..jdaaa la ville. Picrochole se battit avec courage, mais aussi avec son outrecuidance et sa maladresse ordinaires; dans sa fuite, il tua de colère son cheval, qui avait fait un faux pas; puis, se trouvant sans monture, il voulut prendre un des ânes du moulin voisin ; les meuniers a^ opposèrent, et, comme il s'obstinait, ils le rouèrent de coups, lui prirent ses vêtements, qu'ils remplacèrent par une méchante souquenille, et le laissèrent aller. Il consulta une sorcière qu'il trauva sur son che-
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min — les gens de ce caractère sont toujours superstitieux et croient avoir une étoile;— elle lui répondit que son royaume lui serait rendu le jour de Tarrivée des coquesigrues. Picrochole s'est retiré à Lyon et vit de quelque misérable métier, mais il compte toujours sur son étoile — comme Napoléon T' à Saint- Hélène — et il s'informe soigneusement auprès^ des étrangers si les coquesigrues ne viendront pa::^ bientôt.
Quant à Gargantua victorieux, il fit défendre sévèrement que Ton offensât qui que ce fût dans la ville ; il fit donner un dîner à ses frais aux hommes de Picrochole qui s'étaient rendus ; puis il les convoqua sur la grande place du château, où ils re* curent six mois de solde. Quand ils furent réunis, il se rendit au milieu d'eux et leur adressa un discours assez long. Nous en extrayons les passages les plus caractéristiques, en les .traduisant un peu.
Nos ancêtres, dit-il , quand ils étaient victorieux , tenaient beaucoup moins à élever des monuments de leurs victoires qu'à laisser ces monuments dans les cœurs. Vous savez ce qu'ils ont fait pour les Bretons après la bataille de St- Aubin du Cormier, ce qu^ils ont fait pour les Poitevins après la prise de Parthenay ; vous avez entendu parler du bon traitement qui a été fait aux Barbares qui avaient saccagé les Sables d'Olonne. Voas savez ce qui est arrivé dernièrement au roi Canarre lorsqu'il envahit le pays d'Aunis et fit la piraterie sur les côtes Armo* riques.
Pris dans la bataille, d'autres rois et empereurs, qui cependant se disent chrétiens et catholiques, l'auraient misérablement traité, durement emprisonné ou rançonné; mon père le traita courtoisement, aimablement, le logea
CONCION BB âASGANTUA AUX VAINCUS. 27^
dans son palais et enfin loi donna un sauf-conduit et le lit recondnire dans ses états, chargé de présents, chargé de grâces, chargé de marques d*amitié.
n y a dans tout ceci une allusion constante aux actes de Charles Quint, envahisseur de la France, et de François I" son prisonnier qui, bien que durement rançonné par lui, n^ Tautorisa pas moins plus tard à traverser ses états.
Qu'en est -il advenu? continue Gargantua. Retourné dans ses terres, il lit assembler tous les princes et états de son royaume; il leur exposa ce que nous avions fait pour lui et les pria de prendre une résolution qui pût servir d'exemple de gracieuseté honnête, comme il avait en en nous exemple d'honnêteté gracieuse. Us décrétèrent à l'unanimité qu'ils nous offriraient leurs terres, domaines et royaumes pour en disposer à notre gré. A la suite de ce vote, on nous apporta d'abord de grandes richesses de toutes sortes, non-seulement de la part de l'état, mais de celle des habitants : chacun nous envoyait ce qu'il y avait de plus précieux dans le pays en b^oux et en curiosités. 11 n'était fils de bonne mère qui ne voulût nous offrir ce qii'il avait de particulier.
Le roi vint en personne offrir ces présents ; ils se mettait lui-même et ses états à notre merci. La donation était en règle et avait été ratifiée par tous ceux qui avaient droit d'y intervenir. Ces- présents étaient trop grands pour être acceptés; mon père refusa tout, et fit jeter au feu les contratb ; mais Ù fut profondément touché de cette bonté des Ganarriens , et dit qu'il avait fait ce que tous les vainqueurs devraient faire.
U est résulté de tout cela un notable avantage pour nous. Nous aurions sans doute pu exiger une rançon con-* sidérable, ils nous en paieront une double, triple, quadruple , puisqu'ils se sont engagés à payer un tribut annuel, qu'ils ont volontairement augmenté chaque année. Je ferai pour vous ce que meâ ancêtres , ce que mon pcre a fait pour les peuples voisins. Je vous rends votre
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liberté et je vous laisse toates les franchises dont voas avez jooi jusqu'ici.
Ceux qui étaient an service du roi Picrochole recevront, chacun, trois mois de leurs appointements : on vous reconduira en sûreté^ dans vos maisons et dans vos familles pour empêcher les paysans de vous insulter au passage. Je regrette de tout mon cœur que Picrochole ne soit pas ici. Je lui aurais aussi prouvé que cette guerre a été faite en dehors de ma volonté et sans aucun désir d'accroître ni mon bien ni mon nom. Mais puisqu'il a disparu et qu'on ne sait où il est , je veux que son royaume passe entier à son fils. Seulement comme il e«t très jeune - il n'a pas encore cinq ans — et que, dans cette circonstance, les états sont généralement pillés et ruinés par ceux qui sont chargés de les gouverner , j'ordonne, je veux que Ponocrates ait la surveillance générale de l'administration » avec l'autorité requise ; je veux qu^H veille aussi sur l'éducation de l'enfant jusqu'à ce qu'il le juge propre à régner et à gouverner par lui-même.
Cependant si Gargantua se montre plein de mansuétude pour tous, il y a certains individus auxquels il ne peut pardonner, ce sont les flatteurs qui ont poussé, loué, encouragé le roi Picrochole — et cela dans leur intérêt personnel — à faire cette expédition, qui a eu une si triste issue et qui aurait pu en avoir une plus malheureuse encore pour les pépies. Il demande donc que ces individus lui soient livrés afin quHl en soit fait un exemple mémorable.
Nous retrouvons ici Télève de Ponocrates.
On livre, en effet, à Gargantua une partie des mauvais conseillers de Picrochole, mais pas tous. Les plus coupables avaient disparu. Spadassin avait fui d^un trait jusqu'à Laignel, Menvail jusqu'à Val de Vire^ sans regarder derrière lui^ ni prendre haleine, etc. Quant à ceux qui lui furent livrés, Gar-