‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 52 sur 104 · LES PÉLEBINS MANGÉS £N SALADE · texte numérisé non relu

LES PÉLEBINS MANGÉS £N SALADE

cootes, il intercale, entre les feuillets où il nous raconte les Contemplations du chat Murr, ceux, qui nous initient aux Tribulations du maître de chapelle Kresler; mais là chaque histoire interrompue se trouve reprise juste à point, ou à peu près, quelques pages plus loin; chez Rabelais les pages sérieu« ses ou purement comiques et les pages folles et bouffonnes, se suivent sans que les personnages changent de nom, bien qu'ils changent d'allures, de formes et surtout de dimensions.

Les pèlerins échappèrent donc cette fois ; nous les retrouverons tout à l'heure. L'un d'eux, qui s'appelait Las- d'aller, entreprit de leur prouver que tout ce qui leur était arrivé avait été prédit.

Cutn exurgerent homines in nos, forse déglutissent nos [quand les hommes se levaient contre nous, ils nous eussent peut-être avalés], indique clairement ce qui nous est arrivé cqnand nous fusmes mangés en salade au grainde sel.> — Cum irtisceretur furor eorum in nos, forsitan a,qua àbsorhuisset nos [quand leur rage s'enflammait contre nous, peut-être l'eau nous aurait engloutis], se rapporte a ce qui arriva «quand il but le grand traict.» — Torren- Um pertransivit anima nostra [notre ame a passé le torrent], «quand nous passasmesla grande boire.»— Anima nosira, sicut passer, erepta est de ïaqueo ver^ntium [notre âme, comme le passereau, a été arrachée au lacs des chasseurs], «quand nous tombasmes en la trappe [de son gosier où nous allions disparaître]. — La^ueus contritus est [le lacs a été brisé par Fourmilier] et nos liberati sumus [et nous avons été délivrés]. •

Rabelais a voulu se moquer de la manie de trouver da;us les textes de la Bible des prédictions ou des rapprochements entre des choses qui n'ont aucun rapport. De plus, comme ce sont des pèlerins, il parodie dans la tournure de leurs phrases le vieux

262 GAKChAHTUA. — II. LÀ etJÊRBE.

cafûtiique des Pèlerins de St-Jacques, dont chaque couplet comMéiice par : Quand.

Quand nous fûm's sur le pont qui tremble . . . Quand nous fûmes au port de Blaye ....

Quaâd nous fûmes dedans les Landes . . .

Quand nous fûmes dedans l'Espagne,

Nous fûmes joyeux, De voir sortir de ces montagnes

Sî grande odeur, De Toir le romain fleurir,

Thym et lavande; Nous rentUm's grâce à Jésus-Christ

£t lui chantâm's louange

Ce cantique e&t évidemment antérietn' à Rabelais. Les rimes féminines ne sont pas consoiitian-' tes,« mais simplement assenantes (lavaBde, louange); IV final ne sonne pas (odeur, finir); les syllabes muettes sont ou ne sont pas comptées, suivant lés besoin» de la mesure, etc.

XVIÏ.

A table, Grandgouder raconte à son fils la cause de la guerre et vient à parler dû moinief Jea'à' des Eiltomïïieures, qui avait si bien défendu son abbàyê ; on le fait venir. Un guerrier se fût présenté avec son épée, il arriva avec son manche de croix. Oh l'embrasse, on lui fait thille amitiés. -^ Une escabelle ici ! dit Gargantua ; asseyez-voufe près de moi. — Volontiers, dit Jean, puisque vous lé commandez; mais il refusa' d'ôter son froc. — Mèn âmî, dit-il à Gymnaste, qui voulait le lui entever, laissëz^e môî, je n'en bois que mieux; si je le laislse, je ù'aurai nul appétit. J'avais soupe, maiis Jô ne mangét^àî pas moins pour cela; j'ai un estomac pavé, crèut

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