‹ Rabelais et ses œvresChapitre 120 sur 134 · LA BÉPUTATION DE RABELAIS · texte numérisé non relu

LA BÉPUTATION DE RABELAIS

un livre, le Bahélais reformé, où le caré de Meudon est aussi fort malmené. Dans une pièce de vers qui sert d'introduction à Touvrage, Tauteur fait raconter à Rabelais Thistoire de sa vie. Rabelais avoue qu'il a été un moine très peu zélé> aimant mieux coucher sur la plume que sur un dur matelas, dormant volontiers pendant que les autres moines se levaient pour chanter matines, et surtout peu empressé de se donner la discipline.

Je pais bien jurer saintement Que jamais discipline ou haire, Au moins de mon consentement, Atoc mon dos n'enrent affure.

Il ajoute que

Se lassant d'estre cordelier, [Il jetai Bon froc aux orties,

et se mit à parcourir TEaropi^, «raillant toutes choses à la manière d'Esope, bisant force tours , rôdant partout et menant Tours,» «

Cette dernière eq[^re8sîon ne d^t pas être 'prise à la lettre , comme l'ont pensé certains critiques ; Garasse aecuse seulement Babeiais d'avoir £ait le plaisant et le bouffon dans ses voyages. Il veut enfin savoir ce que c'est que Rome:

Là je fais grand nombre d'amis...

[Garasse, pas plus que Puita-Herbault, ne pardonne à Rabelais d'avoir été bien reçu à Rome.]

H^ fis des.choaes fort plaisfui^es» .

Comme sont celles que j^ay mis (ne) Au traicté des Iles Sonnantes.

Des cardingaux, des chats fourres Du papegaut, de ses sonnettes,

Ses moinegftnx.tont emlyooniez Et d^mitres semblables sornettes.

Au <VBiQnr d^ ces y^^ges, iBab^ia »'ie8t ,mi3 à rAjétin et PJiwrte.»

I^Qciap se p^pc/fi^4t Ili«p, L'Arétip se mocquef c^u mçnde, Qaftot à Plante, il tient le xnylieu....

Tkj plus de sornettes qu'eux trois, Je n'épargne ny Dieu ny homme, Ny papes, ny prinoeq^ nyrois, Ny Paris, «f I^pnchméinrrRpme.

Lu jwésie .n'est p^.riiâMi,uOWi]»e.£(m nroit, ^etila rime «lUrftUke pa?;loip')]r'Mteur à^jlq^gilueioa/tnoiqg qu'il n'9. r|9iOttbi ^sq. Mais»«at8MmM;, l»iCBittQiie «est ^tts i]«éclui9,tQ 4*i«|;eji(tiop 4pi« t«to ait i^n oMwtei «e n^eftt p«& €Wbr9. l^dteîp Qiie^^ole l^vre Mt djr iiigé, pomwfl phipi^irs [jt'oiit imM:clte|Hrj^srile:titrB jekbr4;é, YiC»cir«0.titr^7Mi(esltler;^ ifo.îHâiiâaîis ^i»- /of»»^ {p!fi0t-j|i/d^e(^nné>((m#[i8(^fnde^ fkm^ par les nimvtf^etnfit^mmef^^liÊ^ Im, Ministre 4^ G/m^o^ièi^tgfiur t^fiqnêe. àmJOiiwfp)nff^^rm^imi(i(^ Hem. sm^Uf^ûv A^iia^ytMiÀûni-êOB tastem^ ((L7«D|„}|$6^f W/}3).riGhuttss»>a6aiseiiita3 fMtepTS fiileMifé9p^ei>f^u».f<MbQ]ij«im^ desid^

Nous avons déjà cité les TerandfeqPQàles^dâ^dlt I^)éi«|(}«gfflui vfQikt>^^i&i9fiew |d9^.QftiS|»aiUbiaiWi;iba-

à cett9 Jp9q«ej> {UWf;; ^mP'J^.WKS^<mSim<^^«'^t n 83

4116 LA SÉPUTATIOK DB ÏIABKLAIS.

ÏÏB Brodeau^ im Seèta, mi Ghaimy, Voise&t [afllent] «scrivant contre loy.

Cestuy aux gayetez qu'il met e^ laîniere , se moquant de toi^tea choses , se rendit le nonpareil. De ma part , je récontioistray f rangement avoir l'esprit si lolastrs, ime je ne ne lassay jamais de le 3ire ; et ne le lus oncqoes que je n'y tion* ymsBt matiève de xke^ #t d'en faire mon profit tout ensemble.

Signr&loas an passant la mngiilièise erreur de L. Feugère qui itreBd ces âegas coi&me adressés aux vers de Babekk, tous fort médioiares, <hi le sait, tandis qu'A s^fft ''éyideoiment du roman, que Pasquier considère oomme un poème en proâe, ainsi que fiaisait Di^esnj i^las tard. .

Fasquier fait figurer Rabelais dans un: JHàlcgne où il le met wx .prîies ayoc 4l9xaad^A. lie curé de Meudon raille le roi de Macédoine sur son am* bition personnelle , sur tatie qu'il avait imposée à ses généraax; il hû montre ^qiie là ioree seule ne peult rien fonder de «oUde, et que ^dur étal^ un empire, H âmt agir anaiî |ter la pMuasioii. Atexaadre ne déjteod lavement «t prâsenie use -longae apologie 4e ses expkdis et de ses pr(Qet& C'est eette tbèae que Faiaquier voulait défbnÀ-e- Babeiais toutefois ne s^voim pas vaincu , et il termine Jtu déclarant ^e, qteUe que scÉt la gloire d'Âteuadre, quelque satisfaction qu'il puisse é^tomet de «s Botiona, il ne s^estime, lui, Babelais, msi in^éjTieur m pomr k^contenteuieilt qu^il nesent d^avoir acBtévé éoh ^oèrfvte; fiî ^t* la '^ire >^tffl a/^t «cquise. L'oèùvré du' conquérait ÏHspâràtt, l*œiiVre du poète persiste à travers' les siècles.

L'exécution du I)iâliQ|guè,est liuble. Babelais manque, un pe^ .de verve et Alexandre d'éloquence. Mais l'idée de Voùvràge marque en qiielle ofrfiaie

Xft* BIÈCL1B. Xm AXI&. 517

Pftsgnier tenajt BabelftiB. Ctot à Ivà aussi qn'ik pei]^a(it en écrivant s6s Ôrdbmoincesf S'amour, ea-^ Yoyéw «au seigneur bajrpn. 4^< î^rUAgu^cijtevfilier: des isles Hyèjres». On n'a pas oublié que c'est devant le paiiement 4e Mirllngues que Bridaye est cité pour expliqwr sa BMtnîère de rendre la justice, et que Babelais s'intitulait caloier des lies d'HyèreSr Nous avons déjà parlé de cet opuscule (p. 288). Scévole de Ste-Marthe dans ses Eloges des Frangins illustres pttr la sdence (QàUorum d4>etfina il- Imtrium Moffia)^ publiés en 1599, accorda une place à Rabelais. Il dit que, s'it avait vonhi^

. .. il n'y a point de doute qu'A iiP^éût pu trmter de matièmi hautes et âériMuM ausn bien que pas aa de acm siècle.

Vaia aprèiiaTpir «xaatexveot.eoiiBfdéçé ft<His les aa;thei]n! tai^t anoièns <we modernes, il lep mé{)ris^ toosi pour embraser ser le seul Lucien, qu'il trouva ' le plus conforme à son bumeur, et s'adonna tout à fait à limiter. Aussi fut-^e à sott exemple qu^il niT^Éta des fables en françiâs, lesqueUes^ seop èss contes Véritablemeot fiiveles^ et si4i«nl98, et des rêveries toute^i pures^ ne laissent psf de faire avouer au lecteur, que^. pour docte qu'il soit, cette lecture lé rend plus sçavant encore et le divertit agréablement. (Traduction de Golietet. Tit âe

Bans les Commentaires Qatins aussi) sur la vie de Jacques de Thôu, on raconte (livre VI) que Pfl^ bistre bistprien logea un jour datns une grande msàr son qui avait appartenu à Rabelais,

boqqoae très instruit dans les lettrés grecques et latines et très babile dans la médecine, qu'il ^erçiit. Laissant de e6té toute cho0e sérieuse, il ee livra à «ne vie d'amnsemeot et «U

^ Le manuscrit coatenant les vUs âespêHeêframiaispeJB Gôlkt4t M péri daas Tincea^ie de la Bibliothèque ^^ Loime, mais on estp^M^enu à en reconstituer la plus grande partie k l^aide de copies prises précédemment. La Vie de Babelais est ime de oelles^quioat été rettot^ées.

LA BÉPOTATIOH DB XABBLAIS.

plaisir de la table et aUégaant gue le rire est le inropre de rhomme, il écrivit avec la liberté de Démocrite et une gsdlté bouffonne, un ouvrage très ingénieux où, sous des noms fictifis, il met en scène tous lès ordres de l'état et de la société.

C'est à cette occaâioQ que Jacques de Thou fit les jolis vers latins que nous avous cités en partie, t. L p- 39.

Le XYIP siècle est ea réaction contre le Xyi% en réaction pour la la^gttB, pour les idées et surtout pour les manières. La crudité des expressions de Rabelais choqiie, son langage est vieilli, ses idées paraissent obscures. Il s'était fait soixante éditions de Touvrage au XVI* siècle ; on n'en cite que dixbuit au siècle suivant. Les curieux , les gens de lettres le lisent cependant. Le petit groupe sceptique qui se réunit autour de La Motbe Le Vayer -^ Fauteur de VHexaméron rustique, — Bemîer le médecin^ Tauteur du Vérit^Me Rabelais reformé^ St-Evremond, Gassendi,— le philosopbe en lutte avec Descartes, le maître de Molière et de Cyrano de Bergerac^ r- et quelques neutres se délectent aux œuvres du curé de ,Meudon; Le médecin Guy Patin, dpnt les Lettres spnt si p^iquantes , se préoccupe beaucoup de Rabelais; i^ f^t^tend avec impatience la nouvelle éditipn de « Maître François » que Ton prépare en, Hollande^ C'est sur la foi de Guy Patin surtout que la mort da Rabelais a été fixée à 1553. I^e Roy te fait yi^e six ans. de plus.

St-£vremond ne parle nulle part- de Rabelais dans le recueil de ses ouvrages, mais son biographe des Maizeaux nous apprend que , chargé de faire

ITII* SIÈCLE. hj&& LiBRES PESSE^BS.

la lecture au prince de Condé, qui relevait de maladie, il essaya de lui lire Babelais ; il fut obligé d'y renancer parce que le prince y prenait peu de goût* Le biographe remarque à ce propos que tous les hommes d'esprit ne goûtent pas cet ouvrage, bien qu'il renferme «une infipité d'endroitsi inimitables» qui auraient droit de plaire aux plus délicats *.

Huet, l'érudit évéque d^Âvranches, était de ceux qui foutaient Rabelais et l'on a trouvé dans sa bi* bliot] èque plusieurs exemplaires des Œuvres du curé de M' 5udon, chargés de notes marginales ^ Ménage avaii commencé aussi un commentaire sur Rabelais ce commentaire a été perdu, ainsi que celui de lasserat, L'un des auteurs de la Ménippée; il n'a survécu de celui de Ménage que quelques remarques, qui figurent dans le Méwirnana ou dans l'é" ditiou de Le Duchat. \;

Ménage avait donné des leçonk à M""* de La Fayette et à M"* de Sévigné, Huet^vait fait imprimer son traité de Y Origine de$ ronmns en tête de la Zayde de M"*' de La Faycftte. Nous voyons, par les Lettres de M"^ de Sévigné, que Rabelais, malgré ses licences, était apprécié dans la société de oes dames. M""* de Séyig^é ($ juillet 1671) mande à sa fille les lectures qu'elle fait à la campagne.\ On lit un Traité, de morale de Nicole , le Tasse, et même la Cléopâtre^ romain cbevalereçque de La Galprenède. Soucia lui a l|i aussi «des cht^itres de Rabelais à mourir de rire». Ce fils, en écrivant à Tfir de Grignan, sa sœur (14 juillet 1677), lui cite,

^ (EuweB de M. 8t JSiirmond, 5 vol. in 19. T. I, p. 17. ^ Voir Baadement : Les Babdaie de Euet^ in 18. : /

dfiK^ LA iUËtl}*tAttdir m SABttÀIS.

cdmtne' ufi» (Âofte (influe; le lévrief de M. de Heturleg (I, 48), ce lévrier qiâ ne tisdAte ries et qui de-' tint cKcëlleirt; quand on In$ eul' nite un fro^ dur les foules. Danfi une autr^ \A\xt à sa fille (8 ocitob)re 1688), M"^ de Séti^ dit que sa nnâdon est PaMbaye dé^ ThélènHB ; tU est écrit sitr tou^ les ap-' pattements^ Faàs e&gue tut taudrm. >

La Fontaine, Racine, Boileau, Molière lisaient Bttbëlais. La^ Fontaine surtout en faisait sa lecture ha4>ittielle. On sttit quMl demanda nn jour à" Tabbé Bôileau si St Augttstin avait j\vtâ d'esprit qiïeSa* bêlais. Cette question, qui scandaffisa si fort Tabbé B(»ileaiu et que led' Mogtaphes de La Fdntaine rapportent comme une naïveté, ncm semMèrait naoins étmnge aujoœrtE'btti. Dudos , qui la rappelle daos les Mémoired sw sa prcipiiô vie * , n'y trouve rien de ridicule. Il est tm terrain surtout âur lequel la ' comparaison serait légitime , c%it celui de Pédu^ éation, dont tous deux ont traité ' et ttaité dans le mdme sens. St Atfgnstln ^anâ> son livre De âocendo pueto9 est; oMnne^ RaMais, d'avisT que Téducaition doit être attrayante^, qu^éllte doit porter sur les choses plus que stir les mots , que le maître doit se mettre à la portée de Pesprit de Pélôve et ap^ prendre, pour ainsi dire, Avec lui'l Mais si le paète n'avait pas ki 9t Aûgtrstin, le théologien m'avait pas \û Rabelais, et il ne* SttT répondt^ que par une catembrëdaine : «Voua- ahfez nâÉ un de vos ba^ à Penvers. > La Fontaine à plitt d'une feis imité Ra-

^ MémoHâi dé Ddtlus. (Euvrta eampUtei^ S t. in 8«, 1821, t. I, p. 83.

s Voir aninoa. BiSKém^ ékoêHe des Pèrtê de Vêa/Use. T. XXIX, p. 7B 6t t>

belaii!(' damr ses* Gantes et dans' sëâ tWiés, et, dans une lettre adressée à St-Evrettond, qttî nous a été to&tnée, if^indlqtie* «Maître François» comme un def des^ lûsthtttenrs.

Hàcitie lîsait aussi' RàbeliÊtis', et il a profité decette ' lecture presque autant que La Fontaine. H y a dans les Plaideurs , outre les vers que nous atons citës^ nombre de passages où le sourenir de Rabelaîè est visible. Bôiléau nomme aussi phis d'une foiâ^ lEaf^éïaîs dans ses œuyres. II Ta lu et le con* naît très bien^ mais fl ne s'y déTectait pas comme Badne et La Fontaine. Quant à Molière , il lui emprunte i chaque instant des phrases, des idées^ et même des scènes tout entières, celles du Mariage forcé pttr exemple.

A la fin du siècle on parle encore de* Rabelais, mais on sent qu'il n'est plus autant en: faveur auprès dé* la nouvelle génération. On connaît le ju^ gement de La Bruyère (1688) :

Maf ot et Rabetarîs boxA inexcusables * cTavoîr semé l'ordure dams leurs écrits : tous d#itx aToieni tiâsez dtt génie et de naturel pont poaToir s^en fiatter, néme h l'égaré de ceux qai cherchent moins à admirer qu'à rire dans on auteur, fiabelais surtout est incompréhensible. Son livre est une énigme,, quoi qu'où yenille dire, inexplicable-: c'est une chimère, c'est le visage dfvnè. belle femme ateot des i^eds et une queue de» serpeiit, ou de quelque autoe hôte i^ diffoume : c^st un monstrueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse et d'une sale corruption. Où il est mauvais, il passe bien loin audelà du pire, c'est le charme de* la canaille : où il est bon, fl va* jutfqueë^à l^quis et à rtxcellent, â peut être le mets des pin» délieati*

Ce jugettent atteste surtout nmmease changeh

522 LÀ KÉFDTATION DE BABELllS.

meot qui s'était opéré dans les relations sodales et dans la société polie depuis Tépoque oti vivait Bal)elais. Ce que La Bruyère regarde comme digne seulement de la «canaille», amusait alors les plus hauts personnages. Mais on aimait mieux accuser Rabelais de grossièreté, que la société pour laquelle il avait écrit.

Un auteur qui essaya de marcher sur les pas de La Bruyère et de Molière à la fois, Dôfresny avait beaucoup pratiqué Rabelais. On s'en apergoit à ses comédies I et nous en avons donné quelques échantillons. Il a fait aussi un Parallèle entre THomère grec et celui que Victor Hugo appelle THomère bouffon.

Ce parallèle , il est vrai , s'arrête à moitié chemin. Ce ne fut pas tout-à-fait mauvaise volonté de la part de l'auteur. Par malheur pour lui et un peu pour nous, Dufresny était, à certains égards, de la race de Panurge. S'il avait 63 manières de gagner de l'argent, il en avait 214 d'en dépenser. Il était quelque peu cousin de Louis XIV par l'intermédiaire de Henri IV et d'une jardinière; Louis XIV loi adressait les mêmes observations que Pantagruel adressait à Panurge ; Dufresny répondait plus courtoisement et espérait bien devenir riche , mais il avait une manie, celle des jardms. H en achetait un lorsqu'il était en fonds, il le faisait planter à sa guise, puis, quand il fallait payer les ouvriers, il le revendait pour lé quart de sa valeur et se retrouvait aussji pauvre qu'auparavant.

Le roi lui donna le privilège d'un journal littéraire qui paraissait tous les mois , le Marwrt gor lo»^» C'était l'éfoque 4e la grande querelle des

XYII* SIÈCLBU LA BI^UTÈBB, BUFfiEfiNY. 52^

anciens et des modernes. Boileau, M"* Dacier et nombre d'autres prétendaient que les anciens étai^it supérieurs aux modernes. Dufresny croyait les modernes supérieurs, maiq il n'osait le dire qu'à demi. Une traduction : d'flomère, une nou^ velle édition de Babelais parurent à la fois, il eut ridée de comparer les deux auteurs , moins pcinr releverRabelais toutefois, que pour faire pièce auX: fanatiques admirateurs de raatiqnité. MaiS' Du* fresny fut obligé, faute de fonda, de remettre le Mercure en d'autres mains ayant que le parallèle fût arrivé à bonne fin. Au r^te , il n'y a pas trop à le regretter , c'est une œuvre médiocre et peu digne de l'auteur piquant des AmweM&i/iis ^érieuaf et eomigu^ et de la pétillante, comédie du Double Veuvage.

Il commence par railler ceux qui cherchent dans Rabelais et dans Homère une foule de choses ûxiX'^ quelles les auteurs n'ont pas songé. Les beautés réelles qui sont dans ces écrivains leur ont d'abord acquis dé la' répoti&tion^ pilis cette réputation a fait trouver dans leurs livres bien des beautés qui n'y sont pas. Dttfrcsny se moque entre autres à'nst Rabelaisien qui, à. chacun des deux cents jeux que Ton enseigne à 6arg»itii6.i^t étendait trouver une explication historique, allégoriqae et morale. «Si Rabelais est un excellent tomique en* quelques en* droits, il en est d'autres oi^ il est très ^lauvais plaisant.» .■.,.. ^

Dufresny copie aussi la lettre par laquelle Grandgou* sier rappelle Gargantua, «t deihande qui l'a écrite ? Un personnage sérieux ou Un personnage comique ^ Il compare cette lettre à une harangue . de Nestor

I/A Bli^PUTAttpir DS EABfiLAIS.

et il' la troave beaucoiip plus Bftge. Il compare entsxAté lliistoire de DiiMteBâat et celle da Cyeli^e, et il' cenctet que; moutons pour moHtoBS, Rabelai» Tout Mest Hëidère. Il reprodoit eiiéore, éti les tradnisftnt, Thistoire de la femme muette, celle de Técolier limousin i Ift tempête dans laquelle Fanurge je«e un si piètre rdie -* puis il s'arrite brusquement en disant qu'il faut plus d'étendue d'esprit pour exceller dians le comique qu'il n'en; &ut pour réussir dans le sérieu. Il ptaidait alors pro cUmo sma.

. Dufresny aurait pu ajouter qu'on trente dans l'œuvre de Rabcdals tout ce que les théoridens d'alors réelamaksit dans ufte épopée selon la formule: des combats i des voyages , une délibération des dieux, une descente aux enfers, une tempête, un oracle ambigu; rien n'y manque, pas même le souffle épique.

Âu fond, Dufresny préférait Rabelais à Homère, mais il n'eut pas le courage complet de son opinion. On éprouvait alors quelque embarras à louer ouvertement Rabelais. Fbnten^e a bissoin pour oser dire sa pensée sur I^nittgruel de s'abriter derrière un auteur éttsaogtrv Van Dale, qui lui avait fourni le siljetide son BiOùi^ des CmOes-

(Van Dale) dit que Tes bagatelles et les sottises de Babelais Talent soavent mieux que les discours plus sérieux des autres. Je n'ai poiat voulu oublier cet éloge^ paroeque c'est une ckoee i^inguûèré de. le «encepitrer au miliettd'un Traité des Oracles, plçii^^e science et d'érudition. Il est certain que Babêlais avait beaucoup d'esprit et de lecture et un art très particulier de débiter des choses savantes comme de pures

jEl^jt

XVU^ SIÈCLE, L£S SCEPTIQUES. 63&

fiftdaîses, et de 4ire de pures fadaises le plua souvent sans ennuyer. C'est dommage qu'il n'ait vécu dans an siècle qui l'eût obligé à plné de politesse K

Fouteiielte revient sur Rabelais dans son Bistoire du Théâtre français avant M. Corneille , et lui emprunte Thistoire de YHUm et du frère Etienne Tapecoue^

Bayle goûtait médiocrement Babelais» II n'y a pa3 d'article sur lui dans son Dictionnaire critique. U en parle cependant , mais en quelques lignes.

C'est , dit-il , ua liyre qni ne. m» gplalt g«ère ; nais je sais que beaucoup de gens de bien et d'honneur l'ont lu et reln^ qu'ils en savent tous les bons endroits, et qu'ils se plaisent à. '

les rapporter quand ils s'entretiennent avec leurs amis.

Dans sa Correspondance, nous le y^^yons engager lie Duchat à exercer sa sagacité 3ur cet auteur, et il lui conseille de se prooirer la traducti(» anglaise avec notes, qui Tient de paraître'. A propoa d'une de ses lettreSi son éditeur s'étend assez longuement sur l'ouvrage méine 7 où il refuse de voir un système suivi d'allusions historiques > mais qui, suivant lui, contient une satire générale de la so* dété de sou temps et de tous le^ temps.

Le^ éditioas, les analyses de Babel^ -se multiplient sous diveicses formes pendant le XYIII* siècle , mais elles restent rrenfèriiQ^ ^nm xm petit cercle de curieux,

C'est d'abor() le Eàbdai^l reformé de BemiOTt l'ami de La Sfothe le Yt^ye^, dont vol(û le tHre

> Œtmresjde Fontmdk^ éé. de 1«67. T.il, 9^ 337.^ ^Ibld. T. IIL p, 76.

* Cette correspondance fait partie du dernier volume des Œkvreê dwmes^M. ]Piën^Bdyl&,^ÎÂ Haye, Vm, 4 veL in folio.

526 LA BÊPUTATION DE BABELAI8.

exact : Jugement et nouvelles Observations sur les oeuvres grecques^ latines^ toscanes et françaises de maître François Rabelais, D. M. ou le Véritable Bàbelais reformé^ par le Sieùr Saint-Honoréy 1697, in 12. Cet ouvrage contient une analyse, chapitre par chapitre , de Touvrage de Rabelais , accompagnée d'anecdotes sur Fauteur et ses écrits. Bemier est aussi bavard que frivole, et Ton ne doit accep-

'^^ ter ses informations que sous bénéfice d*inventaire.

C'est en 1711 que parut à Amsterdam Tédition

/ ' i3ur laquelle Bay le avait été consulté. Le commen-

iateur était un protestant réfugié, comme Bayle lui-

' même; aussi tirë-t-il autant que possible Rabelais

vers le protestantisme. L'édition fut surveillée, à ce qu'il parait par Houdaft de la Motte , auteur de Fables ingénieuses, de tragédies médiocres, et célèbre surtout par la part qu'il prit à la grande querelle des anciens et des Biodemes. Cette édition de Le Duchat est très complète, bien imprimée, oriiée d'une carte dh Ghinôïiais , du dessin de la €ave Feinte et de différentes vues de la Devinière, métairie de l'auteur, d^un portrait en pied de Rabelais, qu'on n'ose pas donner pour authentique, et accompagnée de remarques littéraires et historiques, savantes et curieuses. Dans une lettre qui se trouve tdahs la Correspondance de Bayle , Le Duchat reconnaît qu'il y a deux systèmes d'interprétation pour l'œuvre de Rabelais ; les uns y voient une uérie d'allusions liîstoriques, les autres un sens mystique^ Il ne er^oit paaà un système suivi d'allusions historiques , niais à des allusions détachées à certains faiits. du monient, et celles-là, il les a signalées à l'occasion ; quant à l'interprétation mystique , il

XVIIl* SIÈCLE. LE CAFÉ PBOCOPB.

proclame soç incompétence et ne s^y lancera pas^ Cette édition de Le Duchat, reproduite en 1732, avec quelques additions , mais aussi avec des incorrections assez graves, a été considérée comme la meilleure jusqu'à celles qui ont été faites dans ces dernières années. .

Une édition plus belle, mais non plus correcte, parut ^n 1741 à Paris en trois volumes in 4% avec différentes pièces nouvelles , la traduction des ^ remarques dont ^f Motteux avait ^enrichi une traduction anglaise u ' 'Habelais , de nombreuses figures de Bernard Picart, bien gravées, mais médiocres sous le rapport de la composition et du style, et pluô propres à obscurcir le texte qu'à le faire mieux comprendre.

vn.

Louis XIV aurait traité Rabelais» si on . lui eût fait connaître, c<mime il traitait les tableaux de Téniers, et il aurait dit: «Enlevez-moi ces géants mal élevés», comme il disait : «Enlevez-moi ces magots. > Mais son successeur, le r^ent d'Orléans, n'était pas de son avis, il prisait fort Rabelais et tout le groupe libéral qui s'était formé autour de lui, les Gaumartin, les d'Argenson, etc., lisaient Tcmtagruel et en citaient des bribes dans leurs lettres S Le curé de Meudcm avait aussi ses fidèles parmi les écrivains. On en faisait cas au «club de Tentresol» où régnait Tabbé de St Pierre, et où Ton préludait à Téconomie politique. On le commentait.au Café Procope, où se rencontraient,

1 Voir Anbertin: Ir'^^pn^ im&ltc au X7I1I' aiède^ inl%

ji28 U BÉPmATION DB ]UB£IiÀI8.

à la lois ou siu^cessiTemenJ^ X)ttda9» La Matt^^ dart, Saurio* J^-JS. Bousaeaa, Fiyo^ et ^nali^oa wt très moins comm, et leurs écrit» pn pomt^ot Te»j;nmte S jnais hors .^e ces j^cleax^reiol», w le Jisait peu*

Deux publications différentes nm a^TaiJlgeAt pour but de jnettire Itabelais &.la portée du canoun des lecteurs foreot .mises en .?ente en 17i529 Tone Jt<jenè¥e,f l'autre à Paris» sous la fausse . iftâîcation d'Amstenlam.

La première, éditée par l^bbé P^au n!a qm tiMûs volumes in 12, ^t $orte le titre à'Œuvre$ choisies de Babelais. Ce n'eat pas oaxheix* de mo^ ceaux, toutes les Œuvres 7 fièrent, uma Téditenr a supprimé tout ce qui lui a semjbié . trop Jicen-

^ Voici entre autres une imitation de Rabelais qui n'a pas encore été signalée, qne ddvs sachions. Pannrge prétend, XToir page 17 de ce .volume) , que la plupart, 4ea cns qa'on ^entend dans left batailles Tiennent des diables, qui-s'approchant jde trop prèa pour reçneîUir les &9fiS(iies moarts^nfoiTent des .«Qups qui ne J^nr étaifo^t. iP^ dmtin^. J,:B^;Bimissei|p .«M approprié cette idée. On Qt dans bk LeUre à W, de La FO88B :

JjW ie«ets.lhâtj£s jBo^i li^l^oréy.

Qui de cent diverses manières

Donnent à l'air des étrivières.

Unii)eiiiie «esprit aérien.

Trop T.oisiii de ac^s pi^nr piom biWf

JEn re^ut. un coup sur le r&ble,

'Qui Im fit fàve im cri de diable,

Ou m vinH^A'eii'fite0Linstriiutr

Le lwnit;qu'i|]L copp de£oa^ sroâoit,

S N'en déplaire aux jlôct^s pancartes Ctdes'RolMitiH'et deëDissea^tes) ^

Ftantfc^uepwmnti fierVair frtîMé Que de quj^ue sjlphe^fea^ Qui des buïnaîns ^cherchant' fapptdcbé ,£a^«e$oît ,lijieav«ia^Teiit.Mooiie, Puis va criieuit comme (m perdu.

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