‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 35 sur 147 · IL QUITTE LE COUVENT · texte numérisé non relu

IL QUITTE LE COUVENT

casions. Il est évident qu'il leur eu veut de l'avoir trop souvent dérangé dans ses travaux et arraché à ses études favorites. De là à leur désobéir, il n'y a pas loin. Dans une supplique qu'il adressa plus tard au pape, il convient que, depuis qu'il est libre, il a souvent négligé de prier aux heures canoniales. Il a dû quelquefois en être de mêm^ au couvent ; de là des réprimandes, que Rabelais n'aura pas souffertes docilement ; et peut-être une seconde descente . dans la bibliothèque, cause de cette négligence à prier. Rabelais se sera révolté, on aura voulu le soumettre à une rude pénitence, il aura invoqué ses amis, Tiraqueau, par. exemple, qui l'aura fait sortir par ordre. Il ny a rien là que de très possible, de très probable même. Ce qui n'est pas douteux, c'est qiien s'éloignant du couvent, où il ne devait plus rentrer, Rabelais emporta contre les moines ignorants, paresseux et débauchés, une antipathie, une haine, un mépris, qu'il n'a négligé aucune occasion de faire partager aux autres-

L'évêque de Maillezais , chez lequel Rabelais s'était réfugié, s'interposa en sa faveur auprès du pape, et il obtint, la même année, un induit qui autorisait son ami à passer dans l'ordre des Bénédictins de Maillezais, le relevait de son vœu de pauvreté et l'autorisait à posséder tous les bénéfices'qu'on voudrait bien lui conférer.

Rabelais ne se hâta pas d'entrer dans le couvent de Maillezais. C'était un couvent d'ordre savant à la vérité, mais il n'avait pris ce caractère

■54 BIOGRAPHIE DE EABELAIS.

que depuis peu de temps et Ips doctes occupations n'y étaiontsans doute que très imparfaitement organisées. Rabelais d'ailleurs devait être avide de liberté ; il devait avoir besoin de travailler à ses heures, et non plus aux heures de la communauté, d'échapper à la tyrannie de la cloche, cVétudier quand il lui plairait, et ce qu'il lui plairait, en dehors d'une inqui-ition devenue insupportable. Il rencontra chez G. d'Estisîac, nombre de savants et d'érudits, et il s'y trouva si bien qu'il y resta assez longtemps.

Nous avons sur la vie qu'il menait chez l'évêque, deux épîtres, l'une de Rabelais lui-même, l'autre de son ami Jean Bouchet, le jurisconsulte, poète infatigable et médiocre, mais excellent ami.

Quoique les contemporains se soient montrés prodigues d'éloges pour les vers de Rabelais, nous n'eu citerons qu'un petit nombre, et pour cause ; ses vers nous semblent aussi faibles et prosaïques que sa prose est pittoresque et vigoureuse.

Voici une partie de l'épître de Rabelais ; pour l'intelligence de cette pièce et de la suivante, il faut savoir que Jean Bouchet était avocat et qu'il avait quitté Ligugé pour s'occuper d'un procès.

Mais quaut pourras bonnement délaisser

Ta tant aimée et cultivée estude,

Et différer ceste soUi ^fude

De litigor et de patrociner,

Sans plus tarder et sans plus cachiner,

Apreste toy proraptement, et procure

Les talloniers de ton patron Mercure,

Et sus les vents te metz alegre et gent.

Car Eolus ne sera négligent

De t'envoyer le bon et doux Zé])hyre,

Pour te porter où plus on te dosire,

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