Gaïgwt», rMivr
Les Chroniques admirabies ont dû dtre publiées entre le second et le troisième ouvrage et ne sont pas de Rabelais.
Ces écrits n'ayant ébi analysés jusquMci que très
* Toir les Reaheréhes IntêiogrttpMfueê et er^i^fi^eê êttr lee ééUti^nê ori^inake dt$ einq H^reê 4» roman satirique de JRab^is, par Jacq.-Gh. Bnutet, in e*, Fatii; PotàerylB^^. ^
tiB8 CBBOmQTTBS OABGAlITinKEd.
impàrâtitmient, nous croyons qn^on sera bien tàse d^en trouver ici un extrait fidèle.
Lea Orandeê Chroniques se r&ttaehmt à la vaste série des romans celto-bretons. Le protagoniste est le célèbre Merlin l'enchanteur dont les Prophéêies, recueillies par Geoffroy de Monmonth, ont été si souvent reproduites au moyen âge et jouissaient d'une pleine, autorité au temps de Babelais. C'est là qu au siècle précédent on avait cherché une preuve de la mission de Jeanne d*Arc: «Une femme (Isabeau de Bavière) a perdu la France, une femme la «Lttvem.» Dans les romans du XIII* siècle, Merlin, après matefs services rendus au roi Artus, se laisse charmer par la beauté de Viviane, qui pour le gar-, der à jamais auprès d'elle, i*enohante sous un buis^ son d'aubépine, où il rend encére deà oracles, mais d'où il ne peut plus sertir. Le savant, selon l'intei^rétation moderne, s'est laissé charmer par la contemplation de la nature et ne peut plus s'en arriteher. H y avait dtez Rabelais un cftté mysd* que^ que nous verrons percer dans ses derniers écrits, mais il était encore loin de là à l'époque eà iiaruvent tes Chfronf^eS> et il a négligé le Merihi enchanti et contèmplfttenr pMr le Merlin endianteur et agîssanti
Le €âèbre nsagicien avait déjà fabriqué pour le nA Artus un navire merveilteux, qui voguait avec autant de iaeilM ^iir terre que' sur mer; mais cette in« vention lui était inutile pour la guerre qui le me^ naçaiti Les Gots et les Magots allaient fondre sut lui et H fallait, pQur leur résister^ un moyen ex**
<164 oiuTEsa j)iyFKSB8 se Ai,Bsi4ia.
.traordioaire. I^ moyen «uqu^ Merlin eut ncottig n'était pas le. pliuf e:^dififi il, faut le reconnaître* et les Gots et Magots eurent tout le temps de ruiner le pays avant qa*i] pût être mis en œuvre.
Le Bayant se, rend sur une montagne avec nne âûle du sang de LanceJot du Ij«c, lecueiUî'a la suite d'iui tournai où le chevalier avait été blessé, et quelques rogi^ures des ongles :de,la reipe Qeqifevic^ Cemme du roiArtnsiet intiiue amieidu susqUt Lancelot. Puis, par la force de aop art, Û fabrique ui^ enclume d'acier de la hauteur d'qne te,ur, gar- 9ie de trpis marteaux, battant ^vêc m liruit de tonnerre. Use faitappotiter ajors deuxios' efil^yés à deux baleines de dif érent. aexe; U. arrose le premier du sfWg -d* la, fiole et le,i#ce f^ws, tes marteaux,: uni te réduisept en poudre; [iUen ^t aatant du second, auquel il ajoute J^ rpgniires des ongles de la, reipe Genièwç. Dp la première de ces poudresv Hi se forme peu à, peu, yn, géant de formO' huinaioie, ^ ia grosseur d'une baleine, mais bien proporti(»)iié.'i la seconde ;3e'.tr(infifpnne :de méine, par, df^ré^ ei) une ftmmp de taiile aualoguie.
Cette formatàoil ne fut cfwplète :qu'au> j^oqt de neuf jours: Le gé«Qt fi^ tetminâi IOj' pretnier^ mais le teagicicti le ^)doimiir: juscpi'i m. que la femme fût au in^ei point j et Uremploya; oe tËm^ à fabriquer une jument pfopi» à . serrir 4e- Jbon- Mire au eoûple gétot. .CtXtti.Stm il m eontenta des ossements d'un cheval< giaattt dansi la campagne; il les mit sur :Son enclumât- let marteaux battirent et un moment aprè», tb vit tes os regdpl&cës'par nne jument digne de ses. fUfnrs 'cavaliem ; ilireârt^a paltce dans les champs: et rompif i'eiUbalBtOBieDt
r.? Vi ! '• '-
Le géant eé sa* coinpji^è ^évéillèarcwf et..S''énlre*. legardèrcwti --r-i iQuei faisrtu . là, Graliem^lie.? dit Fhommeà te feiôiife. -^ .J« i^klienà^,, GiaudgQUri siegr. -r*-. Meriiaï ne. pat s-empêcher; d«; me Kk^t BOlns qu^U.s B^étaient donbéB et: hur ocdMina: ide le», garder; il' Ils uenvoya .ensuite' chercher ki» jji;iftiïeo.t ; ils Baltardèrent; en cbeniin, et a 'leur retour, Merlin, lear. dit :qli:% 'Buraieiit un; fiM qu'ils devraiemt condnirer^eifAngleticrrei quand, il' a<af ait sept ans; — Mais'Boits ioë saucosls :pas ilé cheriiiri» . — Mon*. t^ sur la jument i4ne ^e^yonsai donnée, touriiee^ M- la tôtB.iTeis! rocd^ent,! plie. 'Teusj -conduira. — . Et^èommeât tr^uvcronK-'nôaa' des ^VrBS?-Il"y a:de3' gens qui 'iohètfent'-tcraps les'.blÉs aiJx. cultivatçui-s; ils lés enferment idads^ <)eurd gneniefs, puis s'en-. tendeffi àre^ iesrboulangiçrs (]fuî forment une carporâtion/de mailiàre 'que 'lei>pauvrës g;en's itepsù-' vent ge^ procurer de viVrés^ou Jes :.paieût. excesçi- vement-ohei^i S'ilis- rédamedi, en: iie< les écoute pas^: parce queV' ceok '"«niquels' ils adressent leuns ré-*' clàmationBi sonf: eluchm^cë ;1es fournisseurs des nuiiHtiànds >et întéresdé&à* TâévatioA' du prix.
[On voit que T&fameikx pacte' 4e famine iqili fifi tant de bruït au 'X¥ni* «ièti^e et •dans \eqilel Louis XV était lùi-itaéiiieJnti^regsé^ existait déjê^ au XVP.]
Merlin '^'trouva : L'observation fondBe, :iL provbqiia une'réfôi^niie' dana 1q cpmsierce des graini^y.et ât^pendre ^elrftces^ims de» aecaparéuts ; puis il quitta se» protégés aprds leolr awr laissé ses iiistructionâ. ' 11^ jpleurèrent tMittemènt. Ique^ dcf leUrâ larmes,, il se forma «ne -fontaine o& .r^ peut Smt cuira 'dea œufs depuis la veillé de Koël jusqu'au jour des Roià. <>tté fontaine a encore vne autre vertu :>
156 (Eoms Dimsn di ubelui.
neuf jours devant la StJean, il en sort nu coq et une poule qui pondent des œaie gros comme deS' boÎBsetox; ces œuh r^etés dans ses eaox, de- YieoneBt dos poalatrlceB, oiseaux murTeilleux qui courent comme des autruches ou volent comme des canards, en portant des cavaliers sur leur dos.
Gargantua et Gallemelle s'ennuyaient très fort OB l'absence de Merlin. Pour se distraire, Qrangoosier s'en alla un jour à la diasse. Quand il revint chargé de gibier, sa femme loi avait donné un beau géant, que son p^e salua du nom de Garr gantua, «d'un verbe grec qw vaut autant à dire :
Tu as un beau fils.» L'anteur se plaît i ces étjmologjes fantastiques, qui '' rappellent (telles qu'on trouve çà et là dans les tradactioni de la Bible.
Quand il fut &gé de sept ans, on song^ à le conduire en Angleterre, et l'on se mit «d marche sur la jument. Gargantua armé d'une houesine, ouvre la marche. On se rend à Rome et de là <« passe en Allemagne, puis en Suisse, en Lwraine et dans la grande Champagne, où la jument fait un exploit qui se trouve dans le Gargatiiua presque mot pour nlot: Le lieu de ia scène seul est cha^.
En courant après la juiaent, Gargantua se blessa à l'œO et au pied ; il se trouva &tigaé et s^assoupit. Il dorihit deux motsi Ia terts s'affaissa de soixante coudées sous son corps ; dei brebis pasgèrent un jour sur lui ; dans son sommeil , il les prit pour des insectes parasites et en écrasa un certain nombre du doigt Le berger orut qu'il j avait là on loup et courut pour sauver le reste de son troupeau, le géant donnait la bMiche ouverte, le berger en courant tomba dans.. ce prédpiœ bé*
LBS. CHBOHBICBS OABOAHTVniES^ 197
sfit et se crqt perdu, mais il trouva un asile entre les dents do géant et plus tard sortit s&in et lauf de cet abîme. Cette aTentore reparaîtra am-, plifiée dans Pantagmeh
Arrivés sur les limites de lit Normandie et de h. Petite^^Bretagne, au bord de la mert les voyageurs demandèrent le chemin pour aller en Grande-Bretagne, on leur dit qu'il fallait traverser la Manche, ils s'arrêtèrent alors pour délibérer. Qargantua et GallemeUe avaient, pour montrer leur force, détaché des Alpes deux énormes rochers, qu'ils manœuvraient sans peine. Its les déposèrent un moment, et déchargèrrat aussi la jument d'une partie des vivres qu'elle portait. Les Bretons du voisinage se glissèrent derrière les rochers, et trouvant les provisions de bonne prise, ils dévalisèrent sans bruit DOS géants. Grandgousier s'en aperçut, il ^tra dans une furieuse colère et menaça de manger toutes les vaches du pajs et de tarijr ainsi la source da beurre de Bre^ne. Les habitants effrayés demandèrmt pardon et offrirent deux mille de leurs vaches en dédommagement Le pardon fut accordé, mais pour ôter aux Bretons les moyens de se glisser inaperçus dans le camp, Grandgousier et Gallemelle jetèrent leurs rochers dans la mer. Ils y sont encore. L'un est[ le mont St-Micbel-en-mer où l'on va à pied pendant les grandes marées. On a bâti dessus un ch&teau fort, une église, un monastère longtemps floriasafttj qui a été remplacé depuis le commencement de ce siècle par un pénitencier. Il y a un hameau de péchears au pied du rocher. Le bloc porté par GallemeUe était plus petit, elle le jeta à quelque distance du mont St-Michel, c'est
ulVjottret^hui^' ]« mont'Toàibelaiiiev ^quia 'été ai^fisL 4md fbrtét-)eiS6e pendank. le • mojôA â^e. Cette expUi^tîtioH ' des isuTiofités nataîèlljes par les > ayôntuxes de personnages fantastiques' repartit' souvent dans 'G-ai^gâi^tUa' et* dans 4é i^reanler livre àia Pantagruel. "Virgile, du rèst^v en »fdurriit"de' nombreux exemple dnne VEfiéide:- ' "• *• •• i !i^-' .■• ■'■
' »Lâ. sbuffiis8i'(m «drfs Br'étônb nie sif fit pas- à Grand- ^ti^ièr, il lui prit laiitàisie >4'aHet àRcDaes, et de -prèidre la: grosse horloge de la î ville pour la sas- "pfendrei à r^reille de ^soti fllBi Gatigainttta^'^u^il' craîi'- •giia*l de pèrSre èans> -les- Marais qui Bout entre St- ^Ifichèlet Doî.'Ce jotfjôu'âmu&a bôatKîéttp Gargantua, rouis les BneftonSHlésolés. d'être privée dfe leur trésor/ vinrent lis réclamer avec • tant d?instanee 4ue*Graiidgeusier le leur rendit.' Cc' fat» un des jdérqpfei^s actes de sa vie. Les d«ux' épotix eurent ^i/6h«ud que la fièvre les prit et ils moururent faute de' raïralcbissêments intérieurs.
iiGargautua est au désespoir; il se console pourtaitti peu à peu> iU va à Paris,- • et c'est alors qu'il M arrive, cette avientàré des cloches que nous retpôuverons détaillée diansiS^ttrijfÉtiii^wa- ''En retirant dé sa poche les cloches qu'il y avait serrées, ï^ en lit to)»bér un pauvre diable ' d^Auvergnat -^ les 'Gfiromques'admirahleè disent un Htot-Normand — que le géant * avait raiâasBé un jb^ur^ dans la pensée de le mange* plus tard. Ce personnage devint tailleur dans le premier fonïaB, 'imprimeur daûs le sfe- •oond. Ce détail reparaîtra- p(*rfeetioiiné dans Qar- ^an^wa, sous la. forme de pèlerins mangés pêle-mêle îavec des; feuîllesi de laitue.
Gargantua retoûme au bord de la mer, ^t là il Ten-
ccttiIreMbi^ebanU: qui lui apprend qtie GraMgOusm a été ^wteMé' sous «le mont-St-Michel, et Ga^ lemeKe sons- to. mont Tombelaine. — Est-ce ■ vous' ^ airez: àoni'Merlh)?' demande i le géant. DdMce cas, je 'attis^biite tous; prenez 'pitié du pantré- <^hèlin. Merlin lui ^dît- qu'ail faut aller en Angle-. terre, mais la jutnétit (^"effraie à la vue des vaguéë' de la ihalfée ' nKatante et s'étifuit en renâclant. <LàissftJa icotirir, tu la retrouveras en Flandre, lùi- ^ Metiiti* Cîesi d^elle qtie naîtront les ))enes juments^^ de Ftettdre> -^ Et tes» bon« chevaux' bretons, ajouteftt^ les Chivmiqiies a\imiraMes.; Ce dernier livre feît ensuite, voyager Gargantua à Angers, où il <$3mbat' ikmt^é un gétot quUl tntnsfortnei en rocher à éeho; les Grandes Chroniques le font partir immédiatement ; pour -rAugletetrè- sur'iine nuée, que" Mt'paraM;re Merlin.
B .était temps* pour eux d-arrîver.' Le roi Artus venait dé pef-dre deux grandes batailles contre les Gôts et lés Magots ^t il se trouvait dans le plus grand embarras, car ces Magots étaient de terrible^ giens. Il en avait fiiit un prisonnier' et il tremblait rien qu-à lé voir. Avjerti par Merlin, Artus vient au devant de Gargantua, qui se met à son service.- Il hii parlé de Étfà fameux Magot. — Gargantua se le fait-amener. -^ ¥oulez-vous qu'il ne vous fasse plus trembler ? dit-il au toi. — Faites ce que vous vouftpeZj répond Ai^tus.; Le géatit saisit le prisoÈnier par lé collet et lé jeta en l-air si haut, si haut qtfon le* perdît de vne. Quand il retomba, il était aussi froissé qtfe si la grosse Tour, du Louvre fût toïùbée sur lui.
' Merlin &brîqua à Gargantua: une massue -- pelle
160 <SUJBXa DITKHSES DB XABIUU.
dont parle Ronsard — ai grosse qu'il taXiai Va, ter sur uns charrette, dit uns des CbrHÛi]aes, aor un Dayire, dit l'autre. Gargantua jura alors de ne boire Di manger qu'il n'eât eztermblé tiHit ce qu'il 7 avait de Gots et de Magots- Il tiat parole, il se jeta au milieu de l'armée, jouant de la masBue à droite et à gauche, si bien que l'armée d'Ârtus w nue pour l'appuyer, n'eut à. âùre que le pillage.
11 j eut à la suite de cette victoire de grandea réjouissances i Londres et des fenx de joie par tont le loyanme. Le rù offrit alors à son sauveur un repas
~ du genre de ceux qui figurent plus d'une fois dias Gargantua. On servit pour «ntréea les jambons de
^ cinq cents pourceaux salés, saos les aadouillea at boulins ; il j avait <daDS le potage» la dbair de trois cents lièvres ; on servit quatre cents pains pesant, chacun, cinquante livres et deux (mcea, et 1» «Àiair de deux cents baeu& gras ; il y avait aussi quatre «puissants hommss> qui à choque morceau que mangeait Gargantua, lui jetaient, duoun, une gruitiU <pellée de moutarde an la goi^e.* On lui servit pour dessert one tonne de pommes cuites, et il but six pipes de cidre et sept à huit tonneaux de godaiUe igood aie).
Le roi £ût faire à Gu^antua un bâillement complet, diemise comprise — ces détails se retrouveront dans le roman définitif: — pour lachemise 802 aunes '/■ de toile ; pour le pourpoint, 105 aunes '/• de satin carmoisi et jaune; phu 32 aunea et un demi quart pour la bordure, 200 aunes et '/* d'6carlate pour les chausses, etc., etc. Ces mesures sont encore amplifiées dans les Chroniques Admira/blej; ainsi pour le pouipoiat, il y a 700 aunes de
LES CHRONIQUES GAEGANTÛINES. 161
satin jaune et bleu, 437 aunes V* de satin moitié yert, moitié bleu, etc., etc.
Gargantua fut fier comme un paon qui fait la rou0 quand il se vit dans ce costume; il mit ses deux mains dans ses poches, et se dressant sur ses jambes ; «11 fait bon, dit-il, suivre le conseil d'un prudent et sage homme, tel que Merlin», et Merlin ayant paru sur ces entrefaites, il s'avance vers lui et lui dit qu'il est au comble de la joie et que jamais homme au monde n'a été aussi heureux que lui.
Cependant il n'avait pas de gibecière et il en voulait une. Il imagina de la demander en peau de loup, il fallut bien le satisfaire. On se mit à faire la chasse aux loups et tout alla si bien qu'en trois jours et trois nuits, on recueillit assez de peaux de loups pour doubler la gibecière ; mais depuis lors on n'a plus revu de loups dans le pays, excepté aux jambes des habitants, sous forme d'ulcères.
Le roi Artus eut bientôt une nouvelle guerre à soutenir contre les Hollandais et les Irlandais, qui refusaient d'acquitter le tribut auquel ils avaient été soumis. Il fallait traverser la mer. Merlin fait entrer Gargantua et l'armée dans une nuée; une heure après, tout le monde est en Irlande. Gargantua s'approche de la ville deRebrotsin ou Reborsin — vous la chercheriez en vain sur la carte — et fait prévenir le roi .qu'il l'attend avec son armée. Le roi sort avec cinq cents hommes; le géant remplit ses poches de prisonniers, et pendant que l'armée se sauve, il va retrouver ses gens avec son butin. Les prisonniers s'élevaient à huit cent neuf, plus un qui s'était trouvé étoufifé. Une
162 ŒUYRES ÛIVBRSEB DE BikBELÀlS.
trêve fut conclue, la ville paya sa rançon en harengs frais et en sardines salées, Gargantua d6« jeûna d*une partie, puis s'endormit.
On résolut de le tuer pendant son sommeil, mails les Irlandais, au nombre de 217, ^u'on avait envoyés pour le surprendre, tombèrent dans sa bouche, qui était ouverte. A son réveil il eut soif et alla boire à la rivière voisine, qu'il mit à sec, et de plus il avala sans s^en apercevoir un bateau chargé de poudre. Il se sentit quelque peu indisposé; les médiècins que Ton appela, jugèrent qu'il fallait explorer l'intérieur du corps et l'on y descendit avec une torche — nous retrouverons ce détail au chapitrfe XXXIII de Pantagruel — on y remarqua force planches, dont on jugea imposisible de déban^assër le malade autrement qu'en y mettant le feu. Oii lui jeta alors dans la bouche une charretée d'Ultimettes enflammées et on Rengagea à fermer la bouche. On l'avait placé de manière à ce qu'il tournât le dos à la ville, une expleMsion eut lieu; une notable partie de la ville fut endommagée, mais Gargantua se trouva parfaitement guéri. Dans une dernière bataille, Gargantua tua pour sa part 100,210 hommes, sans compter les vingt qui M-
lient les morts sous les autres. Le roi et le& barons furent faits prisonniers; les barons furent logés dans une dent que Gargantua s'était creusée jadis en rongeait des pierres. Quant au roi, il fut mis dans un dés compartiments de la gibecière» et c'est ainsi lesté, que le géant alla trouver Je roi Artus.
Tout n'était pas fini cependant. On vit apparaître dans le pays un géant qui se porta défenseur des Gots et des Magots. Gargantua le rencontra
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LCS CHRONIQUES GABaiNÏUlNËd. 169
à dnq lieues de Londres au moment où il venait de détruire une boirrgade. Il s'élança sur GargantttJft. <3elui-ci l'évita, heureusement pour lui, mal* \
hcureuseitteiit p<mr un chêne, (jui en fut renversé. Gargantua Muta sur te géant et )Ui plia tes reins «en ht fotïne et manière que Ton plierait une douzaine d'aiguillettes», le mit en sa gibecière, et le tK)ita à la cour du roi Artus. Le bon Gargantua demeura à cette isôto deux ûents ans trois mois et quatre jours, puis il fut ravi au pays des «faées».
G^est aiàsi que ise terminait la première édition. Nous avons déjà dit que dans une édition postéiieure qui $e fiusait au moment où Fmtagrud était abus "preâse, l'auteur renvoie à cet ouvrage pour la suite des aventures arrivées à Gargantua.
Cet opUBCtfle est nne ébauche, écrite au courant de la plume, dailB aucune sorte de prétention ; mais <m y reconnaît partout le genre d'imagination, les eicagérations et les plaisanteries particulières à Rabelais. Le géant Gargantua que nous voyons agir léf est bien le même grand enfant que nous allons retrouver dans l'ouvrage, quand il agit en qualité du géant, — avec cette différence pourtant qu'ici c'est toujours le grand enfant qui est en scène, tandis que dans l'ouTrage 'définitif;, il n'a ce taractère que par motnents «t précisément dans des circonstances empruntées aux Chroniques, ou qui ne sont que le déYeloppement de celles qu'on y rencontre. Ces chapitres sont généralement les . moins bons de l'oôuvre définitive, mais ils avaient ph au public et lenteur ne voulut pas y renoncer.
164 QBUYBES DIYEBSES DE RABELAIS.
Cette première Chronique est restée populaire, comme nous l'avons dit; on n'a pas cessé de la réimprimer, avec des gravures sur bois, plus que naïves ; nous en avons sous les jeux une édition «corrigée et mise en plus beau français que les précédentes>, imprimée à' Montbelliard, chez Henri Barbier, sans date, mais qui doit être de 1872. Les événements sont les mômes, à cela près qu'on a élagué de l'édition populaire une foule d'incongruités qui figurent dans le texte du XVP siècle. Elle n^a que 29 pages d'impression in 12.
Les Chroniques admirables figurent aussi sur les étaux populaires à côté des Grandes Chroniques^ sous le nom de Vie de Gargantua^ que leur donne déjà une édition du XVP siècle; cependant on les rencontre moins fréquemment que les premières.
Les événements sont les mêmes et le plus souvent le récit est textuel. Certaines parties cependant paraissent avoir été récrites et le nouveau rédacteur, s'il n'est ni Normand ni Parisien est tout au moins fort expert sur la topographie du «pays de sapience> et des environs de Paris. Les mesures, déjà fort exagérées,^ de l'original reparaissent ici doublées et même triplées. Nous en avons cité quelques exemples. Plusieurs aventures ont reçu des développements, d'autres ont été ajoutées. Il y a trois chapitres copiés à peu près textuellement de Pantagruel^ puis toute une série de faits d'armes où nous voyons figurer un nouveau géant, Galimassue, avec lequel Gfargantua se mesure.
Les trois chapitres extraits de Pantagruel sont assez mal amenés entre l'arrivée de Gargantua en
Utà CHBONIQCES OAHaASTUIIIES. 165
Angleterre et sagnmde guerre contre les Hollan- (tais et Irlandais, Le récit de cette guerre est suin de quelques aventures où l'auteur cherche à â|xe plaisant sans réussir. Il y a entre autres l'extraction d'une dent de Gargantua, pour laquelle il fout employer un cable de quatre ou cinq cents toises de long, gros à l'avenant, et attelé de quatre ou cinq cents chevaux légers. Tout cela est exposé en fort mauvais style. La diction devient brusquement meilleure quand l'auteur nous raconte l'histoire du géant Gallimaasue, suscité par le nain Oberon pour combattre Gargantua, mais ce style n'a rien de commun avec celui de Rabelais ; il rappelle celui des romans de chevalerie du XV' siècle pour le ton général de la narration, bien que ta phrase soit du XVI'. Ce petit livre est évidemment une compilation des Grandes Chroniques , de Pantagruel auquel l'auteur &it des emprunts et des allusions, et d'une chronique chevaleresqne oubliée, reliés ensemble par quelques chapitres et aventures insipides. Tout, dans cette compilation, dénonce un plagiaire qui a voulu exploiter à son profit le double succès de Babelais.
M. Pau! Lacroix, qui a publié en 1872 ' une édition de cette seconde Chronique, soutient que l'ouvrage est de Rabelais lui-même. Mais M. Paul Lacroix n'est pas heureux dans ses trouvailles de ce genre. Il nous a donné sons les noms de Molière ^ et de La Fontaine ' des ouvrages dont le Contemplateur ni
* Lîbrwrie des Bibliophiles, petit in 8*. - 'La Jeunesse
de Molière, suivie du ballet des Ineompatibleg, pièce en vers inédite de Molière. Bruxelles, 1656, petit in 8", - * Œuvres inédites de Jean de La Fontairu, 1863, ttt 6*. Hacbette. -
CSUYBES DIYSBSES SE KÀB^LJUS.
le BoQhoQime nfi se sont rendus^ coupal^les. Ses ]^itendues tsouvaiUes d'œuvres inéâitesi de R£|belais x^^ 9ont Bfts 4^ ^^Ue^r aloî.
xxvin.
Cette observatioii s'applique surtoi^t ^ Disciple <2e Pantagruel S public par lui en 1875. L'éditew prétend que cet ouvrage est Tébauche de Pcmtagrml^ comme les Granc^^ Chrmigtties Si^pt Tét^i^uche de Qarganéua. Son f^r^uvAeatation est, curieuse. Qwh ques pages du Disoipk oqt P^ssé da^s am^ maur vaise copie du V livre 4^ roman; donc ^bêlais, qui est Tauteur du V livre, est aussi Ffiuteur de ces pages et pegr conséquent 4n Jiisci^. Voilà le premier argument; voici }q second,: Ilff^gtenan^ q^Q Pauthenticité du Disciple e$t prouvée, on pe p^t douter que Babelî^is oe aoit l'wtSW du, ¥• livre, puisqu'il a inséré dftQs ç^ livre 4es morceau^ qjn'il avait déjà placés da;p^ le IHscip^e. On ne peut ijaieqx raisonner, et nous i^ecom^iandons cftt argument au^ futurs auteurs de Logiques c|t d^ Bhétoriques. oomnote un des plu3 joli§ exemplejs qi^'on pw^sç 470\ivoi:^ 4n cercle vicieux.
Quant à l-ouivrage c^ lui-mén^e, il ^^t a|}$^elument impossible qi^'il soit de Babelais. Ce n-est ni son esprit ni g^n ijtyle. To^t le livre; du couynwceme^t à la fin, se compose d'une liste d'^x^géfatipAs tou^ jours le? même^ Ces çxagérajioij^ peuvent amuser ^ la première p^^ge, mais exiles 90|it insipides à la se^conde, insupportables à la troisième. Or il y a quatre-vingts pages sur te ip0me ton. Si quelques pas-
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