LES PROVINCES FRANÇAISES. BS
savoir^ la mauvaise éducation qui fausse les intelligences, la justice qui n'est pas juste et se vend aux paissants ; les épigrammes pleuvent, mais elles ont un but unique, un même vent les pousse; elles ont Tair de tomber au hasard, aucune ne s'égare en chemin. Seulement la réaction a commencé. On brflle ceux qui sont suspects d'hérésie, et il faut mettre une sourdine à Tinstrument. A mesure qu^l avance, EUbelais est plus audacieux pour le fond, mais il a quelque peu perdu de sa galté. Il rit toujours, mais il gambade moins. A mesure que te but s'accuse davantage, sa verve est moins folle et moins exubé* rante. Mais si la folie y perd quelque peu, la pUlosophie y gagne: il y a plus que compensation. \
On a remarqué depuis longtemps que les diverses régions de la France ont leur spécialité pour les caractères humains comme pour les produits du sol. La vallée du Rhdne, par exemple, produit des orateurs : Fléchier, Massillon, Maury, Mirabeau, Guizot, niiers, etc. La Bretagne a des philosophes, des hommes préoccupés des questions religieuses, Abélard, Descartes, Chateaubriand, Lamennais, Renan, pour ne nommer que les plus éminents ; les provinces de rSst produisent surtout des militaires ; mais la Nor* mandie, Paris, la Touraine ont la spécialité des railleurs : Molière Bégnard, Voltaire, Déranger sont de Paris ou des environs. Rabelais était du pays de Searron, de Paul-Louis Courier et d'Honoré de Bal* zac, gais railleurs comme lui; il se rattachait à cette classe d'esprits qu'on a coutume d^appeler de race gauloise.
KABELAIS ET SON SlilCLE.
Qu'on DOUB permette d'ouvrir ici une parenthèse à propos de ce mot <gaulois> que nous venons d'employer; si les digressions sont permises, c'est dans un livre consacré à Rabelais. Oa rattache généralement ce mot à la race des Gaulois qui forme encore le noyau de la population de la France, bien que nombre d'autres peuples soient venus se superposer à elle, — et l'on est porté à voir dans cette dispositlgn d'esprit un signe de race- Il y a ici une confusion évidente. Nous ne savons que très vaguement ce qu'étaient les Gaulois d'autrefois, mais nous sa^ vous très bien ce que sont les Gaulois d'aujourd'hui. Il est un coin de la terre française où la race des G-aulois s'est conservée à peu près pure, et où l'on parle encore leur langue, morte depuis dix-huit cents ans dans le reste de la France, c'est la Bretagne bretonnante. Or les Bretons n'ont rien de cette tendance grivoise si marquée chez leurs voisins les Normands; ils sont généralement graves et mystiques; leurs poésies, leurs légendes, leurs préoccupations ont d'ordinaire quelque chose de triste et de mystérieux; les écrivains qui viennent de là sont presque tous antipatbiques aux plaisanteries que l'on qualifie de gauloises, ils ne les comprennent pas. Le mot <gaulois> dans le sens de grivois, de malicieux, ne saurait venir de là. Gaulois dans ce sens se di- (sait encore gallois au XVI' siècle; Panurge donnait "^àrepaistre à bons compagnons et bonnes et jeunes galloises>, dit Rabelais lui-même, — et ce mot a évidemment pour racine la syllabe gai que nous retrouvons dans ^oia, régala galette, galant, galan-
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