FÉNELON ET RABELAIS
n*en font pas moins leur chemin dans les esprits* Au XVn* siècle, Fénelon les répète à son royal ^lève :
Ce qa'on appelle conquête devient le comble de la tyrannie et l'exécration du genre humain, à moins que le conquérant n'ait fait sa conquête par une guerre juste et n'ait rendu heureux le peuple conquis en lui donnant de bonnes lois. De même 'qu'un chef de famille ne doit jamais s'entêter pour la grandeur de sa maison, jusqu'à vouloir troubler la paix et la liberté publique de tout un peuple; de même c'est une conduite insensée, brutale, pernicieuse, que le chef d'une nation mette sa gloire à augmenter la puissance de son peuple en troublant le repos et la liberté des peuples voisins ... Il est infiniment plus pernicieux de blesser la justice de peuple à peuple que <ie la blesser de famille à famille. La guerre est un mal qui déshonore le genre humain : si on pouvait ensevelir toutes les histoires dans un éternel oubli, il faudrait cacher à la postérité que des hommes ont été capables de tuer d'autres hommes. Toutes les guerres sont civiles ... Il n'est donc permis de faire la guerre que malgré soi, à la dernière extrémité, pour repousser la violence de l'ennemi.* :
Ces idées, qui offensaient si fort Louis XIV, sont devenues, au siècle suivant, un lieu commun de la philosophie, et, au XIX*, il n'est, entre ceux qui raisonnent, personne qui ne les admette en théorie* Mais ce n'est pas un petit honneur pour Rabelai» de les avoir émises à une époque où elles pouvaient sembler paradoxales.
Revenons à notre récit. Grandgousier appela le moinç et lui demanda si c'était lui qui avait pris le capitaine Touquedillon. — «Sire, dit le moine, il «st présent, qu'il parle lui-même. — C'est lui qui
* DicHogucs des morts, XVTI. Socrate et Alcîbiade.
GAEGANTnA. — H. LA GUEEKE.
mapns en effet, dit le capitaine, et je me reconnais son prisonnier. — L'avez-vous mis à rançon? demanda le roi au moine. - Non, dit Jean, jTne m occupe pas de cela. - Combien voulez -vous de sa pnse ? - Rien, rien, dit le moine. Je n'ai pts agi par intérêt Grandgousier ordonna à Touquedillon de compter au moine soixante-deux mille saints (monnaie d'or d'environ 12 francs). Cela feit Grandgousier demanda à Touquedillon s'il voulait rester avec lui ou retourner vers Picrochole — <Je ferai ce que vous me conseillerez. - itetoumez plutôt vers votre roi et que Dieu soit avec vous.» Il le combla de présents, lui donna une escorte et un cheval et le fit reconduire à la Roche-Clermaud Quant a frère Jean, dès que son prisonnier fut msti. Il vint apporter à Grandgousier l'argent qu'il avait reçu cLa lutte n'est pas finie; on ne sait pas ce qui peut arriver, l'argent est le nerf des batailles : gardez-le pour vous.» Grandgousier accepta, promettant au morne de le dédommager à la fin de la
Touquedillon, retourné auprès de Picrochole, lui conseiUe de faire la paix avec Grandgousier ^^ deux rayons : d'abord, il n'avait aucun Zotit^l voulou. a ses voisins, qui ne lui avaient jSe f.St que du bien, et qui avaient réparé au centuple le m"l causé par eux à quelques-uns de ses siyets secondement, il ne sortirait de son entreprise iu'à
ZS^ i^T"'' ? •"*^''«°'' ^^ sa 'puissant la renvJ^er '"' Grandgousier ne pût aisément
Hastiveau, qui était présent, se récria. Celui qui parlait ainsi s'était laissé corrompre par l'argent de