‹ Rabelais et ses œvresChapitre 102 sur 134 · AC XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

AC XVI* SIÈCLE

Ou s'habitue depuis trois quarts de siècle à prononcer toutes les lettres écrites, mais il était loin d'en être ainsi au siècle dernier. Ceux à qui il est arrivé de causer avec des personnes parvenues à l'âge d'homme avant 1789 ont pu s'assurer du fait

Citons quelques exemples au hasard : neufs (nouveaux) se prononçait weM5, des souliers we«5 ; expo-, ser, esposer ; chasseur, chasseux ; le roi se prononçait le roué en une syllabe ; royal, ro-ial ; on disait il aime, et \s (ils) aiment, etc.

A défaut de témoignages vivants de cette prononciation, on peut consulter, soit les Grammaires et autres lîvi*es qui l'indiquent, soit les poètes qui font rimer entre eux des mots qui ne riment plus pour nous.

Ainsi Quicherat dans son Traité de la versification française, nous montre qu'autrefois — antérieurement au dix-septième siècle, il est vrai —serfs rimait avec revers ; Juifs avec je fuis et avec ennuis ; je vis avec vifs ; neufs avec cheveux ; Egypte B,vecpetite^ David avec fini ; les coqs .avec les échos, etc.

Dans un sonnet de Joachîm du Bellay publié en 1558, nous trouvons les mots suivants placés à la rime : Grecs, regrets, sacrez, secrets, qui nous montrent à la fois le c muet dans grec, et Tè grave ne différant pas de Vé aigu.

Nous n'avons plus qu'un petit nombre de consonnes à peu près constamment muettes â la fin des mots : Si t, X, z : je croîs, il croif , la croio;, le ne^.

D'autres se prononcent ou ne se prononcent pas suivant l'occasion : le troc et l'estomac ; Dsmd et le nid, la def et la nef; le grog et le ran^r ; subtiï et le chenil ; le cajp et le champ ; le fer et te berger.

La règle générale est aujourd'hui de prononcer la n 2S

434 LA PBONOKCIATION £T L'OBTHOaBAPHE.

finale ; on dit envers-z-éUe et non enver elle ; le respee et non le respè; seulement, ce qui est aujourd'hui la règle, était autrefois Texception.

Mais à répoque même où .l'on ne reconnaissait de règles d'orthographe que la prononciation, pourquoi écrivait-on ces consonnes, qui devaient rester muettes ? C'est qu'elles n'étaient pas muettes complètement, elles étaient seulement dormantes, elles reparaissaient dans les dérivés ; on les prononçait même quelquefois, lorsque le mot suivant commençait par une voyelle, par exemple on prononçait : cJieva^ ma, ruissèyfnartè, etc. ; mais on disait : un chevaZ entier ; le mai! aux yeux, le ruisse^ au moulin, avoir marteZ en tête, etc.

Aujourdliui l final se prononce , quelques mots en U font presque seuls exception: chenil, feniZ,fusi{, outi!, etc. ; r final se prononce, excepté dans les mots en cher^ ger, ller^ ier^ yer et les infinitifs de la première conjugaison. Autrefois ces lettres ne se prononçaient presque jamais.

Nombre d'auteurs, — M. Brachet entre autres, — nous disent que r final sonnait au seizième siècle et au commencement du dix-septième dans les verbes de la première coi^ugaison en er, comme dans ceux de la seconde en ir. C'est une erreur. Vr ne se prononçait alors ni dans les verbes de la première ni dans ceux de la seconde conjugaison.

On allègue les rimes hiver, mer, atr, clair^ qu'on voit figurer dans les vers suivants:

Les oiseaux estonrdis les entendant hurler

Quittèrent aussi tost les campagnes de l'air. Bélleau.

FINALES m «L», ES «EE». ET EN «IR». 485

Qaè iâans Fadr les oyseaax, les poissons dans la mer 8e plaignent doucement du mal qui vient d'aimer.

Eégnier,

On Qîte des eis^emples da dix-septième siècle, de $[olière qni (ait timer afracher avec chair^ de Ba- Cine qui fait rimer marcher avec cher. On aurait pu ajouter à ces rimes les vers connus de Corneille:

- , . Ahr ruses de l'ew^cr /

Faut^il twt de fois vaincre avant de ^mmp^er ?

Corneille abo&de en rimes de ce genre, qu'au siècle aùiyant on appelait rimes normandes.

It est épdent que ces rimes ne sont légitimes que M: iér, à'ofracîïer, et aiV, de chair^ ont le même son; maia il s'agit de isatoir quel était ce son, si Ton prononçait àrracfamV ayec r sonore et è ouvert, où «;%e avec r muet et é fermé.

Npu9 ayons sur la pr^onciation de Paris au XV? siècle un jitssez curieux document. Ce sont deux éplttes etttre un jeune bourgeois qui veut parler le langage de la cour et une jeûne marchande dont il est ^ris/Les djeux correspondants écrivent comme ils; prononcent; ils remplacent IV par 0^ etc. On lit dans cette coriresponda&cè :

. i3e} vou Fay bien vouln ecrize • = Afin ée pallé derptu loing.

Pensé que j'avoy bien beroing De deyéni si amouzeu.

PàlU remplacé ici Tinfinitif j^aHer ; devmi remplace devenir; donc IV ne sonnait pas à cette époque Aaw les infinitif « en langage courtisan» . Ces épttries sont impriméeis dans les œuvres de Marot, mais on prétend qu^elles ne sont pas de lui.

Cette prononciation s'est conservée pendant une

436 LÀ PKONONCIATION BT L'OBTHOaBAPHE.

partie du XVIP et même du XVIIP siècle. Les témoignages abondent et il a fallu une grande prévention pour ne pas les voir. Que l'on ouvre par exemple les Bemarques de Vaugelas, un livre classique en fait de grammaire et de langue, on trouvera, à Farticlç H aspirée ou consonne^ (t. I, p. 197, éd. de 1690) que r ne se prononce point aux infinitifs, et que aller^ courir se prononcent comme si Ton écrivait àllé^ court, Thomas Corneille cite à ce propos Chapelain, qui est de Tavis de Vaugelas pour les deux premières conjugaisons, mais qui déclare que IV doit se prononcer dans les verbes en oir: recevoir et non recevoi. Ménage , dans ses Observations sur la langue frcmçaise, chap. CXI, dit exactement la même chose. Bégnier Desmarais aussi, dans son jTraî^^ (2e 7a Crrammaire française^ 1707. On voit que non seulement attacher ne se prononçait par attachaire^ mais que mourir se prononçait mouri. Dans VArt de Uen parler français , œuvre d'un réfugié. De la Touche, qui écrivait pour les étrangers, on trouve:

La consonne r se prononce à la fin des mots excepté 1^) à l'infinitif de la première et de la seconde conjugaison. Exemples : parler, finir ; parlée fini, eta ^

A défaut de ces autorités nous aurions pu invoquer les chants populaires. La Chanson de Malbroug^ quelle qu'en soit lorigine, reproduit fidèlement le rhythme et la disposition de nos vieilles chansons de geste en alexandrins à tirades monorimes. Les nmeè ne sont pas riches dans ces compositions, mais elles sont assonantes et indiquent la

^ Edition de 1710, p. 27. La première édition de ce livre est de 1696, la sixième de 1760.

FINALES EN «Lv, EN «ER» ET EN <IR». 437

prononciation de la voyelle. Or nous y voyons partout les infinitifs en er rimant avec d'autres mots en é fermé.

Madame à sa tour monte si haut qu'elF put monter; EIP yoit venir son page tout de noir habillé. -* Beau page, mon beau page, quel nouvel apportez ? — Aux nouvels que j'apporte vos beaux yeux vont pleurer. Monsieur Malbroug est mort, est mort et enterré, etc.

Même remarque pour la chanson qui se trouve dans le Misanthrope^ et qui remonte au moins à Henri IV :

Si le roi n'avait donné

Paris sa grand ville.

Et qu'il me voulût tier

L'amour dé ma mie, etc.

Pour les infinitifs de la seconde conjugaison nous pouvons invoquer une chanson populaire non moins connue, et qui date au moins du XYP siècle:

^^ Il monta sur un arbre

Pour voir son chien courir,

Carabt.

Mais v'ia qu' la branche casse Et Guilleri tombi^....

Compère Guilleri, Te lairras-tu mourir ?

Il ne saurait donc pas y avoir de doute pour les infinitifs en er et en ir. Beste maintenant à prouver que chair^ se prononçait ché^ enfer, enfé^ Jupiter, Jupité. Nous pourrions citer également en preuve des chansons populaires, mais nous avons un texte irrécusable. Dans la Nouvelle Méthode pour apprendre la langue latine^ de Port-Royal, aux Règles de la poésie française qui y sont annexées, art. m

438 LA PRONONCIATION ET l'OBTEOGEAPHE.

(p'. 884 de rédition de 1654), Lancelot après avoir cité ces deux vers de Ronsard :

Sers-moy de phare et garde d'iabismer Ma nef qui flotte en si profonde mer, •

dit que cette rime doit être réprouvée, aussi bien que celle de philosopher avec enfer dont Malherbe s'est rendu coupable , et d'autres rimes semblables qui se trouvent souvent chez des poètes anciens et nouveaux. Il ajoute :

Et il faut croire que ce qui a introduit ce ^mauvais usage n'a esté que la mauvaise prononciation dQ quelques!, provinces de France, principalement vers la Loire et dans/ le. Vendesmois, d'où estoit Ronsard, et dans la Normandie d'# ïestoit Malherbe, où l'on prononce mer, enfefy JupUep arec un é fermé comme aimer ^ triompher^ assister. "

Ainsi dans les provinces du norà^ouest, .^Àns le pays de Rabelais, de Gringoire, dé Màrot, (né à Caen), de Belleau, de Baïf, de Ronsard,^ de J. ^n Bellay, de Régnier j de Vauquelin, de Malherbe, de Corneille, on prononçait mé^ enféi. Jupité, et cette prononciation s^est maintenue jusqu'à prient dans ces pays. Il en résulte que, dans ce qu'on a appelé les rimes normandes de Corneille, te. n'était pas l'infinitif qu'où prononçait autremeut qu'à présent, c'était le mot rimant avec l'infinitif , et Polyeuçte .dans les deux vers cités plus haut ne prononçait pas enfère et triomphère , msds il prononçait ces. mots comme les prononcent encore les villageois du pays de Corneille :

Ah ruses de l'enfé !

Faut-il tant de fois vaincre avant de triomphé?

Comme l'erreur que nous attaquons ici est gené^-

SONS QUI DISPAEAISSENT. 489

ralement répandue, on. uoua excusera sans doute d'avoir insisté.

Revenons à Babelais; ^nt cette fliseassion nous

a quelque peu écartés.

xxxvn.

Nous n'avons pas fini sur la prononciation du XVÏ*' siècle et par conséquent sur Torthographe qu'il' fâutf adopter quand' on réimprime Rabelais^

Nous avons montré que la prononciation moderiie* tend à mettre* au jour; à faire entendre des lettre qu'on laissait dbrmir aux siècles précédeufe. MaîS' la langue a-t-elle gagtié des sotis? JLtAn dellj el!è* en a laissé perdre. ' .'

Depuis un siècîer, uu soti a dftparu, un autre* est' eh train de disparaître.

L'A aspiré se prononçait au XVir rfècle, tWites les Grammaires en font ïbî.'Cfenx d^entre nous qui sont avancés en âge ont entefndir leurs grànd^pèréôou leurs grand'mères le prônottcer. Aujourd'hui les Grammaires sont unauîmcs ft attester que cette lettre ue se prononce plus.

L^autre* son IWte cncorer, c'est celtiî de II môuiîKi Le' français a ce son en commùri avec toutes TfeS langues rôttanes, comme il avait' le sotf dé 1** as^ pîré to cotU'tttuu avèé les languiôS germaïrfqfûei^. L'itaîfenr êerît notre 11 itfouiîlé gl, respagn<>l II, Éé!aë i avant, et le portugais BÎ. Ce sou tentf à- s-'efikcer^ cBez ttoiis; Litti^^ lutte peur M dan^ son* Victiàn^ mire\ maïs le PartSiétt- i»eéî»tei A Phris,' if vff a que ceux qui soirt vetttis dii deKors* qui saetont prononeerf le Bavre, paille, metveiXiè. Le • Phri«i^n^ prononce invariablement le Airr&, pâye^ nu^vêye:

440 LA PRONONCIATION ET L*0BTK0ORAPHE.

xxvm.

C'est dans la classe des diphthongaes surtoat que le français moderne a fait des pertes. On affirme par exemple que, dès le XYP siècle, œ se prononçait euj que au se pronofnçaSt o On se fonde sur ce que le9 syllabes ainsi écrites ne comptent que pour une dans les yers* La raison n'est pas reeevable» Voix ne compte en vers que pour une syllabe; on n'y entend pas moins distinctement deux voyelles oa, — ouè autrefois; piedt ^^ ne forment non plus qu'une syllabe, et il n'y en a pas moins une di^tbongue. Le mot eau, dans divers écrits du moyen ftge, se présente sous cette forme iatoe, et forme 'quelquefois deux, mais aussi très souvent une seule syllabe. Le prononçait-on comme aujourd'hui? Evidemment non.

Au lieu de tout rapporter à notre prononciation actuelle, comme ces historiens qui transportaient les allures de la cour de Louis XIY chez Clovis ou chez Dagobert, cherchons à reconnaître ce qu'a pu être la prononciation à d'autres époques* Les différences d'accent qui existent aujourd'hui encore entre deux villages limitrophes doivent nous tenir «n garde contre toute assimilation prématurée.

Mais quel témoignage invoquerons-nous? H en est de deux sortes: les iins morts» les autres vivants. Les morts, ce sont les éjcritf», surtoat ceux qui ont été confiés au papier i une époque où la préoccupation dç l'étymologie ne s'était paa encore emparée des esprits. Les vivants, ce aont les paysans, surtout ceux qui sont isolés des grands centres, et qui ont conservé, sinon la langue d'autre-

80K8 QUI DISPÂBAXSfiEBT.

foiSi au moins des habitudes de prononciation qui ont peu changé.

Il n'est personne qui, en entendant parto les pay* sans, B^t été frappé de la variété des sons émis par en, si bien que, si Ton veut not^r leur proorada- Uf», OB a la plus grande peine, en admettant môme qu'on 7 parvienne. On trouve daùs leur lanj^e une feule 4e sons qp» notre alfdiabet n'exprime pas ou n'eq^ime que dHme manière compliquée,, comme cette tettre russe, par exemple, dont la reproduction exaete VEige cinq de nos oonsonnes (o^, aJUch). Eh bien; toutes les lois qu'une syllabe prenoneée l^dare à lettre comme on l'écrivait au XTÎ.F siècle, correspondra à un BOB eouservé dans an patois de la langue d'^, nous serMS sûrs de retrouver la prononciation qM cette syllabe amit alots.

Passons en reme queiqBes-«acs de cas prononciatiens encota existantes, que les lingusstes, auxquels eHes sont inpo«mues, suppriment purement et sim* plement

176, qupi qu'on en dise, ne reinrésoBte pas le son eu. Les Picards prononœnt encore aujourd'hui le mot fûmlïe — fudle^ et les Ootentinais: fueuUle, en faisant de u-a une diphthongue, qui sonne: u-è ou ur-m. Au oommeaeement du XVni* siècle. (vdr notre citation de Cyrano, p. 219) on écrivait encore feuille^ parée que^ tput en ne fiUsant €» que d'ime syllabe, on prononçait séparànent les deux lettrai. La coutractien de <f<e, ei ^ eu, est une prononciation toute moderne, comme celle de au exkjO.

n en est de mtee de la dij^thongue am^ dans le mot Camk Ceux qui parlent avec élégance pro-

442 LÀ PBOKOKOUSIOir ET li'OftTOOeRAPHE.

BODcent ifm, mani les yimoû hMiiuakt»^ Smût Carm en une syllabe, dans laquelle en a le' mdive son que ÔKBBeMmmé

Palttgra^e:, 9ui a composé- aw SV^ siècle une: GJraMSHÛire frttngilse k\ Vniagei desi Â^ngiiiis , nova dii fUO' daoïft taii.moto en migne, oige. on dsit.^iitefidre le- soù d» Tt . M« Brachet m omcltrt ^'il fiittt ptoBOBcer Qotiind sHl y amàt igm^^ G-èRrtune eensuc. Quand le* seii' a* ddt être eotendii^ en; écrit & L& prononcialMMi dé ces' moto dmcit être eelle qui s'est oonsurvée sus ^evnton» de Gherbeurg : taigne, en ùàMMki cH d'une ' âsulei syHaba guée; LeSi granntiairieBS dur XYI*^ aiàide nous L'affinaent; è'aiUennu Raoms aem dit npBb\femAM ne doit pas se prononoev Hmàte^. mais fêimâf^^ UieD q«e éin forme une sente syUahe. Bobart BatiMpie' naiiB dît de: m^me qtie dsas jpisfo', • tw»> on) doit &ire CTtandve Fa asaat' le soKBaMl^.at ne pos^ pronon* cer eomme:s}il y avait^jm^. nn*' Anù quand* Rfld!i6-^ Isds écrit dedamgner, gaingner, on n'a pas ls> dndt de supprissep lai naaâte, . attendu que* lai posnoada-- 1âou< d«f atn* dans aes).mote n'est: m è , ' ni a « mai» une- diphttongne nasalb dans Is^a^to' on entend* a; et jfi» ' • . • i î ■

A%j au/XYl^ sièrieiBban cQlnnienfemail>âa X^il^, ne* se prononçât! 'pSà)€9ii BéUfliËstiMDe'w moque des Bicarda qui proBSuçaieiit et^ pÉrsitionoeait Bneore* dnims et' noûi (jsdaNa^ • GomeHIe a. grand soin d'é^^ crire^ toujoiRS : FUinmis Apfiani, wmta et non avec e.

Au se prononçait autrefois, et se prononce encore en divers pateis oom; comnifa il se iproamçait cbex le» BomaiBs, comn» il se pro^neo'dkns tou-

SONS QUI DISPASÂISSENT. 443

tes les autres langues romanes et dans les langues germaniques, mais en une seule syllabe. Ce n'est que peu à peu et presque de nos jours, que ce son est devenu uniformément o.

De inéme, dans les mots où Ton trouve e devant une autre voyejle: eage, Jean, veoir^ cet e n'était pas muet du tout; il formait lune sorte d'appoggiature. Dans neige^ on entendait également Yi, mais on appuyait sur Vé; c'était le contraire dans : je veisj ou Ton appuyait sur Vi à cause de Vs qui le rendait long. Dans le mot eau, on entendait une triphthongue : é-a-ou,

Ay se prononçait é au futur; mais au passé défini, il y avait diphthongue et Ton appuyait sur Vy, si bien que dans ,1a prononciation le son de Va s'effaçait, et l'on avait pour la première conjugaison un passé défini en; i ; j'aimaê (amavi), il ama-st, nous aima-tmes , vous aima-îtes , etc. Voyez plutôt les grammairiens du XVP siècle.

C'est cette forme que nous avons trouvée dans la chanson de Guilleri ; nous la trouvons aussi dans les épltres attribuées à Marot, dont nous avons parlé plus haut :

A propo vous souvienty point Du joor de la sin Niconla Que j'etien tous deu si tresla D'avoir dancé ? Vou commenstte, Aussi trèsbien vou rachevi^^ :

C'est au jardin mon peze entry D'avantnze me rencon^rf Auprès de vou *.

A propos vous souvient-il point du jour de la saint

. ^ Edition de 1702, I, p. 212 et suiv. Dans Tédition d'An- ^îs, ces deux épltres, qui se trouvent tome II, p- 265 et suivantes, sont indiquées comme n'étant pas de Marot.

444 Là PROKOîlCIATION ET l'ORTHOGSAPHE.

Nicolas, qae nous étions tous deux si las d'avoir dansé? Yons Gommencîtes , aussi très bien vous ache?!tes. C^est an jardin, mon père entry [entra], d'aventure me rencontry [rencontra] auprès de vous.

Eu se prononçait comme il est écrit: J'ai sceu, j'ai veu, beuverie, etc., c'est encore la prononciation ordinaire dans divers patois*; mais ou prononce aussi : j'ai su, j'ai vu^ dans les mêmes pays. Les deux prononciations paraissent avoir coexisté de même au XVr siècle , puisque nous trouvons dans Yauquelin de la Fresnaye, un poète normand, ces deux vers qui ne peuvent laisser de doute:

— A quelle fin es-tu de ces ailes pourvene ?

— J'apprends, l'homme a voler au-dessus de la nue.

Tandis que nous trouvons dans Th. de Beze:

L'un avec sa couleur bleue Nous venlt esblouyr la veue.

Les finales en rier et lier, lorsque cette terminaison est précédée d'une consonne, comme ouvrier^ templier ne formaient qu'une seule syllabe au XVP siècle et jusqu'au milieu du XVII% témoin ce vers de Bémi Belleau :

L'un portait en sa main. . . .

La hure d'un sanglier aux défenses meurtrières .

Corneille et La Fontaine ont nombre de vers semblables , et cette prononciation s*e9t conservée en Basse-Normandie; seulement Ve n'est pas tout à fait fermé et penche un peu vers Yi : sangliéï, meurtrier , en prononçant, bien entendu, iéi en une seule syllabe. L'é aigu serait ici difficile à prononcer.

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