INSTRUCTIONS DE J/A PRÊTRESSE
mot de la Dive Bouteille ? — Moi, dit Panurge. — La prêtresse l'affubla de divers ornements , et lui fit accomplir diverses cérémonies, qui SQut des parodies de celles qu'on imposait aux aspirants désireux de se faire initier aux mystères. Ces parodies sont plaisantes quelquefois: il était difficile d'être sérieux avec Panurge. Pois la prêtresse le mena auprès dé la Dive Bouteille, qui était une sorte d*ampliore placée dans une fontaine hexagone, remplie d'eau cristalline; elle lui fit faire une prière, puî& la prière achevée, elle jeta dans la fontaine une substance qui la fit immédiatement bouillir. Elle dit enfeuite à Panûrge d'écouter. «Panurge escoutoit d'une oreille en silence; Bacbuc se tenoit près de luj agéuouillée, quand de la sacrée Bouteille issit un bruit- tel qu'en fait une pluie soudainement tombée. Lors fut onj le mot Trinch, «Elle est rompue ou fêlée I» s'écria Panurge.
Mais Bacbuc se leva, prit Panurge sous le bras et lui dit : «Amy, rendez grâce es cieux. Vous avez eu promptement le mot de la Dive Bouteille, et le mot le plus joyeux, la plus divin que d'elle j'aie encore entendu depuis le temps qu'icy je ministre à son très sacré oracle. Leyez-vous , allons au^chapitre, en la glose duqudi est ce beau mot interprétée— Allons, dit Panurge; de par Dieu, je suis aussi sage qu'autan.»
' . . : xiv: ....
Le lecteur peut d'abord croire comme Paniu'^e à une déception:
«Buvez, a dit laDi^ve Bouteille* Amusez-vous, il n'y a de vr»i que le plakdry de bto que la santé.»
C'est le mot de Tépicuréisme. G^est aussi celui de l'Ëccléaiaste :
268 LIVRE V, — TOTaGE a li'OBàCLE DE LA DIVE BOUTEILLE.
Mange» Totre pain arec joie , IniTes rotre vin avec allégresse. Jouissez de la vie avec la femme que vous aimez pen* dant tous les jours de votre vie passagère. Faites promptement tout ce que vous pouvez faire, il nV aura plus ni œu* Vre, ni raison, ni sagesse, ni science dans le toixbeaa où vous courez (IX, 9X
L'auteur de rËcclésiaote nou» racooto aussi les expériences qu'il a faite» aifant. d'eu <irriver à cette couclusioD. Mais est*ce li celle dç Ralnelais ? Cette longue pérégrination qu'il uous a £ait fptire, oette éoigme dont nous chercboQS \9. solution depuis si longtemps , aurait-elle pour but le doute ? Poursuivons, nous seroBs bientôt édités là-deas«s.
L'oracle rendu , la prétresse lait boire à tous d*ttn vin qui les met en fureiir poétique. Chacun d*^ux improvise de son mieux, mais pas assez b^ureoeement pour que noas oroytoas utile de citer leurs vers. La prétresse leur donne ensuite trois flacons remplis d'une eau mystérieuse et leur £ait des recommaudations quelque peu énigmatiqnesi mais dont le sens général est: Travaillée, cherchez^ étudiez, îastmisez-nrous. En vous appuyant sur le travail de vos prédécesseurs , vous irez plus loin qu'eux.^ Chaque siècle apporte une seienoe nouvelte^ La vérité est Me du temps. Mais en cherchant la vérité, ne vous isolez pas, aimezvous les uns les autres. Pour «parfaire le chemin de la cognoissance et de la sapience», il faut, «tous philosophes «t sages antiques • ront reconnu, guide de Dieu et compagnie d'homme». Partez «on pro^ tectioa de cestè sphère ihteHéctuelIe , de laqaelle eu' tous lieux est le centre, :et n^a m lieu aucnn eirconférfflice , -et venu» en vo^tré mimde portez témoignage» de ce que vous avez appris îd.
S6KS GÉHrÉBÂL DE L'OUVRAGE.
Le sens de l'oracle est évident, ce mot, c'est la loi des individus et des sociétés. <Méprisez les vains préjugés qui peuvent vous arrêter, rejetez les influences qui peuvent vous distraire de votre but; instruisez-vous, progressez, aimez*vous. La destinée de l'homme, c'est d'arriver au progrès par la science et par la fraternité.»
Nous pouvons maintenant résumer les idées et suivre, chapitre par chapitre, le développement des enseignements que Rabelais a renfermés dans son livre- Pas d'ascétisme et de mortifications; déployons toutes nos facultés physiques et intellectuelles; pas de guerre , pas de conquêtes , et si Ton est forcé de mettre un voisin déraisonnable à la raisoe, il ne faut pas que cela retombe sur le peuple ; — pas de folles dépenses, pas d'excès.
Sadions secouer toutes les superstitions, ne croyons pas que le monde soit régi par le caprice; il obéit à des lois précises , — mais ni les sorts, ni les dés, ni les songes, ni la magie, ni les muets privés d'un sens et qui parlent par signes, ni les fous privés de raison, ni les mourants, ni l'astrologie ne nous les révéleront. C'est en vain que vous consulterez les théologiens, les médecins, qui cependant en savent plus que les autres ; ni les théologiens ni les médecins , ni les philosophes sceptiques ne vous montreront le chemin (IIP livre).
Si vous voulez trouver la vérité et marcher dans sa voie , muni!ssez*vous d'activité et de persévérence — figurées par le chanvre ; gardez-vous des