‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 20 sur 147 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

SOMMAIRE. — 1. On parle beaucoup de Rabelais, on le lit peu. —

2. Kotre double but: faire connaître Rabelais et l'expliquer. —

3. Limites entre lesquelles cette explication doit se renfermer.—

4. Jugements opposés portés sur Rabelais. — 5. Causes des re proches qui lui sont adressés. Ses fantaisies. — G. Ses obscurités.— 7. Ses obscénités. — 8. Ennemis de Rabelais: ses imitateurs et ses commentateurs. — 9. Rabelais at-il fait un livre allégorique ou satirique? — 10. Ses illustrateurs. — 11. Caractère de Rabelais. Les grands comiques ont tous été sérieux. — 12. Caractère du XVIe siècle. Ravissement des espiits à la Renaissance. —

13. Morne tristesse qui suit la Réforme et la réaction catholique.—

14. Rabelais appartient à la Renaissance. — 15. Caractère intellectuel des provinces françaises.— 16. Digression sur le double sens du mot gaulois.

On réimprime Rabelais, on le commente, on l'illustre; les éditions de luxe, les éditions savantes, les éditions à bon marché se multiplient, l'Académie française met son éloge au concours. Gargantua et Pantagruel, relégués longtemps parmi les curiosités, arrivent maintenant à une classe de lecteurs qui les connaissaieut de nom tout au plus.

Mais les lit-on autant qu'on les achète? nous ne le croyons pas. En achetant le livre, on se pro-

éi RABELAIS ET SON SIECLE.

met naturellement d'en prendre connaissance. On commence par les préfaces, quelquefois très spirituelles, de l'éditeur. On feuillette ensuite, on lit quelques pages çà et là afin d'avoir un aperçu sommaire, on regarde les gravures, s'il y en a; puis l'ouvrage est mis dans la bibliothèque, comme chose précieuse, et l'on n'y revient plus. Ceux qui agissent autrement, qui lisent le livre d'un bout à l'autre, qui en lisent même des parties étendues avec suite, ceux-là sont très rares et ne forment qu'une toute petite fraction parmi les acheteurs.

Il n'y a rien là que de très naturel. La lecture de Rabelais est non seulement un travail, pour beaucoup, c'est une fatigue et un effort.

Les difficultés que présente cette lecture proviennent de causes diverses. Il y a d'abord la langue, qui diffère très notablement de celle que nous parlons aujourd'hui; puis il y a l'orthographe qui, dans certaines éditions, rend complètement méconnaissables les locutions que nous connaissons le mieux. Ces difficultés surmontées, viennent celles qu'offre le récit en lui-même, il est décousu, au moins il en a l'air, il est semé de longues digressions, d'énumérations qui attirent la vue et dont on ne comprend pas le motif, et surtout il est émaillé de détails et d'expressions qui choquent à bon droit notre délicatesse; si bien qu'on est obligé de tenir sous clé sa belle édition et d'en refuser la lecture à la plus belle moitié du genre humain. Ainsi, malgré les apparences contraires, le nom de Rabelais et de ses héros est-il seul connu de la masse des lecteurs ; ses ouvrages ne le sont pas.

Quelques efforts estimables ont été faits pour vul'

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