SA NAISSANCE
concilier avec certains actes de la vie de Rabelais qui ont l'air d'être en retard d'une dizaine d'années. MM. Paul Lacroix et Rathery d'accord sur ce point — par exception — sont d'avis que les faits s'expliqueraient mieux si l'on supposait Rabelais né cinq ou six ans seulement avant le XVP siècle, en 1495 par exemple. Leur principale raison est que c'est à 28 ans seulement que Rabelais aurait été ordonné prêtre, qu'il aurait eu 47 ans lorsqu'il se présenta à la Faculté de médecine de Montpellier pour subir son examen, 49 ou 50 ans lorsqu'il composa la Chronique garganfuine, si cet ouvrage est de lui, et le premier livre de Pantagruel, — environ 70 ans lorsqu'il écrivit son dernier livre, et qu'enfin il y a dans la vie de Rabelais un long espace de temps dont on ne s'explique pas l'emploi.
Ces raisons ont une certaine valeur; cependant ce ne sont que des conjectures et, en attendant quelque indication plus précise, nous ne voyons aucune impossibilité à la date vulgaire. Rabelais était fort érudit, il connaissait la plus grande partie de ce qu'on avait écrit, et il avait beaucoup observé par lui-même, surtout dans les sciences naturelles. Or, à cette époque, l'instruction ne s'acquérait pas sans beaucoup de peine. Les procédés d'enseignement étaient trèscompliqués; on ne possédait que très peu de bonnes traductions, nombre de livres importants n'étaient pas encore imprimés, il fallait les lire sur des manuscrits souvent incorrects et qu'on ne se procurait qu'avec difficulté, il fallait enfin travailler prodigieusement pour arriver à des connaissances aujourd'hui facilement accessibles. Rabelais n'avait pu acquérir le savoir dont ses livres nous otîrent la preuve sans
un temps considérable, dautant plus que le travail encyclopédique auquel il se livrait avait été entrepris sans plan arrêté, sans but, et par amour désintéressé de la science. Ces études ont très bien pu remplir les longues années passées par Rabelais dans le cloître et sur lesquelles nous avons si peu de renseignemeiits. S'il a commencé tard à étudier régulièrement lamédecine, s'il a commencé tard à écrire, c'est que la vocation médicale , c'est que l'idée de se faire auteur furent chez lui le produit des circonstances et non l'exécution d'un plan préconçu. Quant à la verve qu'il aurait cou^ervée en vieillissant, elle n'a rien qui puisse nous étonner. J.-J. Rousseau, Bernardin de St-Pierre ont écrit tard et n'en ont pas été moins entraînants et moins colorés dans leur style. Guizot, à 87 ans, avait-il rien perdu de l'autorité magistrale de sa parole V La verve, la vivacité, l'ardeur juvénile de Michelet u'a-t-elle pas été en augmentant jusqu'au jour de sa more ? La date de 1495 serait très-acceptable sans doute si nous en étions réduits aux conjectures, mais celle de 1483 n'est nullement incompatible avec les fait^, et elle a l'avantage de nous avoir été conservée par la tradition. Dans ce cas, Luther, né en 1484, aurait été d'un an plus jeune que l'auteur de Gargantua,
Le père de Rabelais était-il apothicaire? était-il cabaretierV Cumulait-il les deux i»rotessionsV Tenait-il lui-même ce cabaret de la Lan)proie qui reparaît si souvent dans Fantagruel'^ Rien de tout cela n'est bien établi. Ce qui est certain , c'r.s^ que Thomas Rabelais était père de cinq enfants, dent le plus