‹ Rabelais et ses œvresChapitre 103 sur 134 · MOTS * MULTIFORMES · texte numérisé non relu

MOTS * MULTIFORMES

xxxvin.

Les mots au XVP siècle n'ont pas cette forme arrêtée et immuable qu'ils ont prise depuis l'époque de Louis XIV. Ainsi l'on trouve souvent chez Rabelais, comme chez ses contemporains, le même mot sous des formes variées. Cette liberté du choix entre des mots analogues existait encore au commencement du XYII'' siècle. Il faut consulter sur ce point les Remarqt/^es de Vaugelas, mais surtout les Observations de Ménage. Le précepteur dp M"* de Sevigné et de M™ de La Fayette discute lonfeuement pour savoir s'il faut dire : adversaire ou aversaire, agneau ou anneau, aiguille ou aiguUe ; aumelette ou omelette; aragne, aragnée, arignée ou areignée ; arsenal , arsénac ; balayer , baliér ; boi*" ray, beuvray; cette fanme, ste femme; chose et chouse ; armoire ou ormoire ; guitare ou guiteme ; hirondelle ou arondelle ; nettoyer, netter ; pons, ponnu, pondu ; promener, proumener, pourmener. Maintenant le triage est &it. C'est à peine s^il nous reste quelques mots comme souvenir de cette époque d'antique liberté : le roc, la roche, le rocher ; la nue, la nuée, le nuage, etc.

L'invention des accents date du XVP siècle, mais ils ne deviennent d'un emploi fréquent qu'au XVII* et même au XVÏII* ; au XVI' siècle, on mettait généralement une s muette au commencement et au milieu des mots là où nous mettons maintenant un accent : escrire,' tempeste. On ajoutait souvent un g aux nasales pour indiquer la nasalité : ung pour un. Ce g bien entendu ne se prononçait pas pitis qu'il ne se prononce dans Péking, Nanking, Hoang-ho, etc.

Page 1