A'T-IL FAIT UN LITBE ALLÉGORIQUE
qu'une œuvre aussi francbe, aussi joviale, aussi naturelle, soit le résultat d'une laborieuse combinaison de faits historiques transformés et dénaturés i^ Que Boaaventure Despériers, que d'Aubigné aient fabri* ipté des machines de ce genre, on le sent à la gêne de leur style, on le eonçoit d'après la nature de leurs préoccupations : l'un entreprend de railler non une religion, mais toutes les religions; l'autre s'en prend aux gentilshommes catholiques, qu'il poursuit de sa Nue de sectaire. Mais Ba:belais a des préoccupations bien autr^nent étendues; ce n'est pas aux individus qu'il «Btend s'attaqua, c'est à la sodété tout entière, à ses idées, à ses habitudes, à ses préoccupations, n voit les choses dans leur ensemble, il généralise et systématise ses observations. Il ne se contente pas de l'observation extérieure, il va chercher au fond des âmes les moti& qui les font agir. Ses caricatures nous font rire, mais elles nous font encore plus réflédiir, parce qu'elles s'appliquent non pas à un travers passager, mais à un vice de cœur ou de l'esprit. Rabelais est un moraliste, un philosophe ; c'est le ralmis* ser singulièrement de ne voir en lui qu'un simple écrivain satirique.
Ce n'est pas à dire cependant que, dans les petits détails, il ne fasse quelquefois de la satire. Son livre, au contraire, est rempli d'allusions malicieuses aux faits contemporains, mais ces allusions ne sont que d'un moment, ceux de ses personnages auxquels on peut attacher des noms : la grand jument, Bringuenarilles, Bominagrobis, Rondibilis, ne font que passer dans l'action* Les personnages principaux ne sont pas des portraits, ce sont des types ; l'analyse de l'ouvrage en fournira la preuve.
20 BABBLAIS £T SON fliICLS.
Si Rabelais a été victime de ses commentateurs, il n^a pas été moins maltraité par ses illustrateurs.
Au premier abord, il semble quHl est on ne peut plus aisé, avec de Timagination et un crayon docile, que dlllustrer un récit aussi fantastique, que celui de Rabelais. Il n'en est rien. Une première dif* ficulté vient de inconsistance, de Yélastieité des personnages. Gargantua et Pantagruel changent sans cesse de dimensions. Ici Pantagruel couvre de sa langue toute une armée, il y a des villes et des forêts dans sa bouche; mais, à la page précédente, il argumentait contre ,tout venant dans les salles de la Sorbonne. Dans un des chapitres, Gargantua est un géant béte qui mange des pèlerins péle-méle avec des feuilles de laitue; quelques pages plus loin, le géant est devenu un simple mortel, qui a la raison d'un sage et la taille d'un homme ordinaire. Le dessin est impuissant à faire comprendre ces changements perpétuels. Une fois qu'un personnage s'est montré à nous sous la forme d'un géant, il faut bien lui laisser cette stature jusqu'à la fin. L'imagination du lecteur se prête, sans trop de peine, aux transformations, la représentation plastique s'y refuse, — ou du moins aucun illustrateur jusqu'ici n'a tenté de résoudre le problème.
Les géants ne sont pas les seuls personnages difficiles à figurer, dans l'œuvre de Rabelais. Passe encore pour frère Jean; mais Panurge, comment le représentera-t-on ? Il est savant, adroit, éloquent, mais en même temps, il est poltron, il est cruel; comment faire sentir en un seul personnage ces carac-
SON CARA.CTèBB.
tèns qui semblent contradictoires? Personne n'y est encore arrivé.
M. Giustave Doré fait de Panurge une sorte de Jocrisse, c'est on contresens complet — et cependant il est des scènes où Panurge joue le rôle de Jocrisse. Q. Doré a illustré deux fois RabelaiSi en 1854, à une ép<K{ue où il était encore peu connu — et en 1874, dans une édition de luxe. Ses dessins sont faits avec une grande maestria: il excelle à rendre les foules, les fêtes populaires; son crayon se délecte heureuse* ment dans les créations kutastiques. Mais art-il in* terprâ;é Babdais ? Noua n'hésttons pas à dire : non. n nous a donné une œuvre d'art excessivement curieuse^ l&ehée quelquefrâ, de grande valeur cepradant; mais» sauf quelques ezceptionsi ce n'est pas un cmumentaire de Babelais, c'est un ouvrage à c6té, qui, loin d'éclairoir le texte, empécbe de le compren^ dre. Ses illnstcations rendient bien une face du ca* ràctère de Babekis, la bouffonnerie élevée à la hau- • teor de Fépopée; mais ki' pensée, la philosophie de l'œuvre, où est-elle?
(ut nepeniadit^ chez Rabelais, quel que sdt le mérm du bonifon, le penseur est encore au-dessus. Penseur et bouffon! au premier abord ces qualités semblent s'exdara On a peim i se figurer sous des traits graves et sérieux l'écrivain qui se présente à noui la plaisanterie à la boudie. Ouest dispesé i JQflpnr de9 hommes, des artistes, des écrivains surtout, par le caracCàre de leunaf œuvres. De même qu'on se rqnrésente Dante isious la figure de ce personnage grave et sombre que te enfants se montraient en
22' BiBEXiAia ET SON BlfeCLS.
disant : VoUà oebû qol revient de Teofeir^de mtiM on se figure volontiers Rabelais, la face épaMuie ^ riant à belles dents, comme nous le neprésenteitt certains portraits de fantaisie^
C'est là un préjugéi et on pr^ttgé dost Rabelais a été tout partieaUèreœânt victime. Si Ton iat^mroge rbistoire, on verra que les plus grands raiUenrs étaient généralement gravesX Prénoms les plus émî^ nénts: Ariatoidiane, Lucien, Oervantès^ Molière^ Swift, CourieTf Béraager et mAme Voltaire. Pas xm, ne fut un boofifon ou un viveur, tous furent aârienx et dignes. D'Aristoiduuie, noua savons peu de choœ ; neos savais cependant cpuB c'étaU an peiaonnage grave et bien posé* Quant à Lucien, os a'éitaît pas un bou£« fan ; c'était nn rbétenr, un conférencier» comme oa dirait aujourd'hui) demosurs réglées et écoBoma* Paarti pauvre de son pays^ il amassa par son travail um pe<-' I tite fortune, qu'il retourna partager aivec les sien& f Dana Pautobiogràplufe quH nous a laissée, nmt qû ressembto à rexistenee d*unViveart dHin joyeux com-^ pagnon, et cela est d'autant plus notable que^ de son temps, on se livrait avec une fureur égale au plaisir effréné et au mysticisme ; il se tint à égale distance de ces deux tendapoes, îljut «A travalUeui: laborieux en même temps qu un raUteur im^itoyaiUe des idées de son sièdaj
Tout le inonde eonnatt la biograjAiie du pauisce CervafttèS) tour i tour aoMàt^ esclave àr AJ^er^ oeciipé à de misérables foAelions» tcmjouts à ëettf t d^ae^ gent et soutenu dans sa miatee par sa sosnr^cjpii était coutiiri^re et raecotimodait. les vètèmnta das ge»< tilsbommea; las quelques lettres qu'on a fle lui now le reprôj^entenl; .toiQWirs tiâsta et besogneux^ «t
soir CASACTÈBlik 2S
cependanti quelle tenwl qaelle gatté! queBe* série de générations a déridées ce mélancoUtoe peraonnage!
Les outrages de Shrift «ont gais aussi. Noos nous sommes tons aarasés de ses géants et de ses nuns, des savants abetcaits «b son tte vêlante et mftne de sea aiEMm YaTims; sa» plaisanterie est amère sans donte, mais elle fiait ries; orvOn sait fne le dojen Swift était nn hamme atialnlake, inaoeiable la pla<* part du temps, an peint qufil « fisit mmuâr de chsr grin les deux femmes qui Tout aimé.
Bt Miriiàre) notn gninil lienr, le cféatenr non seulement dn Jfâonttrsfpe et de Ikaiuffe^ mais du
ginaire, et de/ tamt d^antees folies <|iii provoqsMt nos rires, ^pè» en fikdepainprèa de treîs aiècles, Melièie, daM la tés privée «tait-il 4>eBiien? éfeait*U méme'gaiS Non, il était sUenoiena; efétatt le «Geur temptaÉeur^ilttfôtait guère ja^euQD* la plnae 4 la aain.
£t PaairLeuîs' fionrrier, voflà nn raillenr în&tir* gaUnl ai aes épigrammes sMpertent le M e ncca n, elles n'en sent pas jttfine dfune' galté eeniHMnioatiyft sues sent très tmMittéeSk mai» eemifes 4dles tom* beat juste 1 neiunett.aaît 4ériAer même Ica jugea qui le <eondaflHMit 1 Ek bien» lisea «a liêi an cor* respeayiattee; vénale vnriw qnJtâÊdOf tvaesssiert in- BoiîfMrtaUe à san îentonrage, ai Man jQu'il M tn4 par6ott.9BxdeHdia8seâ> la suitei dfntte^iii^^rileL
Béranger n'a pas le néBM défaut» il ett bon, Inen^ v^itaat,^ aimant^ eerrinUe è^tenb ; mais estfil gat? Au èenUnîre, il esl.sérienn et méianoslique* fit ee^ pendant il est telle da^aes^ohansens fniu est iapen*
24 BABELÀia ET SON SIÈCLE*
sible d -étendre pour la dixièae fois «and être pris de foa rire.
M Voltaire le ricaneur ? Est-ce qu'il riait b^aucoup) est-ce qu'il menait joyeuse vie quMd il jetait à travers l'Europe taat de pampklets étÎBMselants? Non, il travaillait; à Feruey, il restait dans son cabinet toute la journée et n'en sortait que pour dîner, et souvent encore il retournait travailler après. Et Pascal? n'oubiionB pas que le grave aa* teur des Bmsées est aussi Tâsrivain . des Protnneiales»
Tous ces railleurs, enfin qui oast sondé lanature humaine, qui ont été à la Jkûs prends et lÂeura, iû* tenrogez rbistoire sur leur compte, la ré^ponse est uniforme : tous étaient graves et séideiix«
Il y a, parmi les . écrivaîis, 4'aaftreft railleurs qui ont mené joyeuse vie, mais oènx4à ne soirt qu'au se-* condrang« Aucun, viveur n'a atteint le grand c<miique. Il y a en Italie Foleego, «ar lequel noua aufeus occasion de revenir. En France, nous avons Réguard, pour ne prendre que le plus éounent; celui-là fut sinon un fuieeur, au OMBas on hoianà ^ bonne chère, un ami de la table efc dea'piaisim~> laffiné du reste, citait le ton du mooieat, Bégnaid est d'une gattë eommuiicative. ^ i^ette diCécence pourtant, pour Teffeti produit, entre leb ^aiSHiitories de l'auteur jeyeux du £â|patoAhe^ M oèlies' du méiaaeelique Molière! La plaisanterie de Ré^navd eët tente à la surJhce, elle bit rire < el< oa t'oublie ; wUe de. Mdière fnit rire et: ftdt pensèf ; i :
^uandil s'agkde boufiennerie^ eomment oublier Paul Searron qui passa la «moitié d<; son mm* tenee èeu débiter 2 OeIuirlàe«raft été ub viveur a^a
SON CÀ^OTÈBE.
TaYait pu, il avait même commeacé pitr là, larsqu'ua aeddeat, lorsque Iqs suites d'une poliBsoneerie de jeui^Bse, rarrétèreat au début de sa joyeuse carrière, et le douèrent sur ub fauteuil de douleur; il s'imposa pour mission de faire rke les autres ; maia^ quelle plaisanterie que la sienne ! une plaisanterie toute superficielle, aussi vide que celle de Folengo, une Twe phûsanterie 4e rtYour^
Pai^mi noa ;tluui3oiiniers, il. ea est un qui a joui d'une immenaie répmtalâani o'est Désangisrs ; lisez les jouxMJa de son temps, c'était la galté incairnéet le, premier des risuns^ C'était «n viveur, un buveur qui^ s'enivrait, tandis que Béranger restait sobre en cban-* taot l0 vin* Ëh bien^ essayer de lire aujourd'hui les chansons du buliiettr jdvial; à part un petit nombre de œu^toto^ Qowne tQ«t.icelaest vieilli^ fripé, la-
QueUe est enlie tes deux genres de galté celle de Rabelais 2. fi8t«^co! la galt6 beuvioulftée de.Désaii'giei» ? la gatté|;nmaioière de Scarron, la gatté mou£h seitte jde Bégaard? iNo% ht pbisMterie de Babelai8;eat aussi gtâe^ué celle de Bégottrdi oiais elle est aussi :pDO^Qde,;fi^us tirofoiide même que celle de^. Melîfère;.eH»esl: wissî» malicieuse qae.oriyie de.Pa^- Louis, aussi çéaéiùèisÉB ek dissolvaiite: que o^e de Voltaire et) de: JMraAger,. imais. avecinn aceeikt de bonb^mie malicieuse i|ae i^a. jamaiS' le patriâ.rche de Fersey etlque^faùteur du Dieu dei boilies geee semontre; qu'ilxceptioiiMUement . • <
CSeS'OrappneaheflltntÉt isuttraisot a jHnarî/posurmous. porter à rejeter la légende vulgaire qui s'est ùàté' autour àxt àmâ 4e: Baibelaisy kirs àiême.<|piie les ter meigiuiBn;;cthittmp62aiitei«ne aens iuoateeraîebt .pse^
26 BABELAIS ET BW SIÈCLE.
en hil an personnage à la fois sérieux et gai, un contemplateur indulgent, phis encore qu^un acteur dans le drame de la folie humaine* Et c'est bk^n ainsi que les documents authentiques vont le faire apparaître devant no«^8.
f Pour bien comprendre l^ e mar^y we no' altenu ^éqitei^*el^*le liviie ffm neua altouu anitfjiM^ il n'est pas hors d^pvopoa de jeter «a CMp dVeil usplà^ bien rapide ^ pour m pas répéter ^e que teut le monde sait) ^ sur le siècle eà vécut ee écrivit Ra* belate.)
Son premier ttviie date de l^époqiie eu Fran* çoie !**", revenu de mi oaptifitté: en Espagne, fonda à Par Js, malgré la Sorbonoey TeuMigneaMWk 4e l^hé^ breu et du ^rec,-^ à Tépoque où, dans la lutte enga* gée entre les humanistes et les obeuiranti8te6, l#s humattii^tes prennent 4teidésieni: le dessus.
\1jà moyêû âge a fini son évoluMon; la'Sooîélé féo*' dtue-est nwrte; tes scigDMrsxottt teoonnii la sapréK msiie royale; tas snmnuaneâ'qui sféAsinnfe eséétfs en face du pouvoir ont «nssl a))di4aé. aui ppoAt île la roynnté, ^^ en^stlieDéant^ qu'dlen sn pneeart «en iute d'eitey «Hi assemblées UBknire; des J^MB-OtétéBêxua^ ea asitmlllée natÉsnide^ Ufaonzoa ^da ila* patrie s'éke »> git; au lieu de* se coiifiBinr d^iia un; «obbIi»^ daD8> une^proviiice, la {iatriei.de^eilt la BraiiG& , U eu est de même dans le domaine inlnlteetaât' :/la>;sciemoe, Tari, tout va 4w &lm nstionid ^fl*. mime cosonypoUtn*-! - .'
liA fittémhxnt féodale savait aossiéchnsé son éaro^ lutiim. lîAstérihtéiîtbéraiseduJiVfaîMravaâtis^^^
JûIB APRÈS LÀ BBNAtâSAîrCB, 27
reporter les^ y^x au-^elà ; 0a s'était repris d'un bel afidottr poar tes romms i&hevftleres(|ttes, que Fou traduisait en iiirose. Mais la société que peignaient ces^ poàines n'en écdt pas meins fliinrte, anssi complètement que la âràce i«fprodtf)te 4aii» les poèmes ho* mériques était tiOdrte an temps de Périelès. La Frattee^ s^BMsaît du tableara de son pasdé, comme s'il 0e itt agi d'un»' «erre et d^ane- ciriHsation loiataioes.
^km jmjmi Age teUgieiix avait aussi dit son dernier laat.. La pluk»phi6 Molastif»» régnait encore, mais elle agonisait, vigoureusement attaquée au sein même d« l'Université* \Jiie «oienee nouvelte aUait appa»iîltie, imiét non phia sur dea raisonne* meftMs subtils^ ïaMS'Mrdeei faits ^««r ItepétieaeeY Les olottrea sfaient tessÀ aoasi* d^élre^ un lieu 4V sik: fmt la» ft^iei dontemflatitw et amies de la. soiamee. Qnaaib lagneitia rgnaawait sans oetsë entre petite «eigHeuNk qaaiid il n^ avait de séoarité nulle^ patrt^ esax qui nb se sentaîent pas de goM ffour la baftiûlle on, Taetivité {àgrû^oe, leis^ hommes affaiâéa d'étndes iatoUactneiks awiîest été heutfeas de trou"* ver 11B refug& .^Inis^ les moiiaslèree.^ Le^ d^oût de» ag^tîMie atéiilea de« la vie^ s!étaH; fermalé daus im Uvxa^ testameiit de J^e eaiiininlt c^étak VJ^miMim de Jé^itf^Cliîrfs^.fLBmiiadem'wneiià ooift donoeri disait <to petit tiwe,^ jgncsroutle* inoadevpbittgfëom^ noBsi^flâ h!«OBÉe(mplatiéB,.cAteeienQnsHaou8 avee le SauMur; il ptmsieodia lafensi et PéspéraMe* que nous avons vainement cherchées ailleurs.» G'était éa désesjrair, l'appel à une mett telontaire
et. antîci|éa? mais cOiCnfl^étBltplM miendu 4ite de quélQnis-nBi la nasse da*^la natioa avait aaif 40
RiBEI«AIS ET SON BIÈCLE.
vivre; une réaction, sourde encore, mais violente* mais irrésistiblei se produisait contre Tascétisme et la vie, désormais improductive, du cloître.
Comment en eût<-il été autrement? Deux, trois mondes nouveaux venaient de surgir aux regards, et appelaient tous les esprits à Pactivité.
Le monde i^ysique d -abord; le tour de TAffique £Ait par Vaacd de Gania avait montré la roule des Indes, FAmérique découverte par Christophe Colomb, le voyage de Magellan autour du monde avaient doublé, triplé rétendue j^ysique du domaine où llmmme peut exercer w puiasuce.
A côté du monde jdiysique agrandi, avait apparu un monde tout inteUectuêl : le monde antique, le monde gréco^romain, qae le christianisme «tait vooé au mépris et fait oublier. Les livres geeca et latins que r<m tirait de tontes parts de la poussière eà ils étaient demeurés enfouis, faisaient revivre deux grandes civilisations, embellies par Part, par la poésie, par réloîgoement. C'était une véritable révéklion ; il semblait, en lisant ces livrée antiques, — qu'on n V vait plus besoin d'aller chercher, xini, grâce i Tinvention de rimprimede, venaient vous trouver et. causer familièrement avec vous, — il semblait aux yeux ravis qu'un épais rideau de brouillard se dissipsit tout à coup et laissait sutgir denuit les yeux de l'intelligence tout un monde merveUleux i peine entrevu jusque-là, un monde qni.n^était plus* une fiataisie comme la féeriei mais . une vivante et encbantevesse réalité.
Ce n'était paa. seulement libe eîvili^atiesi qui ap*paraissait, c'était un art. nouveau* Ir'asehîteetare du moyen ige aEvait sabealité; les cathédrales -flo^**
JOIE ÂP&èS LA ££NAIdSAlfC£. 29
ques avec leurs tours élancées, leurs denteltes de pierre, leurs statues amaigries où tout était sacrifié à Texpression ascétique, tout cela avait sa majesté mystérieuse; les ch&teaux, avec leur luxe de tours et de toureUeS) s'harmoniaient bien avec Tàpreté des rochers sur lesquels on les avait construits, et dessinaient fièrement leur t)rofil dans le ciel ; mais c'était Part d'une société éteinte, morte après la guerre de cent ans ; Tart ogival, c'était V Imitation traduite en pierres, le renoncement à la vie terrestre et Télan vers le ciel ; Tart antique montrait un idéal opposé ; l'art gothique sacrifiait le corps visible à Pâme invisible ; dans Part grec, c'est le corps qui est la préoccupation prmcipale, mais le corps idéalisé ; aux formes longues et aiguës de Part gothique, il opposait les formes arrondies et vigoureuses, et remplaçait la P3rramide par la sphère. Les artistes italiens furent les premiers initiés; ils s'inspirèrent de Part antique sans le copier, et, du premier bond, ils arrivèrent à marier à l'expression que cherchait le moyen âge, la beauté des formes que la Grèce avait presque uniquement adorée.
Les guerres dltalie, si folles, si malheureuses, si stériles, au point de vue politique, eurent pour la France une compensation; elles lui révélèrent à la fois Part antique et Part italien. François P' rapporta de l'Italie des tableaux et emmena des artistes en même temps qu'il emmenait des hellénistes. Aux uns, on donna le Collège de France pour y enseigner le grec et Phébreu; aux autres les châteaux de Ghambord et de Fontainebleau à construire et à décorer.
Les esprits émerveillés voyaient donc le monde
80 BAB£LÀfS ET 80N SlfeCLE,
s'élargir à la fois dans tous les sens, dans Tespaee par les découvertes de la géographie^ **- dans le temps par la découverte de Tautiquité — dans le domaine de la science par les découvertes astro^ nomiques de Galilée et de Cop^mc, par les découvertes physiologiques que permettait la dissection humaine désormais autorisée; — dans le domaine de l'esthétique par un art nouveau réalisé sous la main des artistes de Tltalie; — dans le domaine de la pensée, par la philosophie nouveUe qui peignait à rhorizon.
Il y eut à -M premier moment dans les intdli* gences une joie exubérante, une sOrte d'éblouissem^t et d'ivresse, qui resplaidit dans' les œuvres de la première heure et leur donne cette puissance, cette plénitude de vie qui noifâ étonne et nous ravit.
xin.
Si cette joie fut passagère, si oette ivresse ne dura qu'un moment, la faute en est aux querelles religieuses^ la faute en est surtout à l'église et à la papauté. Si à ce moment, l'église avait eu la force de faire sa réforme elle*méme ; si, tout en cws^rvant ses dogmes, eUe eût élagué de la discipline ce qui était devenu caduc, ce qui avait dégénéré de l'institution primitive, — que de larmes, que de sang, que de luttes stériles eussent été épargnés au monde I Mais les chefs de l'église fermèrent les yeux pour ne pas voir; éblouis par les splendeurs delà Renaissance, à demi-païens ou incrédules euxrmémes, ils prirent les demandes de réforme pour l'effet d'une eServescence qui se calmerait bientôt^ ils ne voulurent pas com^ prendre la justesse de réclamatiosis, modérées dans le
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TBXSTE8SE APBÈS LÀ B^FOBME. 91
principe; la résiatance obstinée augmenta les exigences; TEiimpe occidentale se piÉ^rtagea alors en deux sectes maies ; TEuropa germanique se posa m lace de TSarope celtor-latine; on se battit d'abord, puis il Y eat rupture violente. Le seo^iment d'épa- BMissement et de joie qui caractérisait la Beuaiasance fit plaee à quelque dtose de sombre, d'inquiet, de faroudie, à une intolérance fanatique, égale des deux pr<rt8. A Paris on dressait un bâcher pour Dolet, on en dressait un pour SerYet à Genèye — et cette lutte qui ensanglanta la fin du XVI'' ' siècle, dure encore dans les esprks, si elle se traduit moins viotemm<rat dans les actes.
Sons œtte influence, Tart, la littérature vont se taire au nord et au and.
Iki Italie, Tarchitecture qui a éleyé Bt*Pierre de Borne, les église et les palais de la Benaissance, va tomber en décadence; la p^nture, ai noble avec Ra* pfaaël, si gradewe avec Corrige, si puissante par son coloris avec Titien, va s'a&dir et se perdre dans Timitation. Les grands peintres de Borne, de Florence, de Venise, seront remplacés par les doctes artistes de i'icole de Bologne, et caix-ci n'anrout pas de successeurs. De rArioste, la grâee incamée et ravissante, BOUS passons au Tasse, Timitation . noble encore, mais craintive, pcHir descendre à la préciosité de Marini.
En Espagne, même décadence, un peu plus lente^ mais aussi plus complète. L'Espagne est un moment à la tête des nations, non eeulement par ses possessions i»nenses, mais par ses peintres et par ses poètes. Cervantes a des prédécesseurs, mais après IjOfe de V^ et Cddéron, une littérature qû s'é-