JOIE APRÈS LA KEXAISSANCE
qiies avec leurs tours élancées, leurs dentelles de pierre, leurs statues amaigries où tout était sacrifié à l'expression ascétique, tout cela avait sa majesté mystérieuse; les châteaux, avec leur luxe de tours et de tourelles, s'harmoniaient bien avec l'âpreté des rochers sur lesquels on les avait construits, et dessinaient fièrement leur profil dans le ciel ; mais c'était l'art d'une société éteinte , morte après la guerre de cent ans ; l'art ogival, c'était V Imitation traduite en pierres, le renoncement à la vie terrestre et l'élan vers le ciel; l'art antique montrait un idéal opposé; l'ait gothique sacrifiait le corps visible à l'âme invisible; dans l'art grec, c'est le corps qui est la préoccupation principale, mais le corps idéalisé ; aux formes longues et aiguës de l'art gothique, il opposait les formes arrondies et vigoureuses, et remplaçait la pyramide par la sphère. Les artistes italiens furent les premiers initiés; ils s'inspirèrent de l'art antique sans le copier, et, du premier bond, ils arrivèrent à marier à l'expression que cherchait le moyen âge, la beauté des formes que la Grèce avait presque uniquement adorée.
Les guerres d'Italie, si folles, si malheureuses, si stériles, au point de vue politique, eurent pour la France une compensation; elles lui révélèrent à la fois l'art antique et l'art italien. François I" rapporta de l'Itaiie des tableaux et emmena des artistes en même temps qu'il emmenait des hellénistes. Aux uns, on donna le Collège de France pour y enseigner le grec et l'hébreu; aux autres les châteaux de Chambord et de Fontainebleau à construire et à décorer.
Les esprits émerveillés voyaient donc le monde
s'élargir à la fois dans tous les sens, dans l'espace par les découvertes de la géographie, — dans le temps par la découverte de l'antiquité — dans le domaine de la science par les découvertes astronomiques de Galilée et de Copernic, par les découvertes physiologiques que permettait la dissection humaine désormais autorisée; — dans le domaine de l'esthétique par un art nouveau réalisé sous la main des artistes de l'Italie; — dans le domaine de la pensée, par la philosophie nouvelle qui poignait à l'horizon.
Il y eut à ce premier moment dans les intelligences une joie exubérante, une sorte d'éblouissement et d'ivresse, qui resplendit dans les œuvres de la première heure et leur donne cette puissance, cette plénitude de vie qui nous étonne et nous ravit.
Si cette joie fut passagère, si cette ivresse ne dura qu'un moment, la faute en est aux querelles religieuses, la faute en est surtout à l'église et à la papauté. Si à ce moment, l'église avait eu la force de faire sa réforme elle-même; si, tout en conservant ses dogmes, elle eût élagué de la discipline ce qui était devenu caduc, ce qui avait dégénéré de l'institution primitive, — que de larmes, que de sang, que de luttes stériles eussent été épargnés au monde! Mais les chets de l'église fermèrent les yeux pour ne pas voir; éblouis i)ar les splendeurs de la Renaissance, à demi-païens ou incrédules eux-mêmes, ils prirent les demandes de réforme pour l'effet d'une effervescence qui se calmerait bientôt, ils ne voulurent pas comprendre la justesse de réclamations, modérées dans le