‹ Rabelais et ses œvresChapitre 77 sur 134 · XX · texte numérisé non relu

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Le docteur Arastae^t sigaale dans VÉmile divers passages : la première leçon de cosmographie, Pidée de faire fabriquer par l'élève ses propres instruments; de lui faire apprendre un travail manuel, etc., etc. , où il voit Tinspiration directe de Rabelais. Tout cela est dans Oarganiua sans doute, mais il est douteux que Rousseau soit allé Ty chercher. Jean- Jacques ne dte Rabelais nulle part. Son nom n'apparaît, ni àmA \t^ Confessions^ ni dans la Çorrespondaneet ni dans la Mste — assez longue cependant — des livres quMl lisait aux Charmettes. M. Amstaedt indique huit éditions plus ou moins complètes de Rabelais, publiées pendant la vie de Rousseau, dont deux à Genève, mais cela prouve tout au plus que Tauteur d' Emile aurait pu lire le Gargantua, et non pas qu'il Ta lu en effet*

Ce n'est pas à dire que Jean- Jacques n'ait pas reçu l'influence de Rabelais, maïs il l'a reçue indirectement, tandis qu'il reçut directement celle de Montaigne. Rabelais a agi sur Rousseau par l'intermédiaire de Daniel de Foe et de son Bobinson-

Rolnnson^ en effet, est une mise en œuvre des idées de Rabelais sur l'éducation. L'héritier du trône a été placé en relation directe avec les choses; il a appris la théorie dans les livres , mais il a vu , il a manié les objets lui-même ; il les a vus tels que la nature les produit, il les voit se transformer entre les mains de l'homme ; non seulement il voit les travailleurs à Tœuvre , mais il prend lui-même les outils en main, il scie du bois, il bat du blé, il

EUETLE. — B0BIN80N. 815

trayaille dans les e)iamps. Plàeer-Ie dÀnfi 1*116 déserte de Bobinson, il se tirera aussi bien, il se tirera mieux d'affaire que Bobinson, parcequ'îl est plus instruit que lui.

La principale différence entre les situations, c^est que Gargantua est jeune et a besoin que Ponocrates le dirige, et que Robinson se trouve placé directement en face de la nature; mais la différence n'est pas aussi grande qu'elle le parait au premier coup d^œil. Bobinson a aussi son Ponocrates ; Bobibson n'est plus un enfant, c^e$t un homme; son gouverneur, c'est l'expérience acquise. Il a aussi l'équivalent de la bibliothèque de Gargantua, c'est le bateau où il trouve les outils, inventés et fabriqués par 1- industrie de ceux qui l'ont précédé dans la vie. Au point de vue de l'idée, l'analogie est complète entre les deux situi^ons; ce que Gargantua fait libi^mént souB un maître , Bobinson le fait for^ment «ous un autre maître bien plus exigeant^ la nécessité ; mais les deux livres mettent l'homme en préisence des exigences de la vie et nous le montrent s'instruisant par la {Hratique.

Daniel de Foe avait-il lu Gargantua^ dans la traduction anglaise ou dans le texte français ? Les drax suppositions sont admissibles. La traduction anglaise circulait depuis longtemps à l'époque oii vivait l'auteur, et il connaissait la langue &aQçaibe; mais rien n'indique que cette lecture ait été faite;, L'i* dée de placer un homme seul en face de la nature est bien anglaise et aurait fort bien pu venir à l'auteur, lors même que l'histoire sur laquelle il a bâti son livre ne lui aurait pas été racontée.^

^ L'histoire du matelot SeUdrk est très connue. On la trouve

316 LA PÉDiCtOOIE DS BABELAIS.

QoÊi qU'iiien jsoît, le Bobénson fit le tour de l'Europe dès qu'il parut; tout le monde s'intéressa à / cotte lutte de la volonté bumaiiie contre la nature.

y J.-J. Rousseau surtout en reçut une profonde im-

pression et certaines parties d*J^mt2^/et des plus importantes, Recèdent de là; ce sont précisément celles qui rafipeilent le plus Téducation de Gargantua.

Un autre point commun entre Téducation de Gargantua et (Celle d'Emile, c'est que dans lés deux euimages, l/hoiome est supposé naturellement bon. L'enfant doit être dirigé, éclairé, mais il n'est pas question de te ^elaire. S'il ne subit pas de mauvaise influeooe efl(térieure, il suffit de lui numtrer le bien •pour qu'il .s'y conforme* Ponoorates n'a pas l'idée de punir Gargantua, pas plus que Rousseau n'a l'idée d'infliger une punition à Emile. Gargantua avait pris des habitudes ide paresse et de cancrerie ; on lui en fiiit prendre d'autres; mais comment? en appelant son activité ailleuFS, en le dirigeant vers le bien, sans qu'il soit nécessaire d'user jamais de repression ou de compression. Rousseau corrige de même Emile len laissant ses fautes j^oduire leurs conséquences. Jtousseau l'emporte dans son livre par l'abandance des observations de détail, mais l'erreur dans ses pages se môle souvent à la vérité, et la piéoccupation de raisonner toujours y est trop apparente. Il y a quelque diose de plus grand dans la I conception de Rabelaisi Le curé de Meudon a Fei^t plus large que le philosophe de Genève.

entre autres dans les Biographical and criticaî notices of eminmtnavéM$i de W. Scott

BABELAIS JUGÉ PAB FB. OUIZOT.

Ginguené fut le premier, dans une fameuse brochure que nous analyserons plus loin, à appeler rattention d'une manière détaillée sur les parties sérieuses de Tœuvre de Babelais et en particulier sur son système d'éducation. En 1812, François Guizot inséra dans les Annales éPêducoHonj qu^l avait fondées Tannée précédente avec M""* Pautine Guizot, auteur de quelques jolis romans à Tusage des enfants — un article étendu sur les Idées de Ifo* hélais en fait d^éducationj article provoqué évidemment par la brochure de Qinguené. Ce travail que Pauteur a reproduit en ldô2 dans ses Méditations et Etudes morales^ contient l'analyse et Tappréciation de tout ce qui, dans le livre de Babelais, se rapporte soit à réducation de Gargantua, soit à celle de Pantagruel.

Voici comment Tauteur entre en matière:

Un écrivaifi qui a exagéré la licence à une époaae où la licence était excessive , qui n'a presque jamais été gai sans bouffonnerie et est souvent resté bouffon sans gaîté , qui a dépensé en inventions audacieusement bizarres les richesses de son imagination, et qui semble s'être imposé la loi de ne jamais dire sérieusement que des extravagances, Babelais ne parait pas devoir être, en fait d'éducation, un grMid maître. Et pourtant, il a reconnu et signalé les vices des systèmes et des pratiques d'éducation de son temps ; il a entrevu, au début du seizième siècle, presque tout ce qu'il y a de sensé et d'utile dans les ouvrages des pbilosopbes modernes, entre autres de Locke et de Rousseau.

Babelais a tracé tout un plan et raconté toute une bistoire d'éducation sensée,, douce et libérale

Pantagruel est au berceau ; il est lié et emmailloté comme tous les enfants d'alors , mais bientôt Gargantua , son père, s'aperçoit que ce» liens gênent ses mouvements et qa'il fait

318 LA PiPAGÛOnB DS BABEL^IS.

effort pour les rompre; aussitôt il commande «qu'il soit délié desdictes chaînes».

L'emmaillottement existait encore partout à la fin du XVIII* siècle. Il n'a été aboli qu'après les éloquents plaidoyers de J.-J. Rousseau.

,Sa première éducation est toute physique, continue Guizot. Nous donnons ayec raison, au libre développement du corps, une grande place dans les premières années de l'enfance : nous ne prétendons pas cultiver laborieusement les facultés intellectuelles avant que les facultés corporelles aient acquis quelque consistance ; nous laissons les enfants se traîner, se rouler, exercer et déployer en tous sens leurs membres et leurs forces.

Mais cela était une innovation à Tépoque de Babêlais. Qu'on se rappelle le passage que nous ayons cité plus haut sur les études précoces des fils du président de llesmes.

Le corps fortifié, viennent les études.

Quelles sciences étudie-t on d'abord? Celles qui sont les plus utiles dans la pratique, et celles qu'on peut acquérir en voyant les objets eux-mêmes.

Ponocrates savait que le meilleur moyen de rendre l'étude intéressante et profitable, c'est de la rendre active et d'en chercher ^occasion dans les circonstances ordinaires de la vie. Youlait-il faire étudier à son élève ce qu'on pouvait étudier alors des sciences naturelles, c'est-à-dire lui faire connaître les caractères et les propriétés des principaux objets de la nature ? pendant leur repas, «ils commençoient à deviser joyeusement ensemble, parlant dé la vertu, propriété, efficace et nature de tout ce qui leur estoit servy à table »

Ponocrates et son élève allaient-ils se promener? la botanique les occupait...

Et ainsi de la cosmographie, de la science numérale, etc.

S!t;qu'pn ne croie pas qu'en dirigeant ainsi . rattention 4e

BABELAIS JUGÉ PAB FR. GïïIZOT.

son élève vers l'étude de la nature, Ponocrates lui laîssftt négliger les sciences morales ; il lui enseignait , au contraire , à chercher, dans tout ce qu'il voyait ou apprenait, quelque bon précepte de conduite : Lorsque Pantagruel repassait dans sa mémoire les leçons qu'il avait reçues, « il y fondoit quelques cas practiques concernans Pestât humain , lesquels ils éstendolent aucunes fois jusques deux on trois heures»

Guizot montre ensuite les effets de cette forte éducation sur toute la vie de celui qui Va reçue*

Une éducation si bien dirigée ne pouvait demeurer vaine. Rabelais a voulu montrer, dans le développement du caractère de Pantagruel, quels en devaient être les fruits. Ce caractère est surtout remarquable par la droiture et la confiance. A côté de Fimmoralité de Panurge et de la grossièreté de frère Jean, Pantagruel apparaît toujours plein' de raison, de facilité, de bonté. Discute-t-il ? il abuse quelquefois étrangement de l'érudition et de la dialectique ; mais c'est presque toujours pour en revenir à' des maximes simples, droites, au bon sens et à. la justice. A-t-il à agir? il se n(iontre ferme et calme. Lorsque pendant ses voyages il essuie en mer cette horrible tempête décrite par Rabelais d'une manière si vive et si pittoresque, tandis que Panurge s'abandonne au désespoir de la peur , tandis que frère Jean et tous les matelots luttent contre les vepts et contins les vi^gaes!, ivenit, s'empor^ teat, Pantagruel tranquiUe et pieux,- resie debout sur le pont du navire, tenant fortement le grand mât pour ^'empêcher de se rompre ; et quand, au plus fort de l'orage , tous lea naotonniers se croient perdus , il ne. laisse écliapper qu^ ces mots : « Le Dieu Servateur nous soit en aide i »

Qu'on suive Pantagruel dans tout l'ouvrage ; 4mi verra qufl^ sans fracas, sans ostentation, probablement même sans intention morale^ Rabelais l'a peint tel qu'il devait être après l'éducation qu'il avait reçne, c'est -àrdire bon et raisonnable, toujours curieux d'étendre .-.a connaissances. et de garder ses vertus, cherchant partout la vérité, examinant et tolérant les opinions des autres sans laisser ébranler ses propres principes, digne, simple et ferme au milieu dos mœnrs déréigléës» des in-

8iV> la PÉDAGOaiE DE BÂBELÀIS.

âéfeeaies brataiy;te et de rimmoralité licencieose de ceux qui rentoai«it

J'en yeux faire remarquer un . irait particulier , d'autant plus fimi^paiit qu'il m Ue de plus près aux résultats de l'éducation que je viens d'exposer; c'est le respect de Panta^uel pour son père. Nul écrivain , peut-être» n'a donné à l'amour filial et ^ l'autorité patwneUe plus de force et de gravité que n'a fait le cynique Rabelais.

Guizot termine ainsi son article :

Je n'ai point laborieusement cherché et introduit dans l'ouvrage de Rabelais ce qui n'y est point; je ne lui ai point prêté des intentions ou des idées qu'il n'a pas eues. Mais telle est la force du bon sens qu'il démêle et saisit quelquefois les vérités les plus hautes, comme les plus fines, au mUîeu des plus orageuses ténèbres. C'est ce qu'a fait Rabelais, en matière d'éducation comme sur plusieurs autres sigets, dans un siècle qui n'y pensait guères, et dans un livre où l'on ne s'attend pas à rien rencontrer de semblable.

xxm.

Dans son TdiAeem de la UtUnxture française au Xrr rièçfô (1828) St-Marc Girardin s'exprimait ainsi:

Bans l'éducation de Gargantua, Pcmoerates prend hardiment le eonti^ined êê Fédueation des écdeSé II laisse la raison se déveli^ptr peu à peu ; point de contmlnte ni d'autorité magistrale, n eîiSeSgâe à réiéchir : ¥«)0à le but de ses seins. Fàisail déjà ce que no«i essayons de faire, il mêle, dans l'éducation de S6B élève à l'étude des lettres l'étnde des sciences naturelles. La «seienee numérale», ce sont nos mathématiques, notre géométrie ; la hitte, le saut, la nage, le cri pour fortifier hBpmmxmêt c'est notre gymnastique; ces promenades dans Itlt àtéMenr des artisans et des fondeurs, oe sont nos cours de mécanique et de chimie appliquées aux arts. Ekifin Gargantua va suivre les leçons publiques. Que pourrait-il faire de mieux aujourd'hui ?

St-MaT€ Girardîa est trop optimlate* Kous avons

RABELAIS JUGÉ PAB ST-MAKC GIBABDIN. 321

beaucoup plus à faire qu'il ne croit pour réaliser l'idéal rêvé par Rabelais.

A partir de ce moment, il y a unanimité entre les critiques, dans les éloges donnés à ce plan. Pouîr éviter les répétitions, nous ne citerons plus que les témoignages les plus caractéristiques.

Ste-Beuve a consacré plusieurs articles à Rabelais. Les passages suivants sont extraits des Causeries du lundi, III.

Les chapitres XXIIl et XXIV du premier li?re sont vraiment admirables et nous offrent le plius sain , le plus vaste système d'éducation qui se puisse imaginer, un système mieux ménagé que celui' de VÉmUe^ tout pratique, tourné à l'utilité, au développement de tout l'homme, tant des facultés du corps que de celles de l'esprit... C'est ce mélange [d'exercices pby^ siqnes et de travaux intellectuels] qui compose la complète éducation selon Rabelais ; le médecin, l'homme qui sait les rapports du physique et du moral se retrouve en lui à chaque prescription... On reconnaît ici à chaqae pas le médecin éclairé, le physiologiste, le philosophe....

C'est vraiment un. admirable tableau idéal d'éducation^ où presque tout devient sérieux. Il y a de* Texcès^ de la eliBige assurémant dans l'ensemble , mais c'est une charge m^ ost facile de ramener au vrai, et dans le sens juste de l'tomaine nature. Le caractère tout nouveau de cette éducation est dans le mélange du jeu et de l'étude, dans oe sotn de s'instruira de chaque matière en s'ai servant, de faiî« allet de pair les litres et les choses de la vie, la théorie et la pratique, le corps et l'esprit, la gymnastique et la musique, comme chez les Grecs» mais sans se modeler avec idolâtrie sur le passé et en ayant égard sans cesse au temps présent ou à l'avenir.

Ste-Beuve ajoute dans un autre endroit :

Nous avons dans ce cours d'éducation et d'étude à Pusage du jeune Gargantua le premier modèle de ce qu'ont représenté depuis plus au sérî<eux, mais non plus sensément, Montaigne, Charron, l'école de Port-Royal par endroits et parties, cette école chrétienne qui ne se savak pas si fort à cet égard

322 LA PtiDÀOOâlS DE «ABELAIS.

dft&s Id même voie que Babelaia, l'étrange précurseur !i Nous aTons d'avance, dans une vue et une gaieté de génie, ce que plus tard Jean-Jacques étendra dans VEmiîe en le systématisaùt» et Bernardin de SaintPierre dans ses Etudes de la Nature en l'affadissant.

L'auteur des Causeries ne croit pas, comme St-Marc Girardin^ que nous ayons encore tiré du plan de Rabelais tout ce qu'il serait désirable de voir appliqué :

Ce plan d'éducation avait une grande opportunité quand il s'ag^issait d'émanciper la jeunesse , de l'affranchir des méthodes serviles et accablantes , et de ramener les esprits aux voies naturelles. On a, pour réaliser ce programme , même après trois siècles, bien des progrès à faire encore.

C^est aussi Tavis de M. Albert Ré ville (Revue des deux mondes j 15 octobre 1872).

Rabelais s'est proposé avant tout d'inculquer à son élève le goût) en lui donnant la capacité de l'étude

Ce qui nous intéresse surtout , c'est l'art merveilleux avec lequel le précepteur sait éveiller la curiosité du jeune homme et tBtfnftfnier des études sérieuses et prolongées en véritables plaisirs. C'est ainsi que dès le matin il reçoit une leçon d'astronomie et, comme nous dirions aujourd'hui, de météorologie, en regardant l'état du ciel et en le comparant à ce qu'il a pu remarquer la veiUe.....

il est évident, lorsqu'on examine ce plan d'éducation, que Rabelais aorait dû le modifier de nos jours, où le programme des études nécessaires s'est considérablement élargi; mais les prineîpes et les tendances de sa méthode pédagogique n'ont rien perdu de leur valeur : l'accessoire , non la substance , a changé. Quatre grands principes dominent tout le système. Le premier , c'est que Pétude doit être pour le jeune homme une joie plutôt qu'une tâche pénible ; il doit aimer à étudier, et il faut qu'on lui rende l'étude aimable. Le second repose sur l'idée que l'homme instruit doit posséder un ensemble de connwqances qui le mette en état de s'intéresser à tout avec ist^Uigeace. I^e troisième, c'est qu'il faut mettre de bonne

BABfiLAlS JiroÉ PAB AWnTJEBT. SÈtt \

heure le jeime bonune eu face det xi^&lHés, VkàkUvaa» k apirfl-' >

qaer immédiatem^t «es connaûmcaa théori^ines let 9|ei^ àj I

profit pour ceïa tout ce que la nature et ja société nQU3 pré- ^

sentent. ' L^èlève de l^onocrates sera instruit , savant même ;

mais sa sdéncfe ne ser» pas une série d'ikbstrisctions satisrap^ '

port réel avcci Je monde et la vie : . ce sev^^une.scieDee/dTap^

plication conUfine. £a un mot, Eabelaîa pcend gr^d^spiu d^;:

mener de. front le développement corporel et le jprjpg^ès in-'.

telTectûel. Il n^èst pas flat|eur pour notre civilisation moderne .^

dè^ penser que, dès le XYI* siècle, on'pouvait émettre des vues '

aniBi' sagea sur les dOJiditibtis d'iine bémi* ëdacatioii, et qu'eft

en a'ten^isi feii de cxonqyfte jusqu'à^ .présMk. Qae<'de,aélh0- '

des et de principes passent aujourd'hui pour modenies|snma-'t

tière d'éducation* et que l'on trouve déjà très netteméi)t éoon-,

ces par le joyeux' conteur!

Cet article de M. Réville a été provoqué par la publication en AUemagile d'un ouvrage intitulé ^Français Bàbéhiis and' sein' SVmitl Jtiâwatim, mi betondercr BeritekMdîtigung • der pMftgO|^dch6ii Grundsatse MoîitaSgne^^ > LdekB's imd JÏUmmMX% » > [F. IUMmi9 -et apn h-c^d'Mkcatiimcan^ai^S^ ' les principes pédagogi^Uee êê Mûktêiff^rdB Lodc9 ' et de Bous^au.] L'auteur d» «et dufrage, to^ dètteur Fred. Aug. Amstsedt, est professeur «upérieuf à la. Iieçlsci!ule..o\ï école. profeaBMMiiBdl9ide>BlaUiBii. Ou trouvera plus loin r^inàlyse tomptète^ de Tou^' vrage. Nous notas bornerons îcî à çé qui regarde spécialement la pédagogie. .., . ,

L'auteur eommeuioe par reproduira e& . finuiçaiB, avec une double 'tj^aduction ailemande th appendice, toasles chapitres dé Rabelais qùî ont trait. à Téducation de Gargantua et la lettre de Gargantua à son fils, puis iL cominenta longueinent ee lér. cit en comparant les idées de {tabelais aur ebaqtle n 21*

884 Ira PâDAooais 0B sabelais.

sujet avae eilteb de Montaigne, avec les enseigoemeate de Loele et de Roasmia. Il discute ce qu*il y a de pratique daas les uns et dans les autres, ce qui a été ajppliqué et ce qui mérite de Tétre. C'est ua trafail très complet, très intéressant, mais que nous n« MRtriws analyser ià sans tomber dans des redites. Clé ^ue nous Serons constater, c'est que cette étude des idées de Babelais est £aite d'une manière judicieuse, mec impartialité et fort élogieuse pour ravtenr de €hr0imtua. Gela est d'autant plus flfttte«r ^m notts que les Allemands sont très fiers de leur' science pédagogique et qu'ils se montrent ordinairement très dédaigneux de ce qui se fait en France dans cette voie.

Is dootev ArastfiBdt trouve le système de Babe^ lais sovérieur à. ceux de Ifoata^pie, de Loeke et de Bwsseaiu 6'eat aussi Tavia es Michdet. Voici cemnMi& Ji^. eéIttM U^rten a'cKprime dana une de9e84ettiièiea puUieatlsns : No^ FthilSlOi^iaii).

U vient 4» nous entretenir de l'état des esprits n. XVI* siècle. . .

.'I/hamÎDieid^itfrt^Ml tel, co|tiÉOè4^ii, de matérialité très \m^. Tat l'a, |^ Ba^laia L'eniait dès Iei bereeaa, mal entouré» puis eultiTé à eontreseoB, offire on parfait miroir de ce qu'il fant éviter. A on mauvais commencemeot . l'éducation scolaftique i^oate tout ce qu'elle peut dé vices et de paitmm^ 'mauvaiMB miaats et vainee icieaoes.

yoUÀ le poinli de dépltrt, ^t U la iiaUait tel.

Gela donné ai; temps » la «upérionté de Babelais sur ses successeurs, lilontaigue, Fénelon et Bousseau,^ est évidente. Son plan d'éducation reste le plus complet et le plus raisonnaùi. Il' est féeond irârtoiil et positif.

Uorriît, «ea^c k ÈÊùffenêge, que l%oauae ett bon , que

BàBELÀtS JUGÉ PiE MICHBLBT. 885

loin dé nmiilor sa naiiiFe, il faut U dé^relopper toiit «ilière, le eœwc, l'esprit, le corps.

Il croit, amtre Vàge tnodeme, contre les raisonnefirB, les critiqves, Montaigne et Eousseau, que Fédacation ne doit pas commencer par être raisonneuse et critique. Ronsseatt, Montaigne, tout d'abord, mettent leur élè?e au pain sec, de penr qu'il ne mange trop. Rabelais donne au sien toutes les bonnes nourritures de Dieu ; la nature et la science l'allaitent à pleines mamelles 3 il comble ce bienheureux berceau dotf dons du ciel et de la terre, le remplit de fruits et de fleurs.

On dira que cette éducation est trop riche, trop' pleine, ti^p tayante'. Mais Part el la nature y sont pour charmor la science. La musique, le botanique, l'industrie- eé tôutniJes brandies, tooa les ezer^âces du corps, en sont If délassement. La religion y naît du vrai et de la nature pour réchauffer et féconder le cœur. Le soir, après avoir ensemble, mattre et disciple , résumé la journée , « ils alloient , en pleine nuit , au lieu de leur logis le ^ns êécoufoit, voir la face dndsltOlMrver les aspects des astres. I|s pdoient Weu le or4aiW .en l'adorant et ratifiant leur foy enrers luy, et le glorifiant dosa bonté immense. Et, lui rendant grâce de tout le temps passé, se recommandoient à sa dirine clémence pour tout l'arenir. Oela fait^ enftroieot en leur repos.»

Gettn édncalioB porte fruit. Gsrgantua n'a pai 4lé tané sisolement pour la seienee. Cest w| hopivM^ un liérei. Il Mit défendre son père et son paya II est Tainqueur, fMunpe qu'il est Juste, et courageux arec l'esprit de paix.

Un droit noureau surgit contre les Charles-Quint, contre les conquérants : «Foi, loi, raison» humanité. Dieu, yoûs coni damnent, et tous périrez; le UmpB n^t pkis d'Aller «insconquêter les royaumes.:»

La vraie grandeur de Bahelais, c'est que, . tout en s'ipecupant d'un géant , d^un roi, d'un être exceptionnel , ù. élève l'homme même en toutes ses facultés, et au complet. Il le remue, oe roi, braveuient et vigoureusement. Il le *Mt travailler. Il lui impose toutes sortes d^activité,digynniafltiqiiee ^pra l'on eAt jugées peu royales, battre en grange ef Isodre 4u bois. Il le fait non sedement travailleur, mais fabricateor, créateur.

L'enflant se crée son corps par une variété de mouvenenti

826 hk PÉDAGOGIE DE SABELÀISU

1)1611 combinée. On Tiiltéresse à toute créaiioli. On le aèiie chez les ouYriers pour les roir traYwUer. On le fait cnltîyer, planter , jsoigner des ambres. JËnfin ce grand prophète » BabelaiB , anticipant les temps qui ne sont pas encore , yeuft quUl s'essaye à faire des engins, des machines qui remuent, trawllent ^es-mêmes.

Michelet et le docteur Arnstae^t ont raison. Tout ce qui ft été fait de imeillear dans la pédagogie depuis trois, siècles se trouvei, tout au moins en g^rme, éfOÉ Râtelais.

Avant J.'-J. RousBêatii il atalt deinandé la sup-

' pression des vêtements qui emprisonnent le corps de

. Tenfant, et des prescriptions qui emprisonnent son iatelllgenee «t- éupédient Tun et Tautrie de se dé-

- velopper' en liberté ; avant le philosophe de Genève, il' avait demStUdé Talternance des exercices physiques et des. exercices intellectuels; avant que Bousseau fit apprendre à son jeune gentleman le mé- «isr de- mennâsiei , Babelaîs nous avait montré son

)ffls de rbr sdant du bois et bottelant du foin.

' Avant Rousseau, Biabeïais avait montré son élève fabriquant lui-même ses instruments, étudiant les choses avant d'étudier les jnots, apprenant la géométrie sur le terrain, la botsnique dans les champs , Tastronomie en regardant le ciel, et n^ouvrant un livre théorique que lorsqu'il est familiarisé par la pratique avec les choises. Il Tavait montré se pénétrant d^ ridée de Dieu et de la providence^ non par un enseignement dogmatique, mais par le sehtiment et rétudé de la nature. Il Tavait montré observant d'abord les objets qu'on voit chaque jour, et s'éle- ^tot peuii peu aux connaissances supérieures , mais

TSfhXnSSCE DK BABEIiÀIS.

s%struisant par rétude de l'utile, à apprécier le beau et le grand, Part et là poésie. A certains égards même, Rabelais est plus complet, et les critiques qu'on a faites du système de Rousseau n'atteignent pas le sien.

Avant Goméni , Rabelais avait montré à ne pas séparer le mot de l'objet étudié. Avant Pestalozzji il avait imaginé les travaux et les exercices sur les iHmibres, les récréations arithmétiques et géométriques, les jeux de combinaisons, comme moyéû de développer rintelligeace. '— Avant Ch. Frarier il avait tracé le plan d'une éducation attrayante, de l'étude par entraînement, les visites aux ateliers donnant l'exemple et inspirant à l'enfant l'envie, — aussitôt satisfaite — d'agir à son tour. — Avant Frœbel il avait rendu son élève créateur ; il n<ms l'avait montré fabriquant ses jouets, et utilisant son activité dans mille travaux à sa portée, et préluéant ainsi à des travaux plus sérieux. — Avant M"* Pape- Garpantier, il avait imaginé les leçons de cheses, les leçons données sur les objets mfimes, la deseriptton, lliistdre de tous les objets naturels ou fabriqués, que le hasard met successivement sous les yen de l'enfant. Ces éminents pédagogues n'ont évideAitiaent pas pris leurs inventions dans Rabelais. Chacun d'eux y est arrivé de son côté et par ses propres observations. Mais ce n'est pas un petit mérite au curé de Meudon d'avoir eu, longtemps avant eux, les idées où les ont conduits leurs méditations et les observations qu'ils ont faites sur le mode de développement des jeunes intelligences.

928 LA PÉDAâOQIB DE BABSLAIS.

xxvn.

On reproche à la méthode de Rabelais son caractère individuel. La difficulté, dit-on, est de trouver un gouverneur qui possède cette science encyclopédàque que Babelais a donnée à son Ponocrates — et lorB même qu^on le rencontrerait, il ne pourrait exercer sa double science des choses et de renseignement qu'en &Yçar d'un seul élève ou tout au plus d'un petit nombre d'élèves.

C'est là une erreur. La méthode n'a pas besoin d'être Impliquée dans tous ses détails par un maître unique. Il suffit qu'il y ait une tête qui dirige Tens^mble de lens^gnement, et cet enseignement peut aussi bi^ être donné à un groupe d'élèves qu'à un individu. La seule condition, c'est que, pour chaque degré de développement, les élèves ne soient pas. trop nombreux et tous de force à peu près égale. Mais il n'est nullement nécessaire que le mattre qui accompagnef les élèves dans leurs excursions bo- : taniques, soit le même que leur enseigne 'la gynmastiqiie ou l'astronomie — l'escrime oii la versification française» Il suffit que tous les pédagogues soient imbus , pénétrés de la méthode et , sauf quelqixes restrictions, quelques modifications de détail, les idées de Babelais sont aussi pleinement applicables à une réunion d'individus qu'à un seul individu, à l'éducation des jeunes filles qu'à l'instruction des jeunes garçons.

Les peti^ jardins, les petites constructions de Frœbel, les leçons de choses, les images de M"' Pape-Carpantier, le système établi par elle pour l'enseignement dans les salles d'asile, peuvent être considérés comme

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