‹ Rabelais et ses œvresChapitre 3 sur 134 · LES SONGES · texte numérisé non relu

LES SONGES

nous montrant nombre de faits qui se son,t accomplis conformément aux songes. On prétend , ajoute Pantagruel, que les Atlantiques, les habitants de l'île de Thasos, un savant français [qu'il cite] , sont privés de cet avantage parce qu'ils ne rêvent jamais.

Demain donc» conclut Pantagruel, au moment où l'Aurore aux doigts de rose chassera les ténèbres nocturnes, tâchez dé rêver profondément, et, pendant ce temps, dépoaillez-vous de toute affection humaine, amour, haine, espoir et crainte.

Panurge ne demande pas mieui, mais il veut savoir sMl faudra souper et comment. «Quand je ne soupe pas largement, dit-il, mes songes sont creux comme mon estomac.» — Pantagruel lui dit qu'il est inutile de jeûner.

Ceux qui ne donnent pas de pâture à leur corps sous prétexte d'avoir l'entendement plus clair, ressemblent à ce philosophe qui s'en va au bois pour mieux réfléchir. Pendant qu'il travaille, les chiens aboient, les loups hurlent, les lions rugissent^ les chevaux hennissent, les éléphants barrient, les serpents sifflent, les ânes braient, les cigales sonnent, les tourterelles lamentent, il est plus dérangé que s'il était à la foire de Fontena)^ ou de Niort , de même cjuand la faim est au corps, l'estomac aboie, la vue s'éblouit, les veines sucent la propre substance des membres camiformes, etc.— Panurge peut donc manger, mais des choses légères, des fruits, et boire de l'eau.

Les jeunes filles russes qui yealent Toir d'avance leur fiancé, mettent sous leur oreiller les sept ou neuf herbes de la St Jean. Ces herbes sont la fougère, la saxifrage (?) à laquelle on attribue la vertu d'ouvrir les portes fermées à clef ; la stipa pennata, suivant les uns, la gypsophile, suivant les autres, qui a, dit*on, la propriété de s'animer tout à coup et de se mettre à courir par les champs, — et quelques autres plantes sur la nature desquelles on varie, mais qui

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doivent être caeillies expressément dans la nuit de la St Jean, c'est-à-dire à l'ancienne fête païenne de l'équinoxe d'été. La pièce de Shakespeare: Midsîtmmer-nighi's Dream noua montre cet usage existant aussi en Angleterre. Les Gaulois avaieat six: plantes sacrées : le samoîus (plante de la &niille des primulacéea), la verveine, la primevère, la jusquiame , le trèâe et le sélage ou herbe d'or , qui paraît avoir été aussi une verveine ; mais on ne nous dit pas si l'on s'en servait pour obtenir des rfives prophétiques. Les Anciens employaient dans ce but des branches de laurier. Panurge demande à Pantagruel s'il ea doit mettre sous son chevet. Pantagruel lui dit qu'il n'y faut rien mettre du tout, que ce sont là des superstitions et il l'envoie dormir.

On sait quelle importance l'antiquité en général attachait à l'interprétation des songea. La Bible est pleine de songes interprétée. Les malades allaient dormir dans les temples consacrés aux dieux de la médecine pour obtenir en songe la révélation des remèdes appropriés à leur maladie. C'est ce qu'on appelait Vincubation. Cette croyance prit surtout un développement inoui du huitième au sixième siècle avant J. C-

Dans toute l'Âsia axtéTieare et en Egypte , dît À es eaiet H. Fnscoii LenormaDt ', elle eserce sur Icb érénaneiita politiques one influeace qui paraîtrait incroyable , si elle n'était pas attestée par des documents ceutemporains , par des inscriptions officielles et non par des légendes de date postérieure. C'est on songe qui encourage Âssourbanîpal (Sardanapale) dans sa guerre et loi promet la victoire . . . C'est on

' La Divmaiion et la tciena de» présages eheg Us Chatdim», in S°. 1875. p. 142. - Voir aussi : Maury. La Magie et rastrohgie dam Panfiquité et au moyen-âge, in 8". 1861, et le BommeU et les Bêves, en 13°. 1865.

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