GARGANTUA. — III. L'ABBAYE DE THÉLÈMK
mais ne farent vues dames tant propres, tant mignonnes, moins faschenses, pins doctes à la main, à raignille, à tont acte molièbre [féminin] honnête, et libère, qae Ik estoient.
Par cette raison , quand le temps venu estoit qae anenn de iceile abbaye> on à la requeste de ses parents ou pour autres causes, voulust issir [sortir] hors, avec soy il emmenoit une des dames, celle laquelle Ta voit pris pour son dévot [dévoué]; et estoient ensemble mariés. Et si bien avoient vescu à Thélème en dévotion [dévouement] et amitié , encore mienlx la continuaient-ilz en mariage , et autant s'entreaimoientrils à la fin de leurs jours comme le premier de leurs nopces.
L abbaye de Thélème n'a rien de commun avec rutopie de Thomas More. Rabelais avait lu évidemment le livre où le chancelier d'Angleterre trace le tableau de sa république, puisqu'il lui emprunte deux dénominations qui vont figurer dans Pantagruel: le pays d'Utopie et la ville des Amaurotes. L'ouvrage avait déjà seize ans de date quand parut Gargantua» Mais Rabelais ne lui a rien emprunté en décrivant son abbaye, idéale. Thélème n'a rien • de commun non plus — pour Kdée du moins, avec la Cité du Soleil, de Gampanella, ni avec le Phalanstère, de Fourier. Dans la Cité du moine napolitain, le travail est obligatoire; quiconque ne travaille pas est banni. Dans l'Utopie , chacun doit fournir aussi une certaine quantité de travail productif. Dans le Phalanstère, tout le monde travaille, sans contrainte, il est vrai, mais parce que le travail est attrayant, parce qu'il est devenu un plaisir. Ces cités idéales se suffisent à elles-mêmes. Elles consomment, mais elles produisent. Le luxe dans le Pha-