IL EST CHANOINE DE ST-MAUE. H
dans un couvent de Bénédictins, mais l'abbaye de St-Maur n'était plus un couvent, c'était une collégiale ; on n'y recevait plus des moines, mais des chanoines ; de nouvelles démarches durent être faites. Rabelais, pour se mettre en règle, tant avec sa conscience qu'envers les autres (tam in foro conscienfiœ, quam in foro contradictorio), adressa une nouvelle supplique à Paul III pour le prier de renouveler l'absolution qu'il avait bien voulu lui donner — de l'autoriser à entrer comme chanoine dans le chapitre de St-Maur, de reconnaître les grades qu'il avait reçus à Montpellier, et enfin de lui donner le droit d'exercer partout la médecine, et d'obtenir et de posséder régulièrement les bénéfices ecclésiastiques qui avaient pu ou qui pourraient lui être conférés.
Rabelais, comme on voit, demandait cette fois l'autorisation d'exercer l'art de guérir au même titre que les autres médecins. Nous n'avons pas le texte de la bulle qui lui fut accordée, mais tout porte à croire que cette fois l'autorisation fut donnée sans conditions restrictives d'aucune sorte,
yii.
Rabelais , complètement en règle avec l'église, alla s'installer à St-Maur où, suivant le Dictionnaire géographique de Thomas Corneille, on montrait plus d'un siècle après, la chambre qu'il avait habitée. Dans l'épître qu'il adresse au cardinal Odet de Châtillon en lui dédiant son IV* livre de Pantagruel, il a])pelle la collégiale de St-Maur « un lieu, ou pour mieux dire, un paradis de salubrité, aménité, sérénité, commodité, délices de
tous honnêtes plaisirs, d'agriculture et vie rustique >.
Le cardinal du Bellay aimait aussi cette retraite, favorable à la fois à la santé et aux tranquilles travaux de l'esprit ; mais trouvant l'ancien logement abbatial trop modeste, il le fit abattre et remplacer par un beau palais en style italien , dont la construction fut confiée à Philibert Delorme, l'architecte des Tuileries, orné de sculptures et entouré de jardins ; mais la construction du palais dura plus longtemps que sa faveur, et l'édifice fut cédé, encore imparfait, à Catherine de Médicis, qui le fit achever.
Quant à Rabelais, quelques charmes qu'eût pour lui le couvent et le château de St-Maur, il n'y demeura pas très longtemps. Forcé dans sa jeunesse de mener une vie sédentaire, il y avait eu réaction chez lui, et maintenant qu'il possédait un canonicat dont il pouvait toucher les revenus sans que son abbé, le cardinal l'obligeât à résider, maintenant qu'il avait l'autorisation pontificale d'exercer la médecine partout où il le jugerait à propos, nous le voyons presque constamment en voyage. Ainsi, en 1543, il assistait à St-Symphorien, près de Lyon, à la mort de Guillaume de Langey, comme il le rappelle avec émotion dans Pantagruel (liv. IV, chap. xxx-vh); les années suivantes, nous le voyons successivement dans son pays, à Chinon, où il a conservé une propropriété ; dans le Poitou, à Ligugé, où il paraît avoir joué un jour la comédie ; à Angers, où il avait été appelé par la Faculté de médecine pour faire des leçons; peut-être en Normandie, près du mont St-Michel, qu'il avait fait figurer dans les Chroniques de Gargantua^ et aux îles de Cerq et de Herm,