‹ Rabelais et ses œvresChapitre 2 sur 134 · I. LE MABUGE D]^ FÂNUBGE · texte numérisé non relu

I. LE MABUGE D]^ FÂNUBGE

les fonctions de là digestion s'accomplissent d'elles-mêmes; rien n'étant plus nécessaire jusqu'au réveil, l'âme s'ébat et revoit sa patrie, qui est le ciel. Là elle reçoit participation insigne de sa première et divine origine, — et en contemplation de cette sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part , à laquelle rien n'arrive , rien ne passe, rien ne déchet , pour qui tous les temps sont présents, — l'âme note non-seulement les choses qui se sont passées dans les mouvements inférieurs, mais aussi les choses futures , et les rapportant à son corps et les faisant connaître par les sens et organes du corps auxquels elle les a communiquées, elle est appelée vaticinatrice et prophète.

On sait que cette belle définition de Dieu : «une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part>, a été reprise par Pascal. C'est, en effet, la définition la plus belle et la plus philosophique qui ait été faîte de la puissance qui embrasse et régit le monde. Rabelais en attribue l'honneur à Mercure Trismégiste, c'est-à-dire au néoplatonicien qui a pris ce nom, mais il paraît qu'elle remonte plus haut, jusqu'à Empédocle (V* siècle avant J.-C.) dont le poème est perdu , mais dont la définition se serait transmise verbalement d'âge en âge.

Il est vrai, continue Pantagruel, — nous abrégeons un peu — que l'âme ne rapporte pas les choses avec autant de sincérité quelle les a vues, c'est la suite de l'imperfection et de la fragilité de nos sens corporels. D en est comme de la lune, qui, en nous transmettant la lumière du soleil, ne nous la rend ni aussi lucide ni aussi pure, vive et ardente qu'elle l'a reçue. C'est pour cela que les songes doivent être interprétés par des hommes habiles dans cet art. Aussi Heraclite disait-il que les songes ne nous disent rien clairement et pourtant ne nous cachent rien, nous donnant seulement un indice du bonheur ou du malheur qui nous attend, nous ou les autres. Les lettres sacrées le témoignent, les histoires profanes rassurent.

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