PORTRAITS DIVERS
au hasard, et il s'est fait là-dessns une double théo: rie : faire durer les procès autant que possible, et s'en remettre ensuite aux dés pour les juger. Le brave homme n'en revient pas quand il apprend que ses confrères affirment qu'ils agissent autrement.
Pantagruel a quelque pitié de lui. Il y a, en effet, des juges plus dignes de colère, les représentants de la justice criminelle , . par exemple, Grippeminaud et ses Chats fourrés, avides et cruels, que la vue de Tin* nocence ne désarme pas , au contraire, mais dont la colère ne tient pas contre un sac d'écuB adroitement jeté sur la table.
Rabelais n'est pas tendre à l'égard des gens de loi.— Qu'on se rappelle ce procès des deux seigneurs^ auquel personne n'entend rien et qui se termine par un jugement que l'on n'entend pas davantage -—puis cette île des Chicanons, habitée par les employés inférieurs de la justice.
Babelais n'est guère plus favorable aux pédants, soit qu'ils cachent leur ignorance sous les apparences du savoir pour tromper les ignorants, comme Thubal Holoferne le précepteur, Janotus le professeur, — soit qu'ils fassent parade d'une science de plus ou moins bon aloi, comme l'écolier limousin qui écorche le langage français, ou comme la Quinte-Essence, reine et prototype des Précieuses.
Il n'a pas plus de tendresse pour les amateurs de la guerre à quelque ordre qu'ils appartiennent, porteurs de couronnes, comme Anarche et Picrochole — commandants d'armée comme Tripet et Touquedillon, — mauvais conseillers des rois comme Menvail, Spadassin et Merdaille.
Les moines , les gens d'église ne sont pas plus