‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 75 sur 110 · INTEEPEETATIONS DE LA PROPHÉTIE · texte numérisé non relu

INTEEPEETATIONS DE LA PROPHÉTIE

l'abbaye de Thélème? On développe son corps et son intelligence, on fait des exercices physiques, on cultive la poésie, les arts et la science.

Y a-t-il une religion officielle ? Y a-t-il plusieurs religions entre lesquelles on puisse ou doive choisir?

Non, il n'y a ni une église, ni plusieurs églises pour un culte ou pour plusieurs cultes.

Il n'y a pas de culte officiel. Il n'y en a pas moins une religion, mais une religion privée. Il y a dans chaque appartement une chapelle oîi Ton va se recueillir et prier Dieu ; le Thélémite fait sa prière comme l'élève de Ponocrates fait la sienne; mais il la fait chez lui et à son heure.

Notez que rien n'obligeait Rabelais à mentionner cette chapelle, personne n'aurait remarqué l'omission. S'il en place une dans chaque appartement, c'est qu'il croit que chaque Thélémite doit prier; sa principale préoccupation, c'est de ne pas le contraindre, par le son de la cloche, à faire sa prière à une heure précise, et quand il n'y est pas disposé.

Le Thélémite croit donc en Dieu et le prie, c'est «la foi profonde», et de plus, il s'applique à développer toutes ses facultés, physiques et intellectuelles, à cultiver l'art et surtout la science.

Lors donc, qu'après avoir tracé le tableau de Thélème, Rabelais s'écrie avec l'église catholique : «Swrsum corda, levez les cueurs !» quand après avoir montré les amis de la vérité et de la science persécutée et opprimés, il prédit le triomphe de ceux qui auront souffert, la récompense de ceux qui auront persévéré ; il est évident que ce triomphe est celui de son idéal. Thélème n'est pas possible aujourd'hui,

308 GARGAîcruA. — m. l'abbaye de thélème.

elle le sera plus tatd. Le temps viendra où cftacmi pourra adorer Dieu comme il Pentendra , cultiver complètement son esprit et atteindre à la vérité divine, qui est la science.

Mais cette idée qu'il a seulement laissé entrevt)ir, M parait trop hardie , il se ménage uîie échappatoire.

Cônime Pénigme, malgré ses comnïentaires, peut recevoir un autre sens, celui qui préoccupait St- Gelais avant qtre Rabelais se fût emparé de ses vers pour les transformer, c'est ce* sens que frère Jean va mettre en lumière :

— Par S(>.Ganderon, dit le moine, telle n'est mon exposition. Le style est de Merlin le prophète . . .

C'est une manière de désigner Mellia, ea fai^saat penser à Merlin le prophète dont les prédictions avaient encore tout leur prestige.

. . Bonnez-y , poursuit le morne, allégories et iutêliigences tant graves que vendrez et y resvassez , vous et tout le monde , ainsi que voudrez. De ma part, je n'y pense autre sens enclos qu'une description du jeu de paume sous obscures paroles. Les subomeuirs des gens sont les fsâseurs de parties qui sont ordin^rément amis. Et aprèGi lâs deux chasse» faites , sort hors le jeu» celui qâi y estoit et Pant^e y entre. Les eaux sont les sueurs. Les cordes des raquettes sont faites de boyaux de moutons ou de chèvres. La machine ronde est la pelotte. Après le tetf) on se rafi^aiehit devant un clair feu et el^nge Pon de chemise; Et volontiers banquette ¥&a, mais plus joyeusement eenx qui on/t gaigné. Et grand chère. .

C'est sur ces mots que se termiae léi Hv!^. <riéat la concltaBion prudente, le fsmi-fiiyant qu^ Bbbelals se tnénhgé en cas d'attaque ; mais sa pensée réelle a été énoncée par GFKrgantua.

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