GÉNÉALOGIE DE GARGANTUA
avaient paru les plus amusantes ; mais au moins ici les a-t-il assaisonnées d'idées qui doivent leur faire trouver grâce auprès des lecteurs sérieux :
En faveur de la raison, Faisons grâce au badinage.
Pour la naissance et généalogie de Gargantua, Rabelais nous renvoie à Pantagruel. «Je vous remetz, dit-il, à la grande Chronique pantagrueline reconnaître la généalogie et antiquité de Gargantua. En icelle, vous entendrez... > Il résulte clairement de ces paroles que la Chronique pantagrueline existait déjà. Si Rabelais emploie le futur, c'est qu'il se met à la place des lecteurs, qui commenceront naturellement par le livre refait, puisque ce livre porte le numéro premier.
L'auteur se montre assez peu respectueux pour les droits de naissance et les traditions de famille :
Je pense, dit-il, que plusieurs sont aujourd'hui empereurs, rois, ducs, princes et papes, en la terre, lesquels sont desceuduz de quelques porteurs de rogatons et de costrets. Comme, au retour, plusieurs sont gueux, souffreteux et misérables, lesquels sont descenduz de sang et ligne de grands rois et empereurs . . .
Quant à moi, continue- t-il, je crois que je suis descendu de quelque riche roy ou prince au temps jadis. Car onques ne visfes homme qui eust plus grande affection d'estre roy et riche que moy ; afin de faire grande chère, pas ne travailler, point ne me soucier, et bien enrichir mes amis et tous gens de bien et de savoir.
Rabelais, malgré ces plaisanteries, n'est pas un ennemi de la noblesse ni de la royauté. Ses railleries n'ont rien de malveillant et sont de la même nature que celles que l'on voit les dévots se permettre envers leurs saints. Les ouvrages fami-
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liers de dévotion composés au XVP siècle , les sermoas surtout, contiennent , à l'endroit des personnages de l'Evangile et de la légende sacrée, une foule de traits aussi peu respectueux que le sont les paroles et les récits de Rabelais à l'endroit de la monarchie ou de la religion, et ne tirent pas plus à conséquence. Ce sont des familiarités, rien de plus. La généalogie de Gargantua n'a pas été fabriquée de toutes pièces comme celle des ducs de Lorraine qui prétendaient descendre de Charlemagne, comme celle de la maison de France que les uns font descendre d'un boucher, (voyez Dante et le poème de Hugues Capet^ édité il y a quelques années), les autres d'un certain Robert le Fort dont Thistoire ne paraît pas beaucoup plus authentique. Celle de Gargantua fut, au dire de Rabelais, découverte par hasard dans un tombeau antique, si long, si long qu'on n'a jamais pu en trouver le bout- Là, au milieu de flacons rangés comme des quilles, on aperçut un petit volume d'écorce, contenant, outre la généalogie de Gargantua, déjà publiée dans Pantagrîiel, une suite de vers amphigouriques que Rabelais appelle lui-môme des fanfreluches mitidotées^ autrement dit : des balivernes antidatées, des prédictions en l'air, car « fanfreluches > est probablement une combinaison des mots italiens : fanfaluca, feuilles légères emportées par le vent, et de farfàlla, papillon. Cette manière de fabriquer des mots est familière à Rabelais.
Les «fanfreluches antidotées» sont en strophes de huit vers. C'est une imitation visible de la manière