‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 32 sur 147 · SES PARENTS SA MAISON · texte numérisé non relu

SES PARENTS SA MAISON

jeune était François et qu'il possédait, non loin de Chinon une maison, la Devinière, et, tout auprès, un clos de vigne où l'on récoltait un vin pineau fort vanté l'ar son fils. Un de ses commentateurs, Le Duchat, a accompagné son édition du dessin de la Devinière et de la maison de Eabelais, telles qu'elles existaient encore vers 1711. Ce qui n'est pas moins certain, c'est que la maison de Thomas Rabelais devint une auberge vers la fin du XVP siècle ; le fait est attesté par Jacques de Thou, qui au livre VI des Commentaires de sa vie raconte qu'en allant visiter la demeure studieuse de l'écrivain ainsi transformée, il improvisa des vers latins dans lesquels il nous montre l'auteur de Gargantua s'applaudissant dans l'autre monde de cette nouvelle destination de son domaine. C'est Rabelais qui parle :

... Per risum atque jocos homini data vita friienda...

Inter amarescit séria felle magis.

Et nunc, ne placidos lœdant quociue séria mânes,

Cavit Echiouii provida cura Dei; Nam qnœ a pâtre domus fiierat Cbinone relicta,

Qua vitreo Lemovix amne Yigenua fluit, Postquam abii, communis in usum versa tabernse,

LaL'tifico strepitu nocte dieque sonat.

Ridet in hac liospes pernox, ridetur in liorto

Cum populus fesso cessât in urbe die, Tibiaque ir.flato saltantes incitât utre.

Tibia Pictouicos docta ciere modos, etc.

Le traducteur des 3Iémoires de Thou a imité gracieusement ces vers en français :

Ainsi Bacchus, dieu du Ja joie Qui régla toujours mon destiu, Jusqu'en l'autre monde m'envoie De quoi dissiper mon chagrin.

Car, de ma maison paternelle, II vient de faire un cabaret, Où le plaisir se renouvelle Entre le blanc et le clairet.

Les jours de fête on s'y régale.

On y rit du soir au matin ; Dans le jardin et dans la salle Tout Cbinon se trouve en festin.

Là, chacun dit sa chansonnette, Là, le plus sage est le plus fou, Et danse au son de la musette Les plus gais branles du Poitou, etc.

François Rabelais n'eut pas de sœur. Connut-il sa mère? il n'en parle jamais, il ne parle nulle part de l'amitié maternelle. Comme il parle souvent de son père et de l'amour paternel, il faut conclure ou qu'il ne connut pas sa mère, ou qu'elle ressemblait à ces femmes dont il est question dans son cinquième Livre :

Je m'esbahia si les mères de par delà portent [leurs enfants] neuf moh en leurs fîancs, veu qu'en leurs maisons elles ne peuvent les porter ni pastir neuf ans, non pas sept le plus souvent, et leur mettant une chemise [une aubej seulement sus la robe, sur le sommet de la teste leur coupant je ne sçay quants cheveux et avec certaines paroles... les font devenir oiseaux [moines] .

Rabelais parle ordinairement des femmes avec la même amertume- Il recuite cependant des reclierches de M. Rathery que l'auteur de Ganjantua u'aurait pas toujours gardé dans ses actes le dédain qu'il affiche généralement pour le sexe féminin. Il a existé, à ce qu'il paraît, un petit Théodule Rabelais, choyé par des cardinaux et mort à Lyon à l'âge de deux ans, mais on ne nous dit pas un mot de la mère.

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