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Bevenons au domaine scientifique. Rabelais ne s'est pas borné à entrevoir l'attractico newtonienne; il suffirait d'ajouter quelques mots aux lignes suivantes pour j trouver la théorie de la circulation du sang, qui ne fut formulée par Harvey que 82 ans plus tard, en 1628.
Nature, continae Pannrge s'esaltant de pins en plaa, nature n'a créé l'homme lue pour preater et empronter. Plus grande n'est l'harmonie des cieuli que sera de sa police [l'ordre gni règne en Iui|. L'intention du fondateur de ce microcosme tl'homme, réputé être l'univers en petit] est y entretenir l'âme (laquelle il y a mise comme hoate) et la vie. La vie couaiste en sang. Sang est le siège de l'Ame. Un Ëonl labeur peine ce monde, c'est forger sang continnellement. En ceste forge sont toua membres en office propre. La matière convenable pour estre en Eang transmuée est baillée par na- . tnre : Pain et vin. En ces deux sont comprises toutes espèces des alimens. Pour ioelle trouver, préparer et cuire, travaillent les mains, cheminent les pieds et pca-tent toute ceste machine : les yeolx tout conduisent. L'i^>pétit, en l'orlâce de l'estomac, moyennant un peu de mélancholie aigrette , gui loi est transmis de la râtelle, admoneste de enfourner viande tcomestiblesl. La langue en fait l'essay, les dents la maschent, l'estoniao la ré^it, digère et chylifie.
Les veines {du mésentèrel en sugcent ce gui est bon et idoine, puis la portent au foye, U la transmue derechef et en fait sang .... Chascun membre s'esvertue a purifier et affiner cestuy trésor . . . , puis est transporté en une antre ofâcine, pour estre mieux affiné, c'est le cneur. Lequel par ses mouvemens diastolicques et systolicques le subtilise et enflambe, tellement que par le ventricule deitre, le met a perfection, et par les veijies l'envoyé a tous les membres. Cbas-
' Henri de St-Simon. BéorganisaUon de la toeiété européetme, 1814 , dans St-Simon sa oie et ses travaux, par Hubbatd, in 12. 1S57.
448 m. PANTAGRUEL. — PBOFITS I>B LA CONQUÊTE.
cun membre l'attire, à soy et s'en alimente à sa guise ... Par le Tentricule gauche il le fait tant sabtil, qu'on le dit spirituel ; et l'envoie à tous ses membres par les artères, pour l'autre sang des veines eschauffer et esventer. Le poulmon ne cesse avec ses lobes et sonffletz le refraichir. En recognoissance de ce bien , le cueur lui en. départ le meilleur , par la veine arteriale. Enfin tant est affiné dedans le retz merveilleax, que, par après, en sont faits les esprits animaux, moyennant lesquels elle imagine, discourt, juge, resooldt, délibère ratiocine, et remémore [se souvient].
Quelle clarté, quelle agilité de style dans ces détails techniques et en même temps quelle justesse d'expression !
Vertus guoy ! poursuit Panurge de plus en plus exalté, je me naye, je me perds, je m'esgare quand je entre au profond abisme de ce monde ainsi prestant, ainsi debvant.
Il s'est notablement égaré, en effet, en feignant de confondre deux choses tout à fait différentes. Dans le système qu'il vient de nous exposer, chacun reçoit et chacun rend, c'est la solidarité. Mais le dissipateur reçoit seulement et ne rend pas ou du moins ne rend pas à ceux qui lui ont prêté. L'assimilation n'est donc pas possible. Panurge le sait bien lui-même, mais la confusion qu'il a établie a permis à l'auteur de nous donner un éloquent aperçu de Iharmonie des êtres, cda lui suffit ; et pour n'avoir pas à répondre à l'objection d'assimiler des choses qui s'excluent, il fait semblant de l'ignorer.
Croyez, dit-il en concluant, que chose divine est prester; debvoir est vertu heroicque.
xxvin.
Pantagruel l'a écouté jusqu'au bout, amusé visiblement par l'éloquence animée de son contradicteur; ici, il le ramène tout doucement à la question:
ijjà
PlHTlaStmL XT L8S DaBtP&TSQBS. 449
PreBchez etpatndnez d'icfab Peiit8coste,liii{lH-il, tous serez esbaby oomment tous ne me aurez rien persuadé...
Udlière a copié le commencement de (^tts plirasa Arnoli^e dit à Chrysale, dans VEcole des femmes, encitant Fanui^e et Fantagrael:
Préâhez, patMcinez jusqu'à la EentecAte,
(Tous serez étonné qnand tous serez au bout jl
Que TOUS ne m'aurez rienpersnadé du tout (Âctel.l).
«Votre beau parler, votre plaldoMe ne me décide- 1
rOQt jamais à &ûre des dettes. Ne devez Jamais ^
rien à personne, dit le Saint Envoyé, hors amour et dilection mutuelle. Vos raisonnemeats sont fort beaux ; mais figurez-vous un affronteur effronté, un imposteur einpruntenr entraut dans une ville déjà avertie de ses mœurs. Vous verrez à son entrée les citojeiui aussi efftayés, aussi tremblants que si la peste y entrait en personne, comme autrefois Apollonius de Tyaae affirma qu'il la voyait descendre sur Ephèse. Je suia de l'avis des Perses qui prétendaient que mentir n'est que le second des vices ; devoir est le premier. Au reste, dettes et mensonges vont ordinairement de compagnie.
«Je ne prétends pourtant pas qtl'il ne faille jamais îien devoir ni jamais rien prêter. Il a'œt si ricbe qui quelquefois ne doive. Il n'est ei pauvre à qui on ne puisse quelquefois emprunter. Platon veut qu'on ^
laisse puiser de l'eau chez soi à ceux qui, après avoir */•
creusé dans leur terrain, sont arrivés jusqu'à la terre -I
glaise sans trouver source, ni cours d'eaux souter- ^
rajnes. De même je voudrais qu'on ne prêtât qu'à «
ceux qui, malgré leur travail, n'ont pu trouver as- |
sez pour se suffire, ou à ceux qui août tombés inopi- 4
nément en perte de leurs Inens. Mais laissons tout V
cela. Je me diar^e de payer vos dettes^ deUl^stiént n'en faites plus doréiïavant.»
Pfinarge le reitiercie, msAê iioii sans jeter on coup d'œil de regret sur Tétat d^ débitefar. tl vMdrAit qu'on lui conservât au tnoios quelques petites dettes comme cet évâque de Chartres qui demandait à Louis XI de lui pwmetti'e de garder quelques petits procès p(mr l'occuper.
Un peu de plus, il s'iud^erait comme la Comtesse de Ptmbesâle, à qui Ton défend de plaider an moment où
... toas ses procès aUaient être ^s,
puisqu'il ne lui en restait plus que quatre ou cinq petits,
L'un cntM Mm mari, Paiitre centre son pôre^ £t contre ses enfeuits.
I^antagruel impose silence i Pannrge, les raisons qu'il lui a données étant sans réplique possible.r
Cette conduite est/ désermaia a^k que tiendra Pantag:ruel ; il laisse parler Panurgei, dont l'esprit et le» connaSssanœs Pamusent; il lui laissa développer ses paradoxes, puisjl donne son jugement en quelques paroles pi^emptoires et décisives. Parfois une controversé «ntré plusit^urs personnages s^ag^te devant lui, il U» provoque légèrement et les excite au comttat, msa^ en général, il parle peu et tonjonrd avec sagesse et autorités '
C^e^ ici ^ne finit réeltenient k preîziière partie du réttHln. Jusqu'ici la fantaisie a taku le fil du rédt,
COBOtUBIOR DE L& PBIBIltlBB PiBTIE. 451
et la raison ne s'y est glissée qu'en empruntant le masque de la folie- Les rOles vont être intervertis désormais. A l'œuvre de la jeunesse va succéder l'oeuvre de l'âge mûr. La folie y aura toujours sa place, mais la philosophie y tiendra le premier rang.