‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 44 sur 104 · LE PLAN DE POKOGRATES · texte numérisé non relu

LE PLAN DE POKOGRATES

Ces jours'là, comme on avait dépensé moins d'activité physique, on mangeait plus sobrement au souper, et des viandes de plus facile digestion.

C'est ainsi que se passaient les journées de Gargantua. Ce régime sembla un peu difficile au comnaencement, nous dit l'auteur ; par la suite, il devint tant doiix, léger et délectable que « mieux ressemblait un passe-temps de roy que l'estude d'un escolier. »

Toutefois Ponocrates, pour reposer son élève de cette véhémente tension d'esprit, choisissait, une fois par mois, une journée belle et sereine ; on sortait dès le matin de la ville, et l'on se rendait à Gentilly, à Boulogne, à Montrouge, à Charenton, à Vanvres ou à St-Cloud, et là on passait la journée à s'amuser, tt raillans, gaudissans, beuvans d'autant, jouans, chantans, dansans, se roulans dans quelque pré, dénichans des passereaux, prenans des cailles, peschans aux grenouilles ou aux écrevisses. »

Mais encore que cette journée fût passée sans livres et lectures, elle n'était point passée sans profit. On se récitait par cœur quelques passages latins et grecs de Virgile et d'Hésiode, ou les vers plus modernes de Politien sur l'agriculture; on faisait des épigrammes latines qu'on mettait en français sous forme de rondeaux et de ballades ; on faisait de petites expériences de physique, etc., etc.

Le programme des études de Gargantua parait fort chargé au premier abbrd, il l'est moins qu'il n'en a Tair. Remarquez qu'il n'y a par jour que huit heures d'études régulières. Il n'est pas d'établissement

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ni de pays qui n'en impose davantage. Dame les lycées de France, huit heures sont coasacrées aux leçons et aux préparations; dans les gymnases allemands et russes, il y a cinq leçons consécutives, et c'est bien le moins de supposer trois heures de tsavEil pour s'assimiler ces cinq leçons. Mais fiabelaîs trouve en outre le moyen de consacrer cinq heures au moins aux ^cerdces physiques, tout en laissant quatre heures pour les repas et les récréations utiles. L'avantage de ce programme, c'est qu'il ki'y a pas an moment de perdu, c'est que les dix-sept lieures de vie journalière sont complètement mises à profit pour l'étude, «pour les exercices physiques, pour les amasements, et qu'il n'y a pas de place pour l'oîfiiveté. Quand l'esprit est moins actif pour le travail intellectuel, c'est le corps qu'on exerce ; quand ie eoi^s en a assez, on. revient à l'esprit; les repas servesut d'entr'actes entre les divers exercices, et, quand o^ est fatigué des uns et des autres^ on dort. Toute cette vie est arrangée et distribuée de la façon la plus rationnelle.

Mais pour que le temps puisse être utilisé de cette façon, il faut que l'étude soit agréabla Avec le système de Ponocrates, elle ne peut pas ne pas l'être. Si dans les cas ordinaires, l'étude est pénible, c'est la faute de la méthode ou la faute du maltre,--de la me* thode qui ferme les yeux pour ne pas voir les aptitudes et les tendances de l'epfance, du maître qui ne sait pas y adapter son enseignement, par manque de flexibilité d'esprit, ou le plus souvent parce qu'il n'est pas assez pénétré de la science qu'il enseigne.

En réduisant l'étude à huit heures par jour, Rabelais croyait probablement faire une notable con^

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