‹ Rabelais et ses œvresChapitre 95 sur 134 · PHRASES COMPLIQUÉES. 8S · texte numérisé non relu

PHRASES COMPLIQUÉES. 8S

De mon temps, - nous avions aussi noire folie, Nos festips, nos chansons... — on était jenne, enfin; Mais qu'an vieillard, vaincu par l'âge et par la faim, Au milieu d'un banquet, au milieu d'une orgie, Vint à piftser tremblant, la ïnain de froid rougie, Soudain on remplissait, cessant tout propos vain, Un casque de monnaie, un verre de bon vin, C'était pour ce passant, que Dieu peut-être envoie* Après, nous reprenions nos chants, car plein de joie. Un peu de vin au cœur, un peu d'or dans la main, Le vieillard souriant pounaivait son chemin. Sur ce que noua faisions jugea ce «ue vous faites 1

JOB â Miiffnua Jeune homme, taisez-vous. De mon temps, dans nos fêteSy Quand nous buvions, chantant plus haut qne vous encor Autour d'un bœuf entier posé sur un plat d'or. S'il arrivait qu'un vieux passât devant la porte, Pauvre, en haillons, pieds nus, suppliant ; une escorte L'allait chercher; sitôt qu'il entrait, les clairons Eclataient ; on voyait se lever les barons ; Les jeunes, um parler, sans chanter, sans sourire, S'inclinaient, fussent-ils princes du sdnt-empire ; Et les vieillards tendaient la main à l'inconnu En lui disant: Seigneur, soyez le bienvenu! Va quérir l'étranger !

vn.

La i^rase de Rabelais, qtielque compliquée qu'elle paisse être, reste dans son ensemble, aussi légère, ausffl dégagée que ces belles cariatides qui soutiennent Tentablement du temple de Pandrose à Athènes.

En voici une toute surchargée d'adjectifs, de déteiimiMtifa.et de craii^l^iients et qui jt.tn est psiB moins sveHe.

Tel disoit (Alcîbiadéà) estre Socràtes : parceque, le voyans au dehors et l'estîmans par Texterieure apparence, n'en eussiez donné un conpeau d'oignon (bout), tant laid il estoit de corps, et ridicule en son maintien ; le nez pointu, le regard d'un tau-

reau, le visage d'un fou, simple en mœurs, rustique en veste* mens, pauvre de fortune, infortuné^ en femmes, inepte à tous offices de la republique ; toujours riant, toujours beuvaut d'autant à un chascun, tousjours se gabelant, toujours dissimulant son divin savoir. Mais, ouvrans ceste boite, eussiez au dedans trouvé une céleste et impreciable drogue, etc. (I, Prologue).

La phrase suivaûte se compose d'une longue série de verbes, suivis et non précédés de leurs sujets. C'est Pantagruel qui parle:

Gargantua, mon père, .... nous a souvent dit les escrits de ces hermites jeûneurs autant ei^tre fades , jejunes et de mauvaise salive, comme estoient leurs corp$^ ..... nous baillant exemple d'un philosophe, qui, en solitude pensast estre et hors la tourbe, pour mieux commenter^ discourir et composer ; cependant toutesfois autour de luy aboyent les chiens, ullent les loups, rugient les lions, bannissent les chevaulx, barrient les elephans, sifflent les serpens, braislent les asnes, sonnent fes cigales, lamentent les tourterelles ; c'est-à-dire plus estoit troublé, que s'il fust h la foyre de Fontenay, ou Niort ;ciur la faim estoit on corps ; pour à laquelle remédier abaye l'estomac, la veue esblouit, les veines sugcent de la propre substance des membres carniformes^ et retirent en bas cestuy esprit vagabond, négligent du traitement de son nourrisson et hoste naturel , qui est le corps : conune si l'oiseau , sur le poing estant , vouloit en l'air son vol prendre , et incontinent par les longes seroit plus bas déprimé (III, 13).

En voici une toute chargée de parenthièses et d^adjectifs, q.ui n est pas moins légère»

Mais tout ainsi que Koé, le saint homme à qui nous i9ommes tous obligés et tenus de ce qu'il nous planta la vigne dont nous vient ce&te nectareique, délicieuse, précieuse, céleste, joyeuse et déificque liqueur qu'on nomme le plot : fut trompé en le beuvant, ear il ignorent la grande vertu et ptrisameei éHceluy ; semblablement les hommes et femmes de eeluy temps mangeoient en grand plaisir de ce beau et 'gros fruict [les nèflesl j mais accidens bien divers leur en advinrent, car à tous survint au corps une enfleure très horrible, mais non à tous en un mesme lieu. Car les uns enfioient par le ventre et leur

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