GÉNÉALOGIE DE GAI'.GANTUA
gances ; quelques unes sont plaisantes, mais, il y en aussi d'insipides, et qui se rattachent de trop près à la Chronique Gargantuine.
Ces raisons littéraires, si elles existaient seules, ne suffiraient pas pour faire décider que ce livre a été composé avant le Gargantua^ mais ajoutées aux autres, elles les corroborent singulièrement. Il serait bien difficile de croire que Rabelais eût repris deux fois le même dessin pour faire moins bien la seconde fois que la première.
Les premiers chapitres nous ramènent au Gargantua géant, qui a mangé les pèlerins en salade et arrosé les Parisiens, c'est-à-dire au Gargantua de la Chronique, lequel n'a guère de commun que le nom avec rélève de Pouocrates, Tauteur de la «conciou» aux vaincus, le fondateur de l'abbaye de Thélème.
Ici cependant le récit se sépare de la Chronique en un point, Grandgousier n'a pas été forgé par Merlin; il a un père et des ancêtres, en noble personnage qu'il est. Ce père, c'est le héros populaire Yit-de-Grain, le mangeur de blé, cousin germain de Casse- Croûte et de Brise-Mie. Quant à sa généalogie, elle est parodiée de celle que nous offrent les Evangiles de St-Matthieu et de St-Luc — que Ptabelais rappelle — mais la parodie est bienveillante et de pure gaîté ; pour la juger équitablement. il faut oublier les plaisanteries de Voltaire. Rabelais s'amuse à donner à son héros une séri-e d'ancêtres plus ou moins grotesques, et, en faisant cette énumération, il emploie des formes, des tournures de phrases connues, de manière à nous faire penser à deux choses
à la fois ; mais le comique est pour lui uniquement dans la série qu'il fait passer devant nos yeux et rien n'en rejaillit sur les passages de l'Ecriture qu il rappelle de loin. Il n'est pas toujours aussi innocent.
Cette généalogie remonte aux premiers jours du monde. Peu de temps après la mort d'Abel, survint une année qu'on appelle l'année des grosses nêtles — Rabelais dit mesles ; c'est le nom vulgaire de ce fruit en Normandie, en latin mespylus. — Trois de ces fruits suffisaient pour remplir un boisseau. Cette aimée-là il y eut des calendes grecques, le mois de mars faillit en carême, la mi- août tomba en mai, et c'est en septembre ou en octobre, — il y a doute à ce sujet, — qu'arriva la fameuse semaine des trois jeudis. Ces nèfles étaient fort appétissantes et l'on s'en régala, mais il en fut comme pour Noé lorsqu'il mangea trop abondamment du fruit de la vigne, les mangeurs de nèfles eurent à se repentir de leur gourmandise : ils se mirent tous à enfler prodigieusement , mais pas tous de la même manière : les uns enflèrent par le ventre, et c'est d'eux que procèdent St Pansard et St Mardigras ; les autres enflèrent par les épaules, d'où la race des bossus dont descendait Ésope le fabuliste ; d'autres croissaient par le nez, d'oîi la famille du poète Ovide, surnommé Naso; d'autres par les oreilles, de là les oreilles proverbiales des Bourbonnais ; d'autres enfin croissaient par tout le corps, de là les géants ancêtres de Grandgousier et de Pantagruel.
Le premier fut Ch;iribroth, puis vinrent successivement Sarabroth. Faribroth, Hurtaly, qui échappa au déluge jiarce qu'il resta à cheval sur l'arche ;