‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 138 sur 147 · PANTAGRUEL ET LES DISSIPATEURS · texte numérisé non relu

PANTAGRUEL ET LES DISSIPATEURS

Preschez etpatrocinez d'icy a la Pentecoste, lui dit-il, vous serez esbahy comment vous ne me aurez rien persuadé...

Molière a copié le commencement de cette phrase, Arnolphe dit à ChrysaJe, dans VEcole des femmes, en citant Panurge et Pantagruel:

Prêchez, patrocinez jusqu'à la Pentecôte,

V'ous serez étonné quand vous serez au bout

Que vous ne m'aurez rien persuadé du tout (Acte 1.1).

«Votre beau parler, votre plaidoirie ne me décideront jamais à faire des dettes. Ne devez jamais rien à personne, dit le Saint Envoyé, hors amour et dilection mutuelle. Vos raisonnements sont fort beaux ; mais figurez-vous un affronteur effronté, un imposteur emprunteur entrant dans une ville déjà avertie de ses mœurs. Vous verrez à son entrée les citoyens aussi effrayés, aussi tremblants que si la peste y entrait en personne, comme autrefois Apollonius de Tyane affirma qu'il la voyait descendre sur Ephèse. Je suis de l'avis des Perses qui prétendaient que mentir n'est que le second des vices ; devoir est le premier. Au reste, dettes et mensonges vont ordinairement de compagnie.

«Je ne prétends pourtant pas qu'il ne faille jamais rien devoir ni jamais rien prêter. Il n'est si riche qui quelquefois ne doive. Il n'est si pauvre à qui on ne puisse quelquefois emprunter. Platon veut qu'on laisse puiser de l'eau chez soi à ceux qui, après avoir creusé dans leur terrain, sont arrivés jusqu'à la terre glaise sans trouver source, ni cours d'eaux souterraines. De même je voudrais qu'on ne prêtât qu'à ceux qui, malgré leur travail, n'ont pu trouver assez pour se suffire, ou à ceux qui sont tombés inopinément en perte de leurs biens. Mais laissons tout

cela. Je me charge de payer vos dettes, seulement n'en faites plus dorénavant. >

Panurge le remercie, mais non sans jeter un coup d'œil de regret sur l'état de débiteur. Il voudrait qu'on lui conservât au moins quelques petites dettes comme cet évêque de Chartres qui demandait à Louis XI de lui permettre de garder quelques petits procès pour l'occuper.

Un peu de plus, il s'indignerait comme la Comtesse de Pimbesche, à qui l'on défend de plaider au moment où

... tous ses procès allaient être finis,

puisqu'il ne lui en restait plus que quatre ou ciuq petits,

L'un contre son mari, l'autre contre son père, Et contre ses enfants.

Pantagruel impose silence à Panurge, les raisons qu'il lui a données étant sans réplique possible.

Cette conduite est désormais celle que tiendra Pantagruel ; il laisse parler Panurge, dont l'esprit et les connaissances l'amusent; il lui laisse développer ses paradoxes, puis il donne son jugement en quelques paroles péremptoires et décisives. Parfois une controverse entre plusieurs personnages s'agite devant lui, il les provoque légèrement et les excite au combat, mais en général, il parle peu et toujours avec sagesse et autorité.

C'est ici que finit réellement la première partie du roman. Jusqu'ici la fantaisie a tenu le fil du récit,

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